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REMBRANDT PAYSAGISTE

S’il est un point qui semble bien établi pour la plupart des admirateurs mêmes de Rembrandt, c’est son impuissance à ressentir et à traduire la beauté plastique. Il serait plus équitable de dire qu’il eut un sens très particulier de la beauté, qu’il n’a guère vu la forme que vivante et en mouvement et qu’il n’a jamais cru devoir lui sacrifier la véracité. Il ne faut pas le juger uniquement sur Adam et Ëve (1638) ; il faut regarder cette page inachevée : le Dessinateur d'après le modèle (vers 1647), des études qui sont de véritables académies (1646), surtout certaines esquisses d’une notation particulièrement originale, les Baigneurs (1651) où la pointe a des impatiences et des ellipses que ne désavoueraient pas les plus audacieux de nos contemporains. 11 semble que, vers la fin, le souci plastique se soit développé : la Négresse couchée (1658) devance Goya et Manet; Antiope et Jupiter (1659) est une fantaisie savoureuse; la dernière estampe qu’il ait signée, la Femme à la flèche (1661), est une simple étude de torse.

11 est enfin un aspect du génie de Rembrandt que l’on soupçonnerait à peine, à n’examiner que ses tableaux, dont ses dessins porteraient des témoignages insuffisants, et qu’il n’a vraiment développé que par la gravure, je veux parler de son œuvre de paysagiste. Ce visionnaire, cet « œil de noctiluque », lorsqu’il est dans la campagne, se laisse aller sans résistance à la douceur de la lumière égale sur l’étendue paisible. Il ne recherche pas de contraste surprenant ou artificiel ; nul n’est plus humble, moins romantique devant la nature. Il semble qu’un grand calme ait pénétré son âme et la facture s’en ressent : la main est sûre, les indications sont brèves et décisives; les ombres sont ménagées, parfois elles sont presque absentes, souvent, elles n’opposent au jour qu’un demi-ton gris.

C’est en 1636 que Rembrandt date son premier paysage. Il les multiplie à partir de 1641, au moment de la maladie de Saskia et après qu’il l’a perdue 1642). Sans doute, il recherche un refuge contre sa douleur en sortant d’Amsterdam, et est attiré par ses amis les Six. Jusqu’en 1650, il semble y prendre le même plaisir, mais, après 1652, il y renonce absolument.

Concentrés sur une période de seize ans et produits au moment de sa maturité, les paysages de Rembrandt ont tous une commune allure ; les derniers toutefois sont plus rapides et plus libres. Dans leurs formes caractéristiques de rectangle allongé, ils embrassent de vastes horizons, sans arrêter l’œil sur aucun accident [la Campagne du peseur d'or (1651)],

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