‹ La Grèce ancienneChapitre 23 sur 144 · III. — Li; liANDlT MONTA(;NARIt IDÉALISÉ · texte numérisé non relu

III. — Li; liANDlT MONTA(;NARIt IDÉALISÉ

C'e.st (le là qu'on voit descendre, d'après la tradition, licHcii et ses tils.

Mais Hellen n'est plus un dieu, comme Jupiter. Lui et les gens de sa race sont seulement des héros. Le prestige d'un vaste Fi'cul manque à ces nouveaux venus de la montagne. En outre ils ne seront pas les prouiers à faire œuvre de civilisateurs. Ils continueront, en la perfectionnant, l'œuvre encore fruste et incomplète des Héraclides. L'admiration pour eux sera grande encore, mais non point prodigieuse. On ne les considérera plus comme des êtres absolument extraordinaires, puisque la voie où ils chemineront aura déjà été frayée.

Le bandit licllène n'en sera pas moins un type supérieur au bandit héraclide. Il fera mieux, parce que le terrain est mieux préparé. Il fera mieux, parce que l'Othrys, montagne moins haute que l'Olympe, est plus en contact avec les cités de la vallée, et que les montagnards ont été plus à même d'y conserver leur culture intellectuelle. Il s'ensuit que la domination hellène va prendre les caractères d'une domination plus régulière et plus organisatrice que celle des Héraclides qui l'ont précédée.

La force expansive des monts Othrys. — Hellen, d'après la légende grecque, était fils de Deucalion, qui était fils de Prométhée, lequel, en bon ancêtre pélasge, était « fils de la Terre », et s'était illustré par sa lutte contre Jupiter. Prométhée avait, dit-on, prédit à ce dieu que son règne aurait une fin. Au point de vue religieux, la prophétie ne devait être qu'à bien longue échéance, car les imaginations populaires étaient trop victorieusement fascinées par la gloire de Jupiter pour qu'on pût en déraciner le culte. Mais, au point de vue politique, il était exact que la race des Titans devait prendre sa revanche. Elle la prit donc, et de ce moment date la fortune du nom d'Hellènes, qui, d'abord réservé aux seuls habitants de la Phthiotide, finit par s'imposer à tous les habitants de la péninsule. C'est que la bande des montagnards de TOthrys avait fait explosion, pour ainsi dire, et fourni des dominateurs, de proche en proche, aux pays voisins.

La forme de cette expansion fut, d'après la tradition, une intervention des bandits hellènes dans les innombrables petites guerres qui, vers la tin de l'époque héraclide, avaient armé les uns contre les autres les habitants des vallées.

Ainsi, de nos jours encore, dans les pays où lleurit le banditisme, les « rois de la montagne », s'érigeant en redresseurs de torts, vont donner « un coup de main » aux partis qu'ils favorisent dans le bas pays.

Mais, cette fois, les auxiliaires devinrent des maîtres. Le massif montagneux où s'était formée leur supériorité dominatrice fut le centre d'un rayonnement social. On a l'impression d'une époque où les diverses peuplades de la Grèce subissent une transformation, par suite de l'arrivée d'hommes énergiques et entreprenants, venant tous d'un même endroit, et se différenciant peu à peu en plusieurs variétés, sous l'influence des milieux nouveaux dans lesquels ils viennent établir leur domination.

Une fourmilière de petits rois. — A la base de cette société, on trouve toujours un peuple d'agriculteurs, groupé en cités. C'est le vieux fonds pélasgiqne, la classe ouvrière. Cette classe ouvrière, tout d'abord, ne comporte pas d'esclaves. Le travail libre paraît avoir précédé l'esclavage; mais celui-ci, par l'effet des guerres, et surtout des guerres lointaines, apparaît précisément vers cette époque. Les premiers esclaves sont des prisonniers ou des captives réservés à la maison des chefs. Quant aux groupes locaux de cultivateurs, ils ont. pour diriger leurs cultures, un conseil de « gérontes » ou « anciens ». Leur cité se confond pratiquement avec le clan dirigeant qui la domine. Klle fournit d'ailleurs, au besoin, de bons soldats quand les chefs jugent nécessaire d'en recruter dans son sein.

Ces chefs sont les anax, les meneurs if hommes. Ce sont les bandits superposés aux anciennes populations. Ils constituent la classe dirigeante. Mais eux-mêmes se groupent, selon une certaine hiérarchie, autour de grands c/iefs qu'on appelle basilcifs. Ce mot a été traduit par roi. En fait, les ôasileiis sont rois

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par Iciii' indépendance, mais ce sont, bien entendu, de fori petits rois. La seule Ithaque, avec les îles voisines, en compte plusieurs centaines. La (Irèce entière en compte évidemment des milliers.

