‹ La Grèce ancienneChapitre 72 sur 144 · VII. — UN COIN d'iONIE EN ATTIQUE · texte numérisé non relu

VII. — UN COIN d'iONIE EN ATTIQUE

« ranai'chie grecque », autrement dit rémiettcment des cités et leurs querelles de voisine à voisine, fit sentir son influence en cette occasion comme en bien d'autres précédentes. Nombre de cités accueillirent favorablement les hérauts envoyés par Darius pour demander « l'eau et le feu », autrement dit une sorte d'hommage à la lointaine souveraineté perse. Ces cités ne voyaient aucun intérêt à se mêler des querelles de l'Ionic et aucun inconvénient à reconnaître une souveraineté qui pouvait difficilement les atteindre. Elles tiraient leur épingle du jeu et n'étaient pas fAchées, en définitive, de voir l'orage tomber sur les cités récalcitrantes. Ce qu'il y a de remarquable dans cette phase célèbre de l'histoire grecque, c'est le rapprochement qui se fit entre Sparte et Athènes^ deux cités peu sympathiques l'une à l'autre, et la façon identique dont elles reçurent les sommations de Darius.

Pour Athènes, les raisons de la résistance éclatent assez. Pour Sparte, elles s'expliquent différemment. Il faut se rappeler ce ([ue nous avons dit de Vhégémonie acquise par les Spartiates sur tous les peuples doriens. Ces guerriers de race et de système, merveilleusement entraînés à la lutte et habitués à la domination, entourés d'autres cités qui subissaient leur prestige et avaient les yeux fixés sur eux, ne pouvaient supporter l'idