‹ La Grèce ancienneChapitre 24 sur 144 · LE IJANDir MONTAGNAHD IDLAI.ISÉ · texte numérisé non relu

LE IJANDir MONTAGNAHD IDLAI.ISÉ

lines pour que les visiteurs puissent se débarrasser de leurs armes comme on se débarrasse actuellement des cannes et des parapluies. On oil're des fauteuils aux hôtes de distinction. On y étend des couvertures brodées ou bariolées. On met un petit banc sous les pieds du visiteur. Il y a naturellement des celliers pour les provisions, avec des jarres parfois immenses, et des écuries ou étables pour les chevaux et le bétail.

Le mot dont nous avons fait l'oi signifiait donc chef, et de même le mot dont nous avons fait trÔ7ie signifiait, comme nous venons de le voir, sii-ge à bras. Toujours d'après la même proportion, le mot dont nous avons fait sceptre signifiait bâton. Les basileus, en temps de paix, tenaient volontiers en main une sorte de canne plus ou moins ornée, qui finit par devenir un bâton de commandement, et, par suite, un objet quasi sacré.

La bande du chef. — Le basileus, grand chef, est entouré de plusieurs «;<rtj, petits chefs, qui sont en principe ses pairs, et qui obéissent, non par contrainte, mais librement. Le grand chef a su se les attacher par sa richesse, par sa vaillance, par son prestige, par son éloquence. Le même mot, dans la langue grecque, veut dire obe'ir et être persuade'. Pour se faire obéir, il faut donc persuader les gens, et l'on voit poindre ici le rôle capital que va jouer l'éloquence dans toute l'histoire du monde grec. Le grand chef qui veut prendre une décision assemble un certain nombre de chefs moins grands qui gravitent autour de lui et leur propose son affaire. C'est ce qu'on appelle la boulé. De là sortiront les sénats de l'époque ultérieure. Cet état-major discute la question, parfois avec assez d'âpreté ; mais le grand chef a naturellement pour lui la supériorité de son prestige. L'idée est-elle adoptée? Tout n'est pas dit. Il faut rassembler V agora, c'est-à-dire fous les anax ralliés au clan du basileus. C'est l'assemblée générale de tous les nobles, si l'on veut, de tous les guerriers. Là, on discute encore, mais un peu pour la forme. Le basileus, qui s'est entendu avec la boulé, est assez fort pour entraîner l'adhésion de cette collectivité tumultueuse. Mais encore faut-ii qu'il la demande, sans quoi les a?iax se formaliseraient sans doute, et l'on

ii LA GRECE ANCIENNE.

ne peut se dispenser de celte formalité d'enregistrement. L'agora enregistre, en effet, avec plus ou moins d'enthousiasme. Elle se laisse généralement conduire, mais après des discours et des flatteries appropriées. Là encore, les « meneurs d'hommes » sont ohligés de faire des frais oratoires. L'obéissance passive n'est pas de mise, sauf peut-être — car ce n'est pas sûr — au fort du combat.

Les auxiliaires du chef. — Certains anax de distinction sont spécialement attachés à la personne des grands chefs. Ce sont les thérapontes, sortes d'écuyers nobles, que le grand chef traite à peu près en égaux et souvent en amis. A un cran supérieur, l'on trouve des basileus c[ui peut-être ont eu des malheurs, ou qui trouvent décidément leur « royauté » par trop insignifiante, et qui lient volontairement leur cause à celle d un ami plus puissant. Ce sont les hrtairoi. Mais ce mot, à Tusage, finit par prendre un sens large et vague. Cela veut dire compagnon, camarade, ami. Et il est très important, dans le système, de cultiver les amitiés.

Sous ce régime de libre service, l'homme puissant est celui qui sait se faire beaucoup d'amis. Plus on sera aimable, généreux, hospitalier, serviable, plus on recrutera de bonnes lances dans sa compagnie. L'état social, cpii tend à développer l'éloquence, tend donc à développer aussi l'amabilité, les manières fines, courtoises, insinuantes. Il pousse, en certains cas, à d'admirables fidélités. De ce besoin social sortiront des couples d'amis dévoués, coumie ceux d'Achille et de Patrocle, d'Oreste et de Pylade. La camaraderie devient un ressort de la vaillance.

En dehors des guerriers proprement dits, le chef dispose encore d'auxiliaires pacifiques, dont les trois principaux sont le héraut, le devin et l'aède.

