‹ La Grèce ancienneChapitre 128 sur 144 · XII. — LA PROJECTION DU TYI'E (iHEC KN ASIE · texte numérisé non relu

XII. — LA PROJECTION DU TYI'E (iHEC KN ASIE

Première partie de l'itinéraire d'Alexandre : la monopolisation des rivages et la ruine de Tyr. — Nuu.s ne retrarcions [)as eu détail riiisloii»' des halaillcs (r.Vlc\aiidi'o. Mais son itiuôraire mérite d'être considéré un instant.

Alexandre procède eu bandit montagnard terrien. Il ne prend pas la route de mer, bion qu'il ait ;\ sa disposition la flotte athénienne. Il se sent plus à son aise dans les marches de terre, même fatigantes et extraordinaires, et, probablement, il n'est pas sur dn personnel qui pourrait monter sa flotte. La marine perse, grâce à la Phénieic et à la récente alliance d'Athènes avec le grand roi, est d'ailleurs assez redoutable. C'est à revers qu'Alexandre veut frapper cette puissance maritime, et son premier souci sera de fermer à la Perse les routes de la mer. De là les trois premières opérations de sa conquête : 1° le ralliement des rivages d'Asie Mineure; 2° la ruine de Tyr; 3" l'occupation de FÉgyptc (33i-33-2).

Alexandre emmène trente mille fantassins d'élite, plus cinq mille cavaliers. C'est tout, mais c'est trois fois plus de monde que n'en aA aient les Dix Mille. Il franchit l'Hellespont et pousse une pointe vers l'est jusqu'au Granique, pour culbuter une première armée perse, après quoi il tourne au sud, occupe Sardes, capitale de la Lydie, et revient vers l'ouest, pour rejoindre le littoral jusqu'à Phasélis, limite des cités grecques. Cette promenade, le long de la côte, a deux buts : 1" insurger les cités grecques d'Asie contre les Perses et les « rallier » à sa cause; 2" intercepter l'arrivée des mercenaires grecs que les Perses font venir à prix d'or. Le Rhodien Memnon, chef de ces mercenaires, était le principal appui de Darius, mais les satrapes, obtus et jaloux, contrecarraient ses mesures. Un autre chef de mercenaires, l'Athénien Charidème, fut étranglé par l'ordre de Darius, à qui ses conseils déplaisaient. Pendant que les éléments de résistance se paralysent ainsi les uns les autres, Alexandre avance. De Phasélis, il remonte momentanément au nord, laissant la route des rivages devenue difficile et peu profitable. Il va occuper une position stratégique au cœur de l'Anatolie, sur la (( route royale » qui joint Sardes à Suse; il passe à Ancyre,

juste au point qui sera, plusieurs siècles plus tard, le théâtre d'une des plus gig-antesques batailles de Ihistoire, entre les Turcs (le Bajazet et les Mongols de Tamerlan. Mais les Perses n'ont pas attendu l'envahisseur sur ces plateaux. Ils ont reculé vers une autre ligne de défense, et ont choisi assez naturellement Issus, c'est-à-dire l'angle que forme le rivage de l'Asie Mineure, rencontrant celui de la Syrie. C'est un tournant auquel Alexandre doit fatalement passer. Il y passe en elï'et, sur le corps des Perses, et, immédiatement, au lieu de marcher vers « la capitale », comme la théorie semblerait le conseiller, il continue de descendre vers le sud , le long de la côte de Phénicie. C'est ici que prend place une des opérations de guerre les plus difliciles et les plus acharnées qu'ait réalisées Alexandre : la prise de Tyr. Alexandre, en Grec consommé, sait que la ruine de Tyr vaut la conquête de la mer. De là le formidable coup de collier qu'il donne en cette occasion, et l'obstination exceptionnelle qu'il met à briser la résistance acharnée des Tyricns. Tyr détruite, Alexandre continue à tourner le dos à Darius, et s'élance vers l'Egypte . Il n'a pas de peine à détacher de l'empire perse ce pays si particulier, qui supportait avec peine le joug de ses dominateurs. Mais, précisément parce que ce pays est très particulier, Alexandre a besoin de le ménager particulièrement. Souple et politique, il se plie aux mœurs et aux superstitions des Égyptiens, fait le pèlerinage de l'oasis d'Ammon, s'érige en dieu aux yeux de ce peuple religieux par excellence, et, tandis qu'il s'ellorce de frapper les imaginations égyptiennes, il inspecte le pays pour voir quel profit on peut tirer, avec les ressources grecques, de son exceptionnelle situation.

