REMBRANDT
laume III, illustré de nombreux livres, une géographie universelle, fait un Ars moriendi d’une piété jésuite. Bref, il est un miroir presque intégral de ce qui pouvait intéresser ses contemporains. L'art, en tout cela, a une part médiocre; pourtant l’on pourrait voir dans le Baptême du Dauphin à Saint-Germain- en-Laye (1668) ou dans le Couronnement de Guillaume III et Marie (1689) le prélude des compositions où nos graveurs français du xvme siècle surent agencer si heureusement des centaines de petits personnages dans le cadre d’appartements princiers.
Les artistes dont nous venons d’évoquer l’œuvre forment une famille véritable, on devine chez eux des aspirations, un goût semblable : ils ont un génie limpide et mesuré, ils s’intéressent à des spectacles simples ; même lorsqu’ils se guindent au contact de l’Italie, l’ingénuité de leur génie transparaît de quelque côté. Ils sont sobres et graves, mais ils se replient rarement sur eux-mêmes, ils voient grand et juste; ils ajoutent peu de chose de leur fond propre. Leur métier est libre et probe, précieux et sans imprévu. Or, c’est près de ces hommes au cerveau pondéré, à la vision claire qu’a vécu Rembrandt (1606 ?-l 669) .
Y11I. —'Rembrandt est le prince des graveurs, comme il est le plus grand des peintres et si, parmi les peintres, la première place peut lui être disputée, sa suprématie dans la gravure est incontestée et incontestable. Il a porté son art à des hauteurs que nul n’avait atteintes avant lui, où nul n’est, depuis lors, parvenu à le rejoindre. Il reste un objet d’admiration et de surprise; les enseignements qu’il offre aux artistes ne sont pas, ne seront peut-être, jamais, épuisés.
Sa gloire s’est, longtemps, enveloppée de mystère : son art semblait défier l’analyse. En proclamant son génie, on avouait qu’il était insondable. Il avait, pour exprimer la pensée la plus inaccessible, inventé un langage dont il ne nous était pas donné de déchiffrer le secret. Ses estampes créées par un art immatériel suscitaient des hymnes dévotieux et décourageaient la critique. Aujourd’hui notre vénération n’est pas diminuée, mais elle est devenue plus lucide, et, sans doute, elle s’augmente encore de ce qu’elle est moins aveugle. Rembrandt était inintelligible à tous ceux qui vécurent dans la première partie du xixe siècle parce qu’ils avaient délaissé l’eau-forte et que la technique du burin s’était, entre leurs mains, appauvrie. Habitués à un métier méticuleux et propre, ils voyaient volontiers partout l’œuvre miraculeuse du génie. Les aquafortistes contemporains et les imprimeurs ont restauré l’art tombé en enfance,