IV. — LK MANDIT A I.A .MKl
Bellérophon, héros moins luiataiii, s'en va on l^\ci(î conihatlre les Solymes et les Amazones. C'est là-l)as quil lue la (Ihimère. A travers tous ces contes, on aperçoit clairement une série d'expéditions maritimes conduites par de ,i;rancls chefs sur divers points des riva.ues orientaux.
Mais c'est surtout à l'époque hellène proprement dite que cette expansion guerrière par voie de mer prend une importance considérable. I.'Uellène, plus fort que l'IIéraclide, a poussé assez en avant la société à laquelle il se superpose pour que des expéditions vraiment puissantes, bien organisées, puissent donner un débouché à son activité plus triomphalement expansive.
L'atelier du pirate : la mer. — Le lieu de travail de nos pirates, c'est la mer avec ses rivages. Nous avons caractérisé cette mer en observant qu'on y perd rarement la terre de vue. Le navigateur y est poursuivi par les îles et les promotoires. Cette mer est la Méditerranée, qui a ses jours de tempête, mais qui a aussi ses longues périodes de calme et de beau temps. Les rivages ofTrent, comme points de débarquement et d'incursion, les mille embouchures de petites vallées que séparent les chaînons de collines prolongées en caps. Beaucoup de ces vallées sont fertiles, « riches en chevaux », en vin, en huile. On peut, en survenant à l'improviste, trouver des objets d'or et d'argent dans les maisons. On peut trouver des femmes se promenant sur le rivage, ou même endormies à l'ombre non loin de celuici. Il y a enfin des vaisseaux marchands qu'on peut surprendre au coin d'un détroit ou d'un goulet, sans que l'équipage ait eu le temps de se mettre en défense. Si l'on est poursuivi, ce ne sont pas les refuges qui manquent. L'incroyable découpure du rivage les multiplie devant les fugitifs, et les rochers des ilôts peu connus fournissent des grottes, des « cachettes », où l'on peut « remiser » une partie du butin, lorsqu'on ne peut pas tout transporter à la fois.
Cette mer, les Grecs l'aiment et l'adorent; elle est <( divine ». Non seulement Neptune, frère de Jupiter, en est roi, mais une
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foule d'autres divinités l'Iiahitent, sans doute plus anciennes que Neptune, et nées directement de l'apothéose pélusgique des forces de la nature : ce sont les Néréides, les Tritons, les Sirènes, peu à peu érigés en types classiques, avec des attri])uts précis, par la tradition et par les poètes. C'est une Néréide, Tliétis, que la légende donnera pour mère à Achille, preuve probable des excursions maritimes qu'avait accomplis Pelée, père du héros. Et ces flots recèlent également des monstres, dragons horribles, chargés de la vengeance des dieux. Les histoires de « serpents de mer » ne sont pas neuves. Plusieurs héros ou héroïnes : Andromède, Hésione, (lippolyte, Laocoon, sont représentés par la légende comme exposés à ces formidables bêtes ou dévorés par elles, mais toujours par la volonté ou avec la complicité des divinités maritimes, qui semblent se prêter, avec une bonne volonté toute professionnelle, à ces terribles vendettas.
L'instrument du pirate : le bateau. — Dans cet « atelier » de travail, quel est l'instrument dont disposent nos pirates? — C'est le bateau, le bateau noir, le bateau creux, le bateau d Homère.
Ce bateau est petit. Il faut qu'il le soit, car, chaque soir, on le tire à terre, où il constitue pour les pirates un domicile, une citadelle, ou un rempart. L'équipage ne descend guère au-dessous de vingt hommes, mais monte rarement au-dessus de cinquante. Comme le dit l'épithètc consacrée, le bateau est creux, c'est-àdire qu'il n'y a pas de pont. La cale est ouverte. Rien ne ressemble à un entrepont, à une cabine. C'est une barque pure et simple, mais assez longue. A chaque extrémité, seulement, s'élève une sorte de petite estrade, avec un rebord, mais le dessous de ces deux estrades est ouvert comme tout le reste et forme la continuation du bateau. Sur le « château de proue » se tient la vigie. Sur le « chAteau de poupe » se placent le capitaine et le pilote. Ils ne sont pas plus abrités que les autres contre le vent et la pluie, mais leur élévation relative les préserve des vagues et de l'emlirun. Le corps du bateau est occupé par les rameurs, assis sur de petits bancs transversaux. Dans le sens de la Ion-