Chaque basileus se taille dans le pays un petit « royaume ». Il y a évidemment des diflérences dans l'étendue de ces territoires et dans la puissance de leurs chefs. Ce qui arrive, surtout, c'est que tel chef plus puissant fait reconnaître, de g-ré ou de force, son autorité sur les chefs du voisinage et acquiert par là un prestige tout spécial. Il devient alors un « roi des rois » comme Agamemnon, ce qui n'est pas beaucoup dire. Quoi qu'il en soit, le spectacle otfert par la Grèce de cette époque, lorsqu'on considère la couche supérieure de la société, est celui dune fourmilière de rois.

La poursuite de la richesse mobilière. — A quoi s'occupent ces petils rois? A guerroyer, à piller, autant que possible. Ils cherchent naturellement, descendus dans la plaine, à continuer le métier qu'ils exerçaient dans la montagne. Tout ce qu'on a pu savoir d'eux nous les montre violemment épris de la richesse mobilière, fort préoccupés des lois, conventions ou usages qui règlent le partage du butin, et jaloux de se constituer des t7'ésors. La propriété immobilière est indivise et peu prisée, parce qu'elle n'enrichit guère. Deux sortes de richesses, entre toutes, sont recherchées avec passion : les troupeaux d'abord, et les objets métalliques ensuite. La monnaie n'existe pas encore, et se trouve suppléée par ces deux espèces de marchandises. Les femmes captives sont aussi fort appréciées, à cause des étoffes ou des vêtements qu'elles confectionnent. Ces femmes sont pour leurs maîtres des productrices gratuites d'objets mobiliers. Cesontf/e^ objets mobiliers gui en produisent d'antres et qui ont par là une double valeur. C'est une question de butin. Si un héros tient à une femme, c'est à cause de cette valeur qu'elle représente et dont il n'entend pas se laisser frustrer. Cet attrait de la richesse mobilière et la facilité de son acquisition poussent les jeunes gens à se détacher de leurs pères pour courir les aven-

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turcs. Elle sépare les frères les uns des autres, les brouille parfois, et réduit la famille à un groupe plus restreint.

En un mot, le grand plaisir de nos hasileus et de nos anax, c'est d'augmenter leur bétail, et de collectionner des objets d'or, d'argent, d'ivoire ou de l)ronze, enlevés à des vaincus. Cela leur permet de donner des festins plantureux où l'on mange des bœufs entiers et où l'on boit le « vin noir » dans des coupes précieuses. Cela permet encore de faire des cadeaux à ses amis. On prend d'une main et l'on donne de l'autre. Or. nous allons le voir, on a besoin de faire plaisir à ses amis.

Châteaux forts et trésors. — Où lechef pillard s'abrite-t-il et abrite-t-il ses richesses? Dans des châteaux. Il habite « une demeure haute, bien bâtie ». Il convient que la demeure soit haute pour qu'on puisse guetter les arrivées d'ennemis à combattre ou de voyageurs à détrousser. Il faut qu'elle soit bien bâtie pour que les provisions et collections soient à l'abri d'autres pillards.

Ces châteaux sont, en général, de dimension restreinte. Le chef l'occupe seul avec une troupe choisie. Un appartement de cet édifice, le mêgaron, renferme des réserves d'armes. Mais une pièce caractéristique de l'époque, c'est le trésor, où l'on conserve les objets précieux. C'est une construction particulièrement solide, aux murs épais, et dont le toit, par des combinaisons spéciales, réalise l'équivalent de la voùto, que les Grecs ne connaissaient pas.

Le château est précédé d'une sorte de porti((ue, ou de galerie, pièce sacrifiée, pour ainsi dire, par la vie privée à la vie publique. Cette pièce reçoit en poésie fépithète consacrée de (( bruyante », à cause des gens qui s'y pressent et y séjournent, amis, clients, fidèles de toutes sortes. En arrière se trouvent les pièces consacrées aux hommes. Un appartement spécial, le gynécée, est réservé aux femmes. Le château est meublé de trônes, autrement dit de fauteuils, de chaises, de tabourets ou petits bancs, de coflres où l'on serre les étoifes. Une colonne est creusée de manière à constituer un placard à lances ou à jave-

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