II. — I.K BANDIT MONTAGNARD nviNISK
rexterminatiou des monstres^ deux choses sont à considérer : la première, que les bêtes féroces étaient alors beaucoup plus nombreuses que de nos jours. Des espèces redoutables, (jui ont complètement disparu de certains pays, pouvaient y être représentées il y a quatre raille ans. La seconde, c'est que nos Grecs, Imaginatifs et symbolistes, ont pu quelquefois confondre les hommes de proie avec les bêtes de proie. Nous appelons « monstres », par métaphore, certains hommes exceptionnellement odieux. Les Grecs, eux, allaient souvent plus loin que la métaphore; ils allaient jusqu'à la métamorphose idéale et symbolique. Ceci dit, notons encore, quelques exploits d'Hercule : lutte contre le lion de Némée, lutte contre le san^ilier d'Erymanthe, course après la biche aux pieds d'airain, extermination des oiseaux du lac Stymphale, extermination du taureau féroce de Marathon. Et Persée, autre fils de Jupiter, après avoir occis Méduse, tue é.salement un monstre qui allait dévorer Andromède. Ce Persée, dont la mère Danaé, lille d'Acrisios, roi d'Argos, avait reçu, captive dans sa tour, la visite de Jupiter métamorphosé en pluie d'or, est un bon type de banni — son aïeul l'expose sur les flots — et un bon type de fondateur — c'est lui qui bâtit Mycènes, la cité nouvelle, destinée à détrôner provisoirement la pélasgique Argos. Quant à Thésée, comme son ami Hercule, il pourfend un minotaure, mais c'est en Crète qu'il va le chercher. Le type de Thésée est d'ailleurs difficile à classer chronologiquement, ainsi que plusieurs autres. Des légendes anciennes ont été incontestablement rajeunies à des époques postérieures, et c'est pourquoi nous retrouverons, dans la phase des héros, certains types dont la première ébauche s'est dessinée durant la phase des dieux et des demi-dieux.
L'assainissement et la voirie. — Outre les brigands, outre les bêtes féroces, les Héraclides ont encore à combattre les obstacles naturels qui s'opposent, soit à la circulation, soit à la mise en valeur de terres fertiles, ou qui constituent des foyers d'infection. Il y a donc lieu d'entreprendre de grands travaux d'assainissement^ travaux tellement vastes qu'ils récla-
ment rinitiativo de chefs très puissants et très prévoyants. Deux des travaux d'Hercule représentent admirablement le caractère de cette besogne. Nous voulons parler de la lutte contre l'bydre de Lerne et du nettoiement des écuries d'Augias.
L'hydre do Lerne est un « monstre », mais un monstre dont le caractère métaphorique apparaît très clairement. Il s'agit en effet d'un marécage pestilentiel d'Argolide, qui devait faire autant de victimes qu'une bête de proie. Ce monstre avait plusieurs têtes, dit la légende, et Hercule avait beau en couper, il suffisait qu'une seule subsistât pour qu'on vît reparaître toutes les autres. Le fils de .Jupiter ne put venir à bout du monstre qu'en tranchant d'un seul coup toutes ses têtes.
Or, qu'on se rappelle ce que nous avons dit des cours d'eau de la Grèce. Ce sont des torrents qui, descendant des collines, charrient des quantités d'alluvions. Arrivés dans la vallée, ils déposent ces alluvions, qui tendent à constituer de minuscules deltas marécageux. Dans ces deltas, le flot, en rampant pour ainsi dire, se fraye péniblement un passage vers la mer et, parfois, se divise en plusieurs branches plus ou moins stagnantes. Il en résulte, si des travaux ne viennent contrarier cette disposition naturelle, un terrain singulièrement propice à la malaria. Ces travaux, des hommes puissants les effectuèrent jadis en divers lieux, qui devinrent dès lors habitables, et virent même s'élever des villes importantes, mais qui, abandonnés depuis lors aux lentes revanches de la nature, sont redevenus des marécages déserts. Tel est le spectacle que nous ofï'rent, notamment, plusieurs rivages de l'Asie Mineure, ceux où s'élevaient Phocée, .Milet, etc., et la côte orientale de la Corse, où s'élevait Aléria. En Grèce aussi, l'hydre des marécages était à vaincre, et elle fut vaincue, non sans peine, comme le montre la légende. Il fallut y revenir plusieurs fois, et arriver k des moyens radicaux, c'est-à-dire à des creusements de nouveaux lits, en supprimant toutes les branches anciennes découlement, et, si nous passons do l'hydre de Lerne aux écuries d'Augias. nous constatons que. là encore. Hercule ne recule pas devant l'idée do détourner un lleiivo, r.Vlphée, pour accomplir sa besogne d'assainissement.