XII. — LA PROJECTION 1)1 TVPK CREC EN ASIE. -'Hl
prendre ({u'uiic puissance militaire supérieure à la leur s'est désormais élevée au-dessus d'eux. Uue garnison macédonienne s'installe ii Athènes. Uémosthènes, traqué par les soldats d'Antipater, s'empoisonne à Calaurie, dans le temple de Neptune. Bientôt même on exiee la mise à mort de Phocion. Et ce <{ui se passe à Athènes se passe ailleurs. L'indépendance des cités est morte. Les rois de Macédoine, à partir de ce moment, jouent pratiquement le rôle de « rois de Grèce », tout en laissant souvent aux cités, [)ar la conservation d'une autonomie habilement contrôlée par eux, l'agréable illusion qu'elles se gouvernent encore elles-mêmes.
Gela 110 veut pas dire que le commerce disparaisse de la péninsule. Seulement c'est un commerce inférieur et subordonné. En ce qui concerne spécialement Athènes, on ne peut dire que cette ville devienne une « ville morte ». Au contraire, la sécurité établie par la domination macédonienne parait y favoriser le tranquille courant des affaires et ju.stifier ainsi les aspirations d'Isocrate, soupirant après un grand gendarme pacificateur. La vérité, c'est qu'Athènes devient un centre secondaire, absolument éclipsé par plusieurs cités d'Asie Mineure, et qu'elle ne peut plus songer à lutter, comme autrefois, pour la suprématie maritime, persuasion décourageante qui influe, en le déprimant, sur le caractère athénien.
Il reste à Athènes une supériorité plus difficile à lui ravir : la supériorité intellectuelle. Elle reste, au milieu du bouleversement général, une ville d'écoles et de lettrés. Son prestige même, à ce point de vue, s'accroît en raison du nombre des territoires nouveaux où l'on se met à parler sa langue, à apprendre son histoire, à admirer ses écrivains antérieurs. G'est une ville où les amateurs et les dilettantes se rendent en pèlerinage, et où l'enseignement du beau langage fleurit toujours. En un mot, la physionomie d'Athènes devient un peu, comme nous le dirions, celle d'une belle ville « de province » au glorieux passé, possédant quelque université remarquable, des sociétés savantes, des monuments, des cicérones, une société pleine de culture et de goût. G'est la « gloire d'Athènes » qui com-
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mence et qui, perpétuée par Féducation scolaire, se transmettra jusqu'à nos jours.
L'abaissement de la cité pousse à l'amusement : la comédie nouvelle- — Depuis la conquête macédonienne, le gouvernement de la cité a moins d'importance et excite moins d'ambitions. Les institutions fonctionnent toujours, mais la conquête du pouvoir est moins profitable. La tentation de la politique, sans disparaître, diminue donc, et deux conséquences en découlent : d'une part, beaucoup d'esprits se laissent dériver du côté de l'amusement; de l'autre, la préoccupation de la vie privée, et des règles qui doivent la conduire, se fait plus fortement sentir.
11 est à noter que le plus grand écrivain qu ait vu fleurir Athènes après la conquête macédonienne est un poète comique, Ménandre, qu'entourait d'ailleurs un groupe d'autres auteurs presque aussi célèbres, cultivant le même genre que lui.
Les œuvres de Ménandre sont perdues, mais l'on connaît suffisamment le (( genre » de cette comédie, dite « comédie nouvelle ». Elle est nouvelle en ce sens qu'elle ne s'égare plus, comme celle d'Aristophane, dans la satire politique. Elle s'attache simplement à mettre en scène les mœurs privées et à ridiculiser ce qui paraît ridicule. Bien qu'il s'agisse des mœurs privées, il est à noter que le lieu de la scène est généralement une place publique. C'est en plein air, en effet, que l'on vivait presque tout le long du jour. De même, dans ces comédies, les hommes jouent un rôle bien plus important que les femmes, ce qui répond à ce que nous avons dit de l'organisation famimiliale, et, parmi les personnages féminins, les courtisanes occupent plus de place que les honnêtes femmes. Elles seules, en efl'et, « font parler d'elles ». Parmi les types caractéristiques, citons Xq parasite, ou l'homme spirituel, mais pauvre, qui cherche à vivre de son esprit en se faisant nourrir \y,\v les riches. La canaille athénienne était bien ce qu'il fallait [)our produire cet <( auxiliaire du divertissement ». Remarquons encore le soldat fanfaron^ né des récits pompeux des mercenaires ou des « con-