XII. — I.A PROJECTION DU TYPE r.REC EN ASIE
SOUS leurs coups, et, si les con({uist(idors out échoué, Téchec a été dû seulement à leur trop petit nombre, ainsi (ju'à l'anarchie des cités qui, royalement entretenue par l'or des Perses, continuait à sévir derrière eux.
Alexandre se voit donc à la tête des Macédoniens, montagnards bellicpieux, doués d'une g-rando force expansive, exactement comme les Albanais d'aujourd'hui. Il se voit à la tète des Grecs, dont un bon nombre, héritiers des bandits montagnards, ont conservé le goût de ces aventures lointaines qui conduisaient leurs ancêtres vers Troie ou vers la Toison d'or. Alexandre est, de plus, un parfait civilisé, merveilleusement instruit, capable, comme n'importe quel Athénien, de comprendre les causes de la grandeur et de la décadence du commerce, d'apprécier la valeur des routes et des débouchés, et de mesurer l'importance utilitaire des opérations straté.siques. Son père Philippe, en occupant toute une lig-ne de ports depuis la Thessalie jusqu'à l'Hellespont, a montré à quel point l'utilisation des phénomènes économiques entrait dans ses calculs de conquérant. Alexandre est enfin un artiste, un lettré, amoureux d'Homère dont les récits épiques enflamment son imagination juvénile. Il se vante de descendre d'Achille par sa mère, et sa première visite, en abordant l'Asie, sera pour ces ruines de Troie qui contribuent à exalter, par une sorte de mirage intellectuel, son désir naturel de la gloire.
C'est dans ces conditions qu'Alexandre entreprend la conquête de l'immense empire des Perses. Ce pays, pour les Grecs qui ne connaissaient guère que la monnaie d'argent, était attrayant à cause de Yor qu'il possédait en abondance. Plus encore que la Colchide pour les aventuriers Argonautes, l'empire des Perses, héritiers des splendeurs de l'empire assyrien, constituait, à vrai dire, une gigantesque « Toison d'or ». Ce même empire, pour des aventuriers commerçants, avait encore cet attrait qu'il détenait toutes les clefs de communication avec l'Extrême-Orient et la haute vallée du Nil, et régentait, par ce fait, le transport des denrées rares et coûteuses. Notons en effet que la Phénicie, dont le grand port était Tyr, était soumise à la Perse, que
celle-ci dominait également l'Egypte, malgré <le fréquentes rébellions de celle-ci, et que, du côté du nord, cette domination s'étendait jusqu'au Turkestan actuel, ce qui barrait les routes de la Caspienne, et rendait la Grèce dépendante d'un seul peuple pour toutes ses transactions avec l'au-delà.
Or, ce peuple perse, ou plutôt cet amas de peuples réunis sous les « grands monarques » perses, n'était en fait qu'une juxtaposition de vastes groupes communautaires, exploités par des satrapes, et immobilisés dans la routine propre aux peuples demeurés très voisins de la formation patriarcale. Les causes qui avaient poussé dans la cité grecque au développement du type guerrier : bannissements, montagne voisine de la ville, retours de bannis, guerres de vallées à vallées, alertes continuelles dues à la proximité d'adversaires toujours en éveil, n'avaient pas agi dans ces territoires asiatiques. Si le type guerrier se présentait parfois, c'était un type barbare, directement issu du cavalier nomade, ignorant des progrès de la tactique, appliquant à la guerre des procédés naïfs et enfantins. Les Perses, dont le territoire englobait une partie des steppes herbues de l'Asie centrale, disposaient dune nombreuse cavalerie, mais mal formée à son rôle d'arme spéciale, et ne sachant pas, comme la cavalerie macédonienne, combiner méthodiquement ses évolutions avec celles d'une savante infanterie. Ils avaient encore des chars armés de faux, dispositif efficace peut-être avec des ennemis qui ne savent qu'avancer en cohue, mais dérisoire avec des guerriers de métier rompus à toutes les manœuvres. Tout bien compté, ce que les Perses avaient de plus redoutable, c'étaient les mercenaires grecs qu'ils payaient et qui, malgré la soumission des cités à Philip[»e, leur arrivaient encore par petits groupes ou isolément. Mais Alexandre, avec les ressources dont il disposait désormais, pouvait opposer à ces condottieri des troupes plus nombreuses et plus homogènes. La Perse, longtemps convoitée en vain, et quelque temps défendue par l'or qu'elle avait semé à travers les cités grecques, allait tomber enfin sous le coup de consguisladors perfectionnés.