‹ La Grèce ancienneChapitre 29 sur 144 · IV. — LK llANDir A LA M Kl · texte numérisé non relu

IV. — LK llANDir A LA M Kl

i;u('ur court une soi'to cralloc centrale, dite « cout'sie », où Ton |)Ciit circuler, quand elle n'est pas encombrée de marchandises. Celles-ci se casent comme elles le peuvent sous les bancs des rameurs, dans le « creux » du bateau, sous les estrades d'avant et d'arrière. Au milieu se trouve une sorte de trou pour le màt. Quand le vent est favorable, on plante ce màt dans le trou et on l'assujettit par des cordages à l'avant et à l'arrière — peut-être sur les côtés. La navigation à la voile est dans l'enfance; on ne sait se servir du vent que lorsqu'il est arrière, ou à peu près. Quand le màt ne sert plus, on l'enlève du trou, après avoir défait les cordages, et on le couche au milieu du bateau. Comme provisions, l'équipage emporte généralement de la farine et du vin; mais il faut aussi faire de l'eau de temps en temps, car le travail de la rame donne soif, et le vin ne saurait constituer l'unique breuvage. Au moment de la bataille, les rameurs — une partie tout au moins — se transforment en guerriers. On combat du château de proue et du château de poupe, qui sont des postes j)lus favorables que le centre du vaisseau. En définitive, le bateau grec est chose ^^eu confortable; mais ce désagrément s'atténue lorsqu'on songe que, presque tous les soirs, on peut se reposer à terre. Il est rare qu'on navigue de nuit, et les chefs risquent de soulever contre euv leurs hommes s'ils réclament d'eux ce travail exceptionnel.

La vie du pirate. — Le métier a pourtant de grands attraits. Comme tous les travaux de simple récolte, il exerce une séduction intense, fortifiée encore par la richesse des « récoltes » possibles et rendue plus piquante par le sentiment du danger auquel on s'expose. Ilya du bénéfice et des émotions.

Ulysse, chez les Phéaciens, commence ainsi le récit de ses aventures :

(( En partant dllion, la brise me portait. Elle m'approcha d'Ismare chez les Kikones. Là, je pillai une ville : nous tuâmes les hommes ; nous enlevâmes les femmes et les objets de valeur en grand nombre, etnousfimes la distribution en parts si égales que personne de mes équipafjes neut rien à dire... On se

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mit à J)oiro, et lioaucoup, et du vin pur. On rôtit sur la plage nombre de moutons et de grands bœufs lents aux cornes recourbées. »

C'est une grave question que celle de ces « parts égales », et il importe que personne n'ait « rien à dire », car le capitaine n'est pas maître absolu à son bord.

En eflet, le clan que nous avons vu fonctionner sur terre est ici transporté sur mer. Le chef hellène n'a pas de peine à recruter son personnel. Ceux qui l'accompagnent sont des volontaires, des « compagnons ». Us vont avec lui parce qu'ils le savent brave, capable ou heureux; mais, comme sur terre, lobéissance est libre. Le « meneur d'hommes » est le premier entre ses pairs. Pour se faire obéir, il doit persuader, et n'y réussit pas toujours. Ses " illustres compagnons » pratiquent à bord le régime parlementaire, et il y a un leader de lopposition. Dans le bateau d'Ulysse, c'est Euryloque, et Euryloque interpelle ainsi le héros en chef :

(( Tu es cruel, Ulysse! tu es plein de force, et tu ne sens pas la fatigue! Es-lu de fer! Nous, nous sommes brisés, et nous tombons de sommeil. Laisse-nous descendre à terre ; laisse-nous faire un bon repas. Pourquoi naviguer la nuit? »

Par suite, en bien des cas, le capitaine est obligé d'en passer par la volonté de ses hommes. Les conséquences n'en sont pas toujours heureuses. Les pillards, après un coup de main fructueux, se mettent à manger et à boire, et, dans ces ripailles monstres, ils oublient de se garder. L'habitude du danger les rend insouciants. Ils négligent de placer, selon l'usage, des sentinelles sur un monticule élevé. Ils croient que les haltitants ne viendront pas en force. Or, c'est ce qui arrive quelquefois, et les pirates, plus ou moins ivres, sont surpris, soit par la gendarmerie locale, soit par les habitants ameutés. Les gens de la côte se métient; ils ont des guettes, des signaux, et les rudes montagnards de larrière-pays ont parfois le temps d'arriver à la rescousse. Le chef « très prudent » est alors heureux de pouvoir se rembarijucr précipitamment, versant des larmes sur les « illustres compagnons » ([ui manquent désormais à l'appel.

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