‹ La Grèce ancienneChapitre 10 sur 144 · LES PAYSANS liATlSSEl RS UE L.V VALLEE · texte numérisé non relu

LES PAYSANS liATlSSEl RS UE L.V VALLEE

les Pélasges, et contribuaient ù justilier Icuis imposantes fortifications.

La conliguralion extériouro des rivages priasgiques appelait donc l'ennenii du dehors. La structure intérieure du pays, de son côté, facilitait l'apparition d'un autre ennemi : celui du dedans.

Le fractionnement par petites cités produit des dissensions et suscite le type du banni ■■. — Los cités, parquées chacune dans une petite vallée entourée d'un cirque de montagnes, étaient, nous l'avons vu, indépendantes les unes des autres. En cas de conflit — et les conflits à la longue sont inévitables — il fallait donc nécessairement en appeler aux armes, puisque aucune autorité supérieure n'avait qualité pour intervenir. On peut admettre toutefois qu'en raison de l'abondance des terres disponibles pendant une certaine période, ces conflits furent moins graves qu'ils ne devaient le devenir plus tard. Cela expliquerait fort bien le caractère idyllique des traditions conservées au sujet du « règne de Saturne » et de la « pacifique Arcadie ».

Néanmoins, la nature humaine et l'expérience des sociétés sont trop connues pour qu'on puisse croire à une concorde que rien n'aurait troublée.

En outre, cette même expérience montre que. dans les localités restreintes où vit un groupe d'hommes, des partis se forment pour se disputer le pouvoir ou la faveur de ceux qui l'exercent. L'animosité de ces partis est d'autant plus vive que les intérêts en jeu sont plus Lirands, et ils sont plus grands quand la cité est indépendante, car la possession du pouvoir est alors une chose plus précieuse et procure à ceux qui gouvernent un plaisir plus effectif. En fait, ceux qui gouvernent sont alors des rois, dont le prestige, lié à des traditions patriarcales, tient à l'ascendant séculaire de certaines familles privilégiées. Mais l'harmonie ne règne pas toujours dans les familles. Il y a parfois des princes mécontents, de « mauvaises têtes », des fils rebelles ou des frères rancuniers, qui peuvent avoir leurs amis et leurs partisans. De là naissent des discordes

civiles, et la solution de ces discordes, dans une région où les territoires soumis à un même pouvoir sont si petits, où d'ailleurs la montagne escarpée offre tant de refuges, est pour ainsi dire tout indiquée d'avance. Cette solution, c'est le bannissement, bannissement forcé ou volontaire. Et nous touchons ici à un des phénomènes sociaux les plus importants parmi ceux qui vont désormais agir. C'est en effet cette solution du bannissement qui résout les problèmes du même genre à l'époque historique, et nous n'avons pas de raison de croire que les mêmes causes, à l'époque préhistorique, ne produisaient pas les mêmes effets.

Nous insistons sur cette conjecture, qui constitue l'hypothèse la plus concordante avec les faits postérieurs analogues, et qui donne en même temps la meilleure clef pour expliquer l'évolution du type grec. Il y a eu dans tous les temps et dans toutes les sociétés des esprits indociles qui ne peuvent pas s'adapter au cadre social que leur a fait rencontrer le hasard de leur naissance. Mais, dans beaucoup de sociétés, V évasion de ces types exceptionnels est difficile. En Grèce, au contraire, cette évasion des enfants perdus et des mécontents est singulièrement facilitée par la nature du sol ainsi que par le morcellement incomparable de la souveraineté. En fait, dans Ihistoire grecque, il est à chaque instant question de bannis.

Mais, pour des esprits indociles et jaloux de leur indépendance, le mode de bannissement le plus agréable ne consiste pas à aller vivre sous les lois d'une cité voisine. 11 consiste à s'établir, si cela est possible, en un domaine où l'on puisse couserver son indépendance.

Or, cela est possible en Grèce, à cause de la montagne qui entoure et surplondje partout la vallée.

Ea montagne dut tout d'abord rester déserte, car, évidemment, le séjour y était moins agréable que dans la vallée. Dans les migrations de peuples, ce sont en général les vallées qui servent de routes, et c'est près de la route qu'on s'établit au moment où l'on s'arrête. Puis les hauteurs sont occupées de proche en [)ro(.he pane qu'il le faut bien, à mesure que la place man-

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