LES PORTRAITS DE REMBRANDT
à vif, un cri strident du génie. Les années suivantes apportèrent l’apaisement, sinon la consolation. Saint François (1657),: la Samaritaine (1658) montrent une pensée plus calme et l’espoir reparu dans l’éternelle bonté.
On sait avec quelle pénétration Rembrandt a scruté la physionomie humaine, avec quelle complaisance il s’est observé lui-même. Jeune, il se prend, à tout moment, comme modèle : de 1629 à 1634, il grave son. portrait plus de trente fois ; images de fantaisie le plus souvent ; il se coiffe de chapeaux bizarres, rit ou fait les gros yeux (1630) ; images pourtant bien vivantes dont le chef-d’œuvre est le portrait aux trois moustaches. Parla suite il se regarde moins fréquemment, sans toutefois s’oublier. En 1648, installé sans doute à la campagne chez son ami Six, il se représente dessinant assis près d’une fenêtre, et ce portrait très étudié, conçu avec une exactitude photographique, est, peut-être, le plus fidèle témoignage qu’il ait porté sur lui-même : un homme mûr, à la figure pleine, aux yeux pénétrants, un peu fruste, un peu vulgaire, la flamme intérieure presque toute cachée (fig. 61). Rembrandt a fixé le souvenir de sa mère en quelques croquis d’une simplicité touchante. Il ne me paraît point avéré que la Grande fiancée juive (1634), ce beau morceau de facture, ait été inspirée par Saskia ; du moins, dans cette physionomie lourde et fermée, rien n’apparaît du charme discret que Rembrandt a si finement exprimée, quand il a représenté Saskia près de lui (1636), et surtout lorsqu’il l’a esquissée sur des planches ou inachevées (1635) ou couvertes de précieux griffonnages (1626),
Quant aux personnages qui ont posé devant Rembrandt, depuis le pasteur Sylvius (1633) jusqu’à l’orfèvre Lutrna (1656), il n’en est aucun que l’artiste ait regardé d’un œil indifférent et dont il se soit contenté de tracer le portrait extérieur. Sur le cuivre comme sur la toile, il n’a fixé que des images intimes, donnant à la figure le complément et l’appui du geste familier, de l’ambiance coutumière. Près de ces pages discrètes et complètes, les portraits de Yan Dyck, malgré leur beauté, ont l’allure de morceaux de bravoure. Une énumération de noms serait assez vaine, un choix serait hasardeux : Sylvius (1633), Uytenbogaert (1639), Anslo (1641), Bonus (1647), Asselyn (vers 1647), Clément de Jonghe (1651), les deux Haaring (1655), Lutrna (1656), Coppenol (vers 1658) prétendent, parmi d’autres, à notre admiration, et celle-ci va peut-être encore davantage à quelques pages rapides consacrées à des inconnus : le Jeune homme au collier de 1641, le Penseur (1637) (fig. 62). Que l’on ajoute de nombreux