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LA CRITIQUE ET REMBRANDT

souvent approché clés effets qui caractérisent la manière noire, il semble qu’il ne se soit jamais servi de la roulette ou du berceau, et quil n’ait pas obtenu ses tons profonds par des moyens mécaniques. Ces procédés, d’autres encore, que l’on n’a pas pénétrés, mais qui n’ont certainement par eux-mêmes rien de mystérieux, ce cuisinage, donnent aux gravures de Rembrandt leur aspect déconcertant. On s’explique aussi que, d’une meme planche, l’artiste ait pu tirer des épreuves très différentes et l’on conçoit l’embarras des amateurs, hésitant en présence de deux épreuves, pour savoir si elles proviennent de deux états successifs ou si elles sont des variations d’un état unique1.

Devenue plus perspicace, la critique s’est aussitôt montrée moins timide. Déjà les connaisseurs avaient peu à peu séparé de l’œuvre de Rembrandt des estampes de ses disciples ou de ses imitateurs qui y avaient été tout d’abord confondues par spéculation ou par ignorance. Les pages incontestées ont été examinées à leur tour, on a cherché si elles appartenaient toutes et entièrement au maître ; l’étude de Rembrandt graveur est entrée ainsi dans une phase nouvelle. Un critique anglais, graveur illustre lui-même, Seymour Haden, a été le promoteur principal de cette évolution ; l’année 1877, où il organisa au Burlington Club, à Londres, une exposition critique des gravures de Rembrandt, a été décisive. Le point de départ des investigations de M. Seymour Haden fut le suivant : Rembrandt, depuis l’époque de son installation à Amsterdam, c’est-à-dire depuis 1630, jusque vers 1639;, eut chez lui à demeure des élèves. Le nombre de ceuxci fut assez considérable ; il en eut, à la fois, jusqu’à trente. Parmi ces jeunes gens se trouvaient des graveurs, dont quelques-uns conquirent par la suite la notoriété : Jean Yan YJiet, Ferdinand Bol, Jean Lievens, Gerbrandt von Eeckhout, Philippe Koninck, L. Yerbeecq. Or les statuts de la guilde des peintres de La Haye interdisaient aux élèves de signer leurs œqvres pendant le temps de leur apprentissage. Sans doute, une règle semblable existait à Amsterdam; dès lors, il est légitime de penser que Rembrandt a profité du travail de ses élèves et que, s’il n’a pas été jusqu’à apposer sa signature à des compositions auxquelles il n’avait eu .aucune part, il apü, du moins, associer des collaborateurs à ses propres entreprises, leur confier l’exécution de pièces dont il fournissait l’ébauche et dont il surveillait et dirigeait l’achèvement. Gomment retrouver les

1 Les tirages sur papier du Japon, de Chine, parfois même sur parchemin ou encore sur satin multiplient encore les aspects. Les épreuves de La Descente de croix au flambeau (1654) [B. 83} dont on ne connaît qu’un état, offrent entre elles des différences énormes.

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