I. — LES PAYSANS BATISSEURS DE LA VALLÉE. I
dominaient alors cette mer. Commerçants de premier ordre, et marins bien plus audacieux que les Grecs, ils pratiquaient déjà ce que l'on pourrait appeler, par comparaison avec le petit cabotage des Pélasges, la navigation au long- cours. Ils exploitaient les peuples de la Méditerranée centrale ou occidentale, comme les Euroj^éens exploitent aujourd'hui les habitants des « pays neufs », en leur prenant des denrées précieuses, telles que l'or, l'argent, létain, l'ambre, l'ivoire, en échange de marchandises de pacotille.
Ce contact des Grecs primitifs avec des hommes directement venus de l'Orient, syrien ou égyptien, avait son utilité. Dans cet Orient brillaient des civilisations très anciennes, les premières qui se soient développées. Sur. les bords du Tigre, de l'Euphrate et du Nil, les sciences avaient pris un essor qu'elles ne prenaient pas encore ailleurs. L'astronomie, l'art nautique, le calcul s'y étaient notablement perfectionnés. Des secrets industriels y étaient gardés, en attendant de se divulguer et de se répandre. Les Phéniciens, qu'ils le voulussent ou non, étaient donc des colporteurs d'idées et d'inventions nouvelles, et c'est ce qui explique comment plusieurs anciennes légendes de la Grèce constatent, à travers d'évidentes exagérations et des fables bizarres, le caractère bienfaisant de ces apports étrangers.
C'est l'histoire de Cécrops, un « sage d'Egypte », qui vient civiliser l'Attique, y fonder des bourgades, y enseigner le labour, la culture de l'olivier, la fabrication de l'huile, fonder l'Aréopage, instituer les rites du mariage et des funérailles, etc. Évidemment, aucun homme n'a fait cela tout seul, et les Pélasges connaissaient l'art agricole bien avant ce contact avec l'étranger. La reconnaissance de la postérité a brouillé les choses et a mis une foule de bienfaits au crédit d'un seul bienfaiteur. Ce qu'il faut retenir de la légende, c'est que certaines importations heureuses et certains perfectionnements précieux ont pu être dus par les Athéniens préhistoriques à des hommes plus raffinés venus de l'Orient.
C'est encore l'histoire de Cadmus, fils du roi phénicien Agé-
nor, qui, en cherchant sa sœur Europe, arrive en Boétie, tue un dragon, sème les dents de celui-ci, en voit sortir des hommes qui s'entre tuent, sauf cinq, avec l'aide desquels il bAtit la Cadniée, citadelle de Thèbcs.
C'est Danaûs, frère d'un roi, Égyptus, qui vient s'établir à Argos, où il est reçu par le roi Pélasgus. Les noms mêmes de la légende prouvent qu'il y a ici un mythe visant de grandes races entières.
Sous ces fables, qui ont d'ailleurs été arrangées par les écrivains postérieurs, on aperçoit une vérité : les Orientaux, Phéniciens et Égyptiens, apprirent aux premiers (irecs divers arts qu'ils ignoraient, et contribuèrent à leur progrès économique. Il est incontestable que l'écriture et l'alphabet ont été répandus, à une époque très ancienne, par les Phéniciens. Diverses industries, notamment le tissage, la métallurgie, la poterie, ont très probablement profité aussi de ces rapports entre les Pélasges et les navigateurs de l'Orient. Les premiers surent, nous le verrons, imiter d'abord leurs modèles, et les dépasser plus tard.
Mais, si l'étranger était souvent un civilisateur, il était parfois un ennemi.
Los traitants phéniciens, quand l'occasion s'en présentait, se transformaient volontiers en corsaires. Leurs opérations commerciales se compliquaient de razzias et d'enlèvements. En ces temps, en effet, on volait les personnes aussi bien que les choses. La légende d'Io, fille d'un roi d'Argos, enlevée par les gens d'un navire phénicien, fut donnée comme la cause la plus lointaine des querelles qui armèrent l'Europe contre l'Asie. Les rapts commis, il y a moins d'un siècle encore, par les corsaires barbaresques, évoquent assez bien l'idée de l'insécurité qui devait régner en ces temps lointains, pour de semblajjles motifs.
Kn outre, les Phéniciens paraissent avoir suivi en (iroce, à des époques indéterminées, certaines routes do terro <jui abrégeaient conmiodémcnt leurs navigations, et occupé les territoires traversés par ces routes. Ces incursions et ces établissements dans l'intérieur devaient amener fatalement des conflits avec