‹ La gravureChapitre 53 sur 278 · LES PETITS MAITRES · texte numérisé non relu

LES PETITS MAITRES

et ses instincts germaniques. Capable des pires erreurs, signant une Bidon (1519) [B. 80], une Cléopâtre (1529) [B. 76] grotesques, il déploya les ressources d’une imagination habile pour raconter les Travaux d' Hercule (1542) [B. 96-1 07], surtoutpour personnifier, non sans bonheur, les Planètes [B. 113-120], ou les Arts [B. 121-127]. Pour nous il est vraiment intéressant quand reparaît l’empreinte atavique ; celle-ci s’amalgame inconsciemment à ses leçons exotiques dans YEnfant prodigue (1540) [B. 31-34],, ou la Justice de Trajan [B. 82]. Des scènes de mœurs ont une spontanéité et une verdeur amusantes : la suite des Noces du village (1546) [B. 154- 163] (fig. 36), développement d’un thème de Dürer, se déroule empreinte d’une grossejoie, écrite d’un style très sûr. H. S. Beliarn avait été, en 1525, expulsé quelques mois de Nuremberg pour ses mœurs dissolues, que reflète parfois son œuvre.

Nul ne mit plus d’application que Georges Pencz (-j- 1550) à acquérir la science transalpine. Elève, en Italie, de Marc-Antoine, il s’assimila la manière de son maître au point que la paternité d’une pièce célèbre : le Massacre des Innocents, d’après Raphaël, l’estampe au chicot , est contestée entre le maître et l’élève. Mais, livré à lui-même, il échouait misérablement à illustrer les Triomphes [B. 117-122] de Pétrarque, ou bien il retombait dans les traditions qu’il avait abjurées et mêlait par des juxtapositions bizarres, aux draperies antiques, les costumes, les modes et les types do son temps.

De pareilles confusions se relèveraient dans l’œuvre de Brosamer qui grava de très jolis morceaux : Bethsabé [B. 3], le Baiser (1549) [B. 16], le Lai d’Aristote [B. 181 et un remarquable Livre de vases pour les orfèvres. L’incertitude apparaît à son comble chez Jacques Binck, (f 1568 ?) de Cologne, grand voyageur qui courut de l’Italie au Danemark, copiste enragé, fécond et médiocre, qui passait avec désinvolture de la contrefaçon de Caraglio à celle de Dürer.

Dans cette tourmente on sait gré à Aldegrever (1502-1558?) d’être resté très allemand, non qu’il n’ait pas sacrifié au goût régnant, mais ou lui pardonne d’avoir gravé, lui aussi, des Travaux d! Hercule (1550) [B. 83- 95], Marcus Curtius (1532) [B. 68], ou Pyrame et Thisbé (1553) [B. 102], parce qu’il su, dans ses meilleures pièces, préserver le métier qu’il tenait de son maître Dürer et oublier les suggestions étrangères. Il reste national dans la suite de Y Histoire de Joseph (1528-1532) [B. 18-21], la Parabole du mauvais riche [B. 44-48], il l’est surtout dans de beaux portraits. et dans ses Danseurs des noces (1558) [B. 144-151]. Les danseurs ne sont.

l'eau-forte

pas ici des paysans, ce sont des seigneurs et des dames et les proportions d'une sveltesse exagérée qu'aime Aldegrever, leur donnent, non moins que l’aisance de sa facture, une parfaite élégance.

Cette période de désarroi vit pourtant se définir la technique de l’eauforte. A. D tirer, nous l’avons vu, avait créé l'eau-forte sur fer. Les effets

Fig. 34. — Barthel Beham. La Vierge à la fenêtre [B. 8].

qu’il en obtenait ressemblaient à ceux que donne le bois : il y avait là une application intéressante pour l’art et aussi pour le commerce des estampes. Les frères Hopfer d’Augsbourg reprirent la même pratique. Deux d’entre eux, Jérôme et Lambert, n’étaient que des praticiens copistes et plagiaires. Daniel, le seul qui fût doué d’originalité, subit les mêmes influences contradictoires que les petits maîtres. Les Proverbes de Salomon [B. 30] gravés, texte et dessins, reprenaient pour le fer les pratiques de la xylographie. La plus notable entreprise, la reproduction des

Page 1