Le héraut est un parlementaire permanent. C'est lui qui préside aux rapports des ennemis en temps de guerre. Il ne se bat jamais et sa personne est inviolable. Il fait les proclamations nécessaires en présence de l'ennemi. Mais il a aussi son rc)le dans l'intérieur du clan. C'est lui cpii a la police des assemblées.

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Il réclame le silence lorsqu'on crie trop fort, ce qui devait donc arriver souvent. Mais il lui est utile de pouvoir crier très fort lui-même, et le nom de Stentor, héraut des (irccs au siège de Troie, en est devenu proverbial. Enfin le héraut sert d'arbitre sur les questions de point d'honneur. C'est un l^andit neulralisé.

Le devin porte un nom qui indique son rôle. Il est environné d'un grand respect. Plus les occupations des hommes sont hasardeuses, plus ils éprouvent le besoin quelquefois fébrile d'interroger par avance l'avenir. Or les occupations de nos Hellènes sont fort hasardeuses. Le devin est donc un être sacré. Non seulement l'oracle de Delphes voit s'accroitre sa vogue, mais on rencontre, autour des })lus illustres basileus, des personnages qui prophétisent. Tel est Mélampos, qui est en même temps médecin, et à qui la légende attribue le don d'entendre le langag-e des oiseau.x. Tel est encore Tirésias, le devin de Thèbes, qui dévoile les crimes d'OEdipe. Tel est encore Calchas, qui accompagnera les Grecs au siège de Troie. Et il faut insister sur la puissance exercée par de tels hommes, ou par les oracles en général. On peut voir dès maintenant se dessiner une forte tendance à faire intervenir la superstition comme élément directeur ou perturbateur dans les entreprises de la vie, et notamment dans les opérations militaires, tendance que l'on retrouvera toute-puissante à la plus belle époque du génie grec.

L'aède enfin, c'est le chanteur, le poète, le spécialiste qui charme les réunions du château et constitue une attraction de ses plantureux banquets. Nous avons vu comment le goût de la musique et de la poésie s'était renforcé à l'époque héraclide. Il se renforce encore et se régularise, comme tout le reste, à l'époque hellène. Que chante l'aède? Les dieux sans doute, mais aussi, et avec une prédilection particulière, la gloire des combats, puisque c'est ce qui intéresse tout spécialement nos héros.

Gomme il faut que ces spécialistes fassent leur apprentissage quelque part, il se crée des écoles de poésie et de musique, où Ion conserve les recettes, les procédés, les airs, les vers. Les aèdes, pour les raisons que nous avons dites, ont la capacité mnémonique fort développée. Ils savent beaucoup de belles

histoires, qu'ils transmettent à leurs élèves. Ces histoires sont des morceaux épiques auxquels la coutume finit par imprimer une forme consacrée. Il y aura des invocations à la Muse, des épithètes traditionnelles, des sortes de moules tout faits pour introduire les récits de coni])ats ou les disputes de guerriers. Telles apparaissent, dans la poésie homérique, les figures de Phémios, l'aède attitré du château d'Ulysse à Ithaque, et de Démodocos, qui charme à Schérie les superbes banquets des Phéaciens.

Les guerres entre chefs. — Les chefs, avec les clans qu'ils mènent, peuvent être entre eux à l'état de guerre ou à l'état de paix.

L'état de guerre est fréquent, (^e sont des rivalités, des brouilles, des raccommodements, des meurtres, des fuites de meurtriers chez un clan voisin qui les adopte, des luttes intestines dans la même cité, des fratricides, des vengeances atroces, des « faits divers » dramatiques dont on fera etlectivement des tragédies. Ce sont encore, selon la méthode qui dès le début caractérise l'expansion hellène, des entreprises pour soutenir tel ou tel parti dans une cité où régnent des querelles intérieures. Ce sont des histoires de « bannis » qui s'en vont avec des menaces, et qui reviennent après être allés chercher du renfort. Polynice, banni de Thèbes, s'en va chercher Adraste, roi d'Argos, lequel avait été banni d'Argos par Amphiaraûs, puis s'était réconcilié avec ce dernier. Oreste, vengeur de son père Agamemnon. est un banni qui revient. Banni encore, Persée; banni, Bellérophon; deux héros dont la légende touche au moins eu partie à notre période, et tous deux s'illustrent quoique bannis, ou parce que bannis. C'est l'ère des coups de main et des coups de force. Le régime longtemps pratiqué dans la montagne est appliqué à la plaine. Le bandit, érigé en basilfus, demeure J^andit.

