II. — Li: IJAXIilT MDNÏACNARF) l»I\ IMSK
Mais les modifications apportées aux cioyanccs n'euiciit pas les caractères d'une religion remplacée par une autre. C'est une; reliiiion ancienne modiliéc par le développement d'organismes qu'elh' contenait en germe, et enrichie par l'adoption de mythes étrangers qui viennent s'encadrer harmonieusement dans le fond primitif.
Il est clair que la mythologie classique ne put se constituer dès le déhut de la période héraclide. Ceux qui doivent être divinisés plus tard ne sadorent pas eux-mêmes. Il fallut du recul pour que Jupiter et sa bande pussent apparaître, aux yeux de la postérité, dans une auréole convena])le. En fait, la religion pélasgique se perpétua. Seulement l'adoration des forces naturelles prit peu à peu un caractère plus marqué d'anthropomorphisme, c'est-à-dire que de plus en plus, par suite de l'éblouissement causé par les grands hommes, on fut porté à confondre sous un même nom tel personnage aux exploits « divins » avec une divinité conçue jusqu'alors sous une forme vague et anonyme. On sentait depuis longtemps qu'il y avait quelque chose de divin dans le ciel. Ce quelque chose de divin devint Jupiter. On croyait à une puissance divine cachée dans les flots. Cette puissance divine s'appela Neptune. On tremblait devant la divine horreur qui se fait deviner dans Vau-delà de la tombe et qui évoque dans l'esprit l'image de « ténèbres », de « souterrain », de ce centre de la terre ». Cette horreur divine laissa entrevoir, dans l'ombre, la figure précise de Pluton. Et ainsi de suite.
Une des filles de Jupiter, Minerve (Pallas-Athénè), donne à réfléchir sur le caractère et le genre de vie des jeunes filles montagnardes, des sœurs et femmes de bandits. Les temps modernes ont montré ce dont ces « vierges fortes » étaient capables en4emps de guerre, et comment elles se trouvent associées à l'existence belliqueuse des montagnards. Minerve, avant de devenir la déesse de la sagesse et des arts, est une indomptable guerrière. Elle sort tout armée du crâne de Jupiter. Elle rassemble les soldats, inspecte les phalanges, commande dans les combats. On l'appelle « tueuse d'hommes, dévastatrice de villes,
faiseuse de butin, amie des dépouilles ». Elle a un bouclier merveilleux, qui est 1' « égide », et ce bouclier est fait de peaux de chèvre, animal montagnard. Sa « sagesse », pour le moment, c'est la ruse stratégique. Elle excelle à organiser une embuscade nocturne. Elle i/ voit pendant la nuit, et c'est pourquoi les poètes, pour lui faire honneur, l'appelleront la déesse « aux yeux de chouette ».
Pendant que le recul agissait peu à peu pou r diviniserles grands hommes, les rapports avec l'Orient se continuaient. Les voyageurs phéniciens ou autres, par leurs contacts répétés, répandaient leurs mythes à eux. Quelques-uns de leurs dieux, par analogie, fusionnaient avec les dieux de la Grèce. Le « Soleil » s'associait étroitement avec Apollon. La « Lune » faisait bon ménage avec Diane (Ârtémis), la jeune vierge guerrière et chasseresse qui se lève avant l'aube pour battre les vallons encore obscurs. L'Hercule tyrien, Melkart, entremêle ses exploits à ceux de l'Hercule olympien. En certains cas, la divinité garde tellement ses traits orientaux que la légende grecque est obligée elle-même deu tenir compte. C'pst ainsi que Vénus (Aphrodite), donnée parfois pour fille de Jupiter — car on sefïorce de tout rattacher au dieu suprême — est plutôt représentée comme naissant du sein de l'onde, c'est-à-dire, en prose vulgaire, comme apportée par des navigateurs. C'est l'AsIarté phénicienne, et Bacchus (Dyonisosi arrive aussi de l'Orient. Peu à peu, la collection do dieux se complète, toujours rattachée au vieux Saturne par une généalogie méthodique, mais admettant une série de légendes plus ou moins orioutales, qui donneront aux spécialistes de la mythologie comparée le plaisir de retrouver çà et là des points de ressemblance entre les croyances des Grecs et celles des Perses, des Chaldécns ou des Hindous. Ce qui est très grec, c'est le type physi({ue sous lequel, au bout d'un certain temps, on se met à concevoir chaque dieu ; ce sont les attributs qu'on leur donne : le casque et la lance de Minerve, lare de Diane, le caducée et les talons fiilés de Mercure. Les Orientaux prêtaient A leurs dieux des formes souvent grotesques ou hideuses, parfois déligurées par un symbolisme baroque. La race grecque, placée dans dos condi-