La mainmise du type grec sur l'isthme de Suez : Alexandrie. — L'isthme de Suez, selon qu'il est entre des mains civilisées ou barbares, a le don d'orienter d'une façon ou do l'autre tout l'axe économique d'une grande fraction de riuinianité. C'est là que deux mers, baignant deux mondes dilférents — et à productions (liilérentes — se rapprochent le plus. En outre, cette route de mer croise une route de terre dos plus importantes,

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celles qui va de rAfri([iie intérieure à l'Asie civilisée par la vallée du Nil et l'étroito bande de territoire comprise entre les déserts arabiques et la luor de Syrie, i>epuis loniitemps les (irecs avaient saisi l'intérêt qui s'attachait à l'occupation de ce point du globe, et un attrait puissant les y amenait. Pendant plusieurs siècles, à de nombreuses reprises, ils avaient fait leur apparition dans le Delta. Ils y apparurent d'abord comme voyageure, puis comme colons commerciaux, puis comme mercenaires. En pleine guerre du Péloponèse, on voit Athènes oublier Sparte pour envoyer une flotte en Egypte. Une ville grecque, nommée Naucratis, s'était fondée dans le delta sous la protection des rois du pays. D'antiques légendes contribuaient à rapprocher les doux peuples : celle d'Égyptus frère de Danaus, celle de l'Égyptien Cécrops abordant en Attique, celle dllélène retrouvée en Egypte par Ménélas. Mais, jusqu'alors, les Grecs n'avaient apparu à remJ)0uchure du Nil qu'en petit nombre, et leurs opérations, soit commerciales, soit militaires, avaient toujours été subordonnées au l)on plaisir d'un pouvoir supérieur. Avec Alexandre, le colon grec arrive en maître, et peut réaliser enfin des rêves grandioses. Il s agit de faire surgir en ce point du globe le centre commercial du monde connu. A Tyr qui vient de s'écrouler, va succéder Alexandrie.

La fondation d'Alexandrie est l'acte le plus significatif et le plus décisif d'Alexandre. C'est celui qui exprime le mieux le mouvement d'expansion de la race, attirée vers l'Orient par la possibilité nouvelle, subite, magnifique, d'exploiter des routes dont on ne tirait pas tout le parti convenable et des pays que la barbarie de leurs habitants peuvent faire considérer comme « neufs ». La mer Rouge va enfin être « mise en valeur » par des gens capables, et la route de terre, elle aussi, débarrassée de l'insécurité qui régnait au temps des satrapes, contribuera largement à la prospérité du nouveau centre commercial.

Deuxième partie de l'itinéraire d'Alexandre : la route de l'Inde par terre. — A l'Egypte se termine la partie côtière de

l'épopée d'Alexandre. Maître de la mer par le cirque entier de rivages qui borne à Test la Méditerranée, le conquérant, ayant d'ailleurs rafraîchi et augmenté ses troupes, commence la partie continentale de son invraisemblable promenade, et marche eniin sur la région mésopotamienne, où sont massées, toujours immenses, les forces de Darius. C'est à Arbèles, non loin de Ninive, ([ue se livre la « bataille monstre ». Plus d'un million de sujets perses y figurent, d'après les historiens. Le récit détaillé de l'action montre avec un éclat aveuglant la supériorité de la tactique gréco-macédonienne. En effet, Alexandre triomphe d'une armée qui l'enveloppe, en faisant front de toutes parts. Cliaquec( unité de combat » du conquérant se comporte comme une citadelle mouvante au milieu d'une cohue d'assaillants incommodés seulement par leur nombre. La victoire est un massacre, et, dès lors, l'invasion prend l'aspect d'une promenade triomphale. Alexandre entre dans Babylone, dans Suse, dans Persépolis, dans Ecbatane. La « Toison d'or » est conquise. Des trésors immenses sont pillés. Les soldats reçoivent des parts de butin inouïes. Le seul trésor de Persépolis fournit, dit-on. 060 millions de francs. A Darius assassiné succède le satrape Bessus, qui bat en retraite vers le nord-est, où Alexandre le poursuit. 11 s'enfonce dans les profondeurs de la Bactriane, à des distances de la mer que les Grecs n'avaient jamais atteintes, traverse des chaos de montagnes, pénètre jusqu'à l'Iaxarte (Syr-Daria), au cœur du Turkestan actuel, et, finalement, après une course en zigzag qui parait trahir des intenlions exploratrices, s'avance jusque dans l'Inde, non sans avoir reconnu, dans l'Afghanistan actuel, Timportance commerciale et stratégique de la position d'Ilérat, où il fonde encore une Alexandrie. A son retour, il fait reconnaître les bouches de l'indus et longer le golfe Persique. L'idée d' « utiliser » prati(|uement ses aventures ne quitte pas un instant cet aventurier (332-325).

Un nouveau type de colonies grecques : les villes d'étapes de l'intérieur. — Dans 1 intérieur, tle loin on loin, Alexandre l'onde des villes, dont plusieurs dureront longtemps. Ces villes, d'après

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