Mais, dans la plaine, la guerre se fait d'une façon perfectionnée. La valeur de l'unité humaine, poussée à son maximum dans ces luttes où les combattants ne sont qu'une poignée d'hommes, amène ledévelop[)ement des armes défensives : casques, cuirasses, épaulières, jambières, boucliers. Comme il arrivera plus tard au

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moyen âge pour des raisons analogues, le héros éprouve le besoin de se transformer en citadelle vivante. C'est toute une affaire que de se procurer des armes solides. Le bronze est encore le métal qui los fournit. Mais, sous cette carapace, naturellement, les mouvements du hrros sont difficiles. Que fera-t-il .' Il montera debout sur un char, petit siège traîné par deux chevaux, et que conduira un fidèle théraponte. Le cheval apparaît donc, et l'épithète *' dompteur de chevaux » devient pour un héros un précieux éloge. Castor, le frère de Pollux, est un de ceux qui en bénéficient. Mais, malgré tout, rHellène ne se bat guère à cheval. C'est un fantassin qui se fait traîner en voiture. Du reste, pas de tactique; rien que de la bravoure, ou des ruses élémentaires. Les batailles se décomposent en une série de combats singuliers — toujours comme il arrivera pour les chevaliers du moyen âge. On se défie, on se poursuit, on se sauve d'ailleurs sans vergogne quand on se sent le plus faible, et l'on s'embarrasse peu des prescriptions de la loyauté.

Les armes offensives sont surtout l'arc, l'épée et le javelot. L'arc joue un rôle important dans les légendes héroïques. Toutefois le javelot semble en voie do conquérir la prépondérance. Pour comprendre celle-ci, il faut se représenter l'entraînement physique auquel se soumettaient, de bonne heure, les futurs guerriers. Le trait lancé à la main, grâce à une studieuse habitude, finissait par être une arme terrible, perçant les boucliers et les cuirasses et franchissant des distances relativement considérables. A une époque où la poudre à canon n'existait pas, la faculté physique de projeter un dard plus loin que ses adversaires constituait une supériorité précieuse, équivalente à ce qu'est pour nous la possession d'un fusil ou d'un canon à longue portée. On cultivait de même Xendurance, qui permet de combattre 'plus longtemps sans fatigue. C'est en s'entrainant à ces exercices que les Grecs deviendront des guerriers supérieurs et se rendront capables de prouesses merveilleuses contre les armées inférieures de l'Asie. Or, ils s'y entraînent parce que leur état social les y oblige, parce que la vie de bandit montagnard leur a fait une loi de ces tours de force, et que, dans cette société de

pillards aventureux, la virtuosité musculaire est un Lragne-pain.

Les chefs, au milieu de iiuerriers quasi égaux, n'ont d'autre autorité sur leurs compagnons que celle à laquelle ces derniers veulent bien se soumettre. Évidemment il faut une organisation et une discipline embryonnaires. Le chef est un homme très brave et très admiré, doué personnellement — sans quoi il ne serait pas chef — des qualités du « meneur d'hommes ». Mais, à l'occasion, tel ou tel afiar refuse d'obéir, et le chef ne peut rien contre lui. Ce n'est pas de la désertion; c'est de la grève, et la grève est permise. Nouvelle occasion pour le chef (le déployer toutes ses ressources d'éloquence, et de manifester son utile libéralité.

Enfin, vainqueurs, nos héros se partagent le butin, et c'est toujours une grave question. Il faut cjue les parts soient égales, et ([u'elles soient tirées au sort. Le grand chef a toutefois sa part privilégiée, et parfois tel héros de distinction peut obtenir une « récompense » hors part, votée par ses camarades. Mais cette répartition du butin est la cause de bien des brouilles. C'est la grande affaire d'État.

Les coalitions par sympathie. — Pour être capables d'entreprendre des expéditions un peu importantes, nos « petits rois » sont obligés de s'associer entre eux. Fêtant donné l'émiettement de la souveraineté à travers le pays, c'est le seul moyen de mettre sur pied des forces sérieuses.

Ce résultat est obtenu au moyen de Vhélérie.

L'hétérie est l'extension hors du clan de ces amitiés dont l'intérieur du clan nous a déjà offert l'exemple. C'est, en quelque sorte, un vaste réseau d'amitiés f|ui englobe rà et là une multitude de chefs.

Le sentiment d'une origine commune se fortifie parmi les (irecs avec l'avènement des Hellènes. Et la chose est fort naturelle si l'on considère que les chefs des diverses cités sont fournis à celle-ci par un type unique d'hommes supérieurs formé dans un milieu déterminé. La séparation des vallées, d'une manière lente et continue, tond à faire diverger les in-

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