‹ La Grèce ancienneChapitre 58 sur 144 · VI. — Li:S REFOL'LKS ET LKIHS MIGHATIONS. i'M · texte numérisé non relu

VI. — Li:S REFOL'LKS ET LKIHS MIGHATIONS. i'M

I.c type <le Phocée présonto, avec beuiicoup de ressemblances, quelques différences (jiii en l'ont une autre variété du port ionien. Les Ioniens qui l'avaient t'ondi' étaient, comme les autres, venus d'Athènes, mais ils étaient fortement mélangés de Phocidiens, autrement dit de montagnards achéens. De là peut-être le caractère plus aventureux de ce groupe. Ce qui distingue les Phocéens entre tons les Grecs, en effet, c'est le goût des voyages lointains, en des régions mystérieuses et dangereuses, comme cette Méditerranée occidentale qui était la grande mer inconnue. Le commerce parait avoir été pour eux une besogne plus absorbante et plus laborieuse que pour les Milésiens. Aussi, tout en participant à la culture intellectuelle de toute l'Ionie, les gens de Pliocée n'ontils pas vu s'élever au milieu d'eux de ces célébrités littéraires ou philosophiques dont s'enorgueillissaient des cités voisines, beaucoup plus petites parfois.

Les Phocéens forcent le détroit de Messine, y fondent un nid de corsaires, Zancle, restaurent Cumes en Italie, colonisent Alalia en Corse (où ils paraissent avoir procédé à de grands travaux d'assainissement. Là, comme les Phéaciens leurs prédécesseurs, ils se livrent à l'exploitation si attrayante des pays neufs, jusqu'alors le monopole des races phéniciennes, et poursuivent précisément une lutte acharnée, séculaire, contre les Phéniciens d'abord, et ensuite contre leurs successeurs les Carthaginois. On entrevoit là, autant que les rares documents le permettent, une sorte d'épopée commerciale avec péripéties héroïques. Dans cette Méditerranée lointaine, le négociant grec demeure doublé d'un forban, et il s'y livre, entre concurrents, d'homériques batailles pour la possession de telle route ou de tel comptoir. La fondation de Marseille (proiiablement sur les ruines d'une station phénicienne) marque, vers l'an GOO, l'apogée de l'expansion phocéenne.

Les autres cités de l'Ionie ont leur éclat commercial, mais qui pâlit un peu à côté de celui des deux cités prépondérantes : Smyrne, Clazomène, Chio, Téos, Golophon, Éphèse, Samos, Priène, sont les anneaux plus ou moins brillants d'une chaîne qui, du nord au sud, relie Phocée à Milet. Mais, si leur commerce

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fut moins puissant, elles uen participèrent pas moins à cette vie intellectuelle si intense que les conditions d'ensemble de rionie tendaient à développer.

Le second essor de la poésie ionienne et ses inspirations : l'amour de la cité, la discorde, le plaisir. — La vi(> lacile donne des loisirs; le commerce crée des riches; le contact avec divers peuples ouvre les idées; la poésie héroïque de l'époque mycénienne a laissé des traces, des traditions, et même des écoles de fidèles; les bavardages vont leur train sur la place publique, où l'on aime à raisonner; du point de vue de lutile, ces bavardages se transposent au point de vue du curieux ou du beau. Bref, la société atteint un certain niveau où ces caprices de lesprit, qui existent en germe un peu partout, deviennent assez intenses et occupent assez de place pour que la dignité littéraire, artistique ou scientifique leur soit conférée. Nous avons vu que le milieu ionien se prête admirablement à cet épanouissement de làmo. Et c'est pourquoi nous voyons apparaître deux types d'hommes, qui n'en font qu'un seul en réalité, mais qu'on peut distinguer comme marquant le point de bifurcation de deux ordres d'activité intellectuelle destinés à être séparés dans l'avenir : les poètes et ies philosophes.

Les fidèles de la poésie homérique, depuis le ix*^ siècle, avaient entretenu, pour ainsi dire, une sorte de feu sacré. Vers le vu® siècle, d'autres lumières s'allument. Lue poésie nouvelle surgit, et, ce qui frappe immédiatement, c'est le pouvoir réel, immédiat, que les poètes exercent autour d'eux.

L lonie est menacée par l'invasion des Cimmériens, nomades barbares. Un souffle de terreur passe sur cet heureux pays. Qui prêche le courage? Un poète, Callinus d'Éphèse, et le rôle de Tyrtée recommence, avec cette diflerence que Callinus parie à des compatriotes. C'est aux accords de la lyi'c que le courage se ranime chez les Éphésiens.

Un des malheurs de l'Ionio, c'était la turbulence des cités, qui les empêchait de s'unir entre elles, malgré l'ombre de lien fédéral qu'on avait essayé de créer. Cette turbulence, entretenue par

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