‹ La Grèce ancienneChapitre 38 sur 144 · Vers le i\« siècle av. J.-C · texte numérisé non relu

Vers le i\« siècle av. J.-C

les Phéaciens, alors plus hellénisés sans doute qu'ils ne l'étaient au temps dllysse, et il les récompense de leur bon accueil en immortalisant dans ses vers celui qu'ils auraient fait à l'iysse ({uelques générations avant lui.

Tout cela dans une langue riche, limpide, liarnionieuse, en un style naïf, mais coloré, où les phrases sont presque invariablement courtes, où le retour des mêmes épithètcs engendre un charme spécial, et où la description candide des traits de mœurs rend aussi vivante que possible la société dans laquelle le poète prend ses héros. C'est ce mélange do naïveté et de perfection littéraire — deux qualités évidemment difficiles à réunir — qui fait la supériorité des poèmes d'Homère, et leur a permis de trouver des admirateurs à toutes les époques et dans tous les milieux littéraires, chez les classiques comme chez les romantiques, chez les amis de la simplicité comme chez les amateurs de raffinement. Et la production de cet art si pur est sans conteste un des phénomènes les plus remarquables de cet état social disparu, de cette première civilisation grecque, dont l'histoire ne dit pas un mot, mais dont les traits saillants se dessinent enfin de mieux en mieux, gr;\ce aux révélations combinées de la poésie, de l'archéologie et de la science sociale.

LE BANDIT FRUSTE ET MILITARISTE TROISIÈME DESCENTE : LE TYPE DORIEN A SPARTE

Les Albanais d'autrefois. — La Grèce a deux façades : l'une sur l'Archipel, l'autre sur l'Adriatique. Dans l'antiquité, la première était la façade civilisée, la seconde était la façade barbare. Le commerce et la lumière venaient de l'Orient, siège d'anciennes et puissantes civilisations. L'occident de la Méditerranée, au contraire, constituait une espèce d'Océan à demi inconnu, vaguement limité par des « pays neufs ». Il était donc naturel que les montagnes occidentales de la Grèce, Epire, Acarnanie, Étolie, fussent peuplées d'une race plus rude, plus fruste, moins portée aux raffinements de la vie. Le rayonnement de la politesse et des arts arrivait en ellet plus atiaibli dans cette région peu accessible, et le bandit montagnard, plus éloigné des vallées à prospérité brillante, constituait un type inférieur, sous ce rapport, au montagnard hellène que nous avons vu descendre de l'Othrys.

Ce montagnard, tout porte à l'affirmer, ressemblait trait pour trait à l'Albanais moderne, brave, farouche, indomptable, toujours armé, plus enclin au brigandage qu'au travail pénible de la culture sur les pentes abruptes, se glorifiant du vol et du pillage comme d'actions méritoires, affilié à un clan qui fait la petite guerre avec les clans voisins, prolongeant ces luttes durant des générations, capable de monter la garde pendant des années autour de quelque nid d'aigle où perche un ennemi qu'il veut

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abattre, apte d'ailleurs à être un superbe soldat si l'occasion s'en présente, et faisant fort bonne figure, soit dans l'armée turque, soit dans la gendarmerie des petits Ktats orientaux, soit dans la garde des consuls européens. L'Albanais est, dans sa montagne, un des types les plus traditionnels et les plus intransformables qui soient. C'est ce type qui devait peupler, il y a trois mille ans comme aujourd'hui, les massifs du Pinde et tout le chaos des rudes montagnes épirotes.

Ce type, dans l'histoire grecque, a fait parler rarement de lui, car les cités civilisées, celles dont s'occupe l" histoire, étaient en dehors de sa région. On le verra pourtant s'illustrer avec le fameux Pyrrhus, roi d'Épire, mais à propos des incursions de ce prince contre les Romains, et encore avec la ligue Étolienne, lorsque ces mêmes Romains, envahissant la Grèce, et l'envahissant naturellement par l'ouest, trouveront en face d'eux ces rudes adversaires. Mais les mouvements de cette masse montagnarde, en rejetant hors de son domaine une partie de ses éléments, ont produit, peu après la guerre de Troie, une révolution des plus importantes dans l'histoire de la Grèce. C'est ce que l'on a appelé « le retour des Héraclides », autrement dit la conquête du Péloponèse par les Doriens. (x' siècle?)

Les Doriens étaient, nous l'avons dit, des Hellènes demeurés dans la montagne. Pendant ([ue les Éoliens et les Achéens se répandaient dans les vallées où ils détrônaient les Héraclides. les « fils de Dorus » demeuraient groupés sur le massif qui se trouve entre TOEta et le Parnasse, c'est-à-dire au point le plus central de la Grèce. Ils ne gravitaient pas dans l'orbite de la civilisation mycénienne, mais se rattachaient, comme formation, aux montagnards de l'Ouest, dont ils étaient l'avant-garde du côté du sud. Toutefois ce n'étaient pas des barbares. Ils ne l'étaient ni par l'origine, car eux aussi étaient originaires de la vallée pélasgique, fils d'IIellen et de Titan. Ils ne l'étaient pas par leur caractère, car, si un séjour prolongé dans la montagne leur avait donné quel([ue chose d'Apre et de farouche, ils demeuraient, comme les Albanais modernes, des hommes d'esprit ouvert, comprenant les gens de la plaine et gardant une cons-

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