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LES PETITS MAITRES

pléiade des petits maîtres. On les nomme ainsi, soit pour mesurer leur talent, soit à cause des dimensions minuscules qu’ils ont affectées pour leurs œuvres. Armés d’un métier magnifique, leurs prédécesseurs leur laissaient encore un champ où ils avaient à peine glané, l’observation de la vie contemporaine, et surtout de la vie populaire. Ils fournirent aux armuriers, aux orfèvres, des modèles d’objets précieux ou d’ornementation.

Malheureusement l’Italie exerça sur eux un mirage irrésistible. Devant les œuvres de Raphaël et de Marc-Antoine, l’Allemagne se reniait ellemême ; elle renonçait à ses vertus propres pour singer la beauté romaine. Les petits maîtres firent te pèlerinage des Alpes, ils se guindèrent vers un idéal étranger de beauté plastique; ils copièrent, imitèrent à l’envi, d’une façon passable ou grotesque, Lucrèce àe Marc-Antoine. Par là, ils furent incités à chercher leur inspiration dans le paganisme. Or, c’était le moment où la Réforme triomphait; peu favorable aux artistes, elle les eût tolérés s’ils s’étaient mis au service de la religion et les eût soutenus de son souffle. En s’écartant d’elle, ils se discréditèrent. Enfin ils voulurent imiter la technique de Marc-Antoine et, s’ils le firent parfois avec adresse, l’art ne gagna rien à l’amalgame des factures italienne et germanique. Ils traitèrent des sujets isolés, mais, souvent aussi, des suites en plusieurs estampes : suites tirées de l’Écriture, histoire de Joseph, de Job, Parabole du mauvais riche; suites antiques ou allégoriques : les planètes, les vertus, les vices, les mois, les jours. Ils se rencontrent et se répètent fréquemment dans les mêmes cycles.

Barthel Beham (1502-1540) offrit le type exceptionnel d’un talent prédisposé à recevoir les influences méridionales. Romaniste par tempérament et non par mode, il sut, avec un beau métier sobre, savant et savoureux, exprimer le culte de la forme; Apollon et Daphné [B. 25], Lucrèce [B. 14 j %C léopâtre (1524) [B. 12], surtout des combats antiques en forme de frise [B. 16-18]/ ont à peine une saveur de terroir; en même temps il gardait la fraîcheur de son âme germanique, gravait avec tendresse des Vierges maternelles, ainsi la délicieuse Vierge à la fenêtre [B. 8] (fig. 34) et redisait, sous des formes nouvelles et ingénieuses, la hantise de la mort [B. 27,28,31 ,41] . En 1531, il signait un magistral portrait de Charles-Quint [B. 60jjll mourut, trop jeune, dans l’Italie qu’il aimait.

Son frère aîné, Hans Sébald Beham (1500-1550), qui copia souvent, non sans les alourdir, les estampes fraternelles, se débattit entre l’italianisme

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