IV. — I.E liAMJlT A LA MKIi
Homère dcjuiio à Troie des épithètes admirativcs : « aux largos rues, bien J>Ati(*, bien habitée, agréable, riciie en poulains, grande, ceinte de bons murs, sourcilleuse, élevée, exposée aux vents, sacrée ». Si les fouilles de Schliemann ont vraiment mis au jour la vraie Troie, il faut rabattre un peu de ces poétiques éloges. Troie était une ville de modestes proportions, mais toutes les villes grecques, alors, étaient petites, et n'auraient pas souffert la comparaison, soit avec les colosses urbains de Ninive et de Babylone, soit même avec les grands ports phéniciens. Mais on peut admettre qu'une certaine population vivait hors des remparts. A l'intérieur de ceux-ci brillaient surtout le palais de Priam, où ce prince vivait patriarcalement en compagnie de ses femmes, de ses cinquante fils et de leurs épouses, et le temple de Pallas, où la statue de la déesse, désignée sous le nom de palladium, passait pour être la sauvegarde surnaturelle de la cité. Près de là s'élevait le mont Ida, où Paris faisait paître les troupeaux du roi son père, lorsque, d'après la légende, les trois déesses Junon, iMinerve et Vénus vinrent lui demander de décerner a l'une d'elles le prix de la beauté.
Un type de grande expédition d'outre-mer : l'Iliade. — C'est par cette « querelle » de déesses que commence l'épopée troyenne, et cette querelle est suivie de bien d'autres : querelle entre Agamemnon et Ménélas, au sujet du sacrifice d'Iphigénie, fille du premier, dont les dieux réclament le sang-, au moment du départ, en échange d'un vent favorable ; querelle entre Achille et Agamenmon, qui fait le sujet de V Iliade; querelle entre Ajax et Ulysse, pour la possession des armes d'Achille; querelle entre Philoctète et Néoptolème, fds d'Achille, qui veut ravir au premier les flèches d'Hercule; querelle entre Idoménée et Ajax, iilsd'Oïlée, à l'occasion d'une course aux jeux funèbres en l'honneur de Patrocle. Tout cela cadre bien avec ce que nous avons dit de la formation sociale et de cette multitude de petites souverainetés locales, toutes égales eu principe, de façon que le jeu d'amitiés toujours précaires détermine seul les groupements.
Le groupement qui constitue la coalition contre Troie est d'une nature particulièrement imposante. Homère, dans son énumération, donne ving-t-huit contingents., oJ)éissant à quarante-cinq grands chefs et englobant les forces de cent soixantequinze cités. Du côté des Troyens figurent seize contingents et vingt-sept grands chefs. Chaque chef garde son autonomie. Celui qu une puissance plus grande et un prestige plus rayonnant désignent comme « chef des chefs » ne peut agir que par la méthode parlementaire. 11 faut qu'il propose, qu'il discute, qu'il caresse, qu'il menace, et ses « inférieurs », pour enq^loyer un terme inexact, sont libres de le critiquer, de l'injurier, de se mettre en grève. Tel est le cas d'Achille, le plus brave des héros réunis sous les murs de Troie. Forcé de rendre à son père une captive à laquelle s'intéresse Apollon, Agamemnon veut être dédommagé en reprenant quelque chose sur le butin qui a déjà été partagé. Or, c'est la plus flagrante violation des règles qui ont force do loi dans les partages entre bandits. C'est cette violation qui éveille en principe la fureur d'Achille, avant même que celui-ci soit personnellement menacé, et c'est cette intervention véhémente d'Achille qui, blessant Agamemnon, porte celuici à se dédommager sur le dos de l'insolent. Achille réclame, tempête, rappelle avec amertume qu'il <( travaille » autant ou mieux qu'un autre, et constate qu'il est souverainement injuste de le léser quand il s'agit de la répartition du butin, fruit de ce travail. Mais, après des bordées d'injures, il cède, parce qu'il est le moins fort conmie « meneur dhonmies ». Son clan de fidèles n'est pas de taille à lutter contre la bande d'Agamenmon. ^'importe; il a sa vengeance toute prête; il s\ahstien( : il rentre sous sa tente, et tout le ressort de V Iliade consiste justement dans le tort ([ue cette grève d'Achille, un fameux ti-availleur. va faire à la coalition, découronnée désormais de sa meilleure lance.
Or Achille, éloigné des combats par une inimitié particulière, y reviendra sous l'influence d'une amitié particulière. Toujours le triomphe des rapports personnels. C'est en vain qu'une «■ ambassade )), envoyée par Agamenmon, a essayé de fléchir lil-