‹ La gravureChapitre 85 sur 278 · LA CRITIQUE ET REMBRANDT · texte numérisé non relu

LA CRITIQUE ET REMBRANDT

traces de cette collaboration? La comparaison des estampes chronologiquement classées peut y conduire, et aussi leur confrontation avec les travaux signés plus tard par les auxiliaires supposés.

Les investigations de Seymour Haden, de ses émules et de ses contradicteurs ont amené, parmi de nombreuses hypothèses, quelques résultats que Ton peut tenir pour définitifs, d'autres qui se présentent avec un haut degré de probabilité.

Il y avait, dans l'œuvre de Rembrandt, une catégorie d'estampes peu nombreuse, mais formée de pages toutes importantes : c'étaient despièces où les travaux avaient été multipliés, où l’artiste avait cherché une impression de fini, où il semblait aussi avoir songé à lutter avec les grands burins des traducteurs de Rubens et, en fait, ces estampes paraissaient copiées de quelque original peint. C'étaient, il faut l’ajouter, les morceaux les plus accessibles de l’œuvre du maître, ceux sur lesquels se reportait l'admiration des esprits les moins ouverts à son génie. 11 faut aujourd'hui les écarter. Le Bon Samaritain et la Graiide descente de Croix de 1633, VEcce Homo de 1636, ont été conçus par Rembrandt, mais ce n'est pas lui qui les a exécutés. Il a gravé la figure du Peseur d'or de 1639, mais il est très probable qu'il a confié à un élève le reste de la planche. Parmi des hypothèses moins absolument établies, je rappellerai seulement que la Grande Résurrection de Lazare (vers 1632) a été l'objet de très graves suspicions et qu’il faut, tout au moins, penser que Rembrandt n’y a pas travaillé seul. Pour de nombreuses autres pièces, on admet que les premiers états sont dus à Rembrandt, mais que lesretouches et modifications ultérieures ne lui appartiennent pas.

C'est donc avec des précautions critiques qu'il convient d'aborder l'œuvre de Rembrandt, étape ingrate et nécessaire que nous oublierons ensuite, pour nous livrer tout entiers à l’admiration.

Regardons une gravure de Rembrandt : ne nous contentons pas d’unereproduction : il en est d'excellentes, aucune pourtant qui ne soit insuffisante par quelque côté ; prenons un original, contemplons l’une des pièces de l'œuvre admirable constitué au Cabinet des Estampes. Dans ce chiffon de papier, qui souvent n'a pas les dimensions d'une feuille ordinaire de papier à lettres, sont contenus l'univers visible et le monde moral. C’est la lumière radieuse sous laquelle tout palpite, le soleil miraculeux et éblouissant, c’est la clarté sereine qui étend une joie paisible sur des horizons infinis, ou bien encore la pénombre douce où les formes émergent parmi l’obscurité. Des palais s'élèvent aux colonnes splendides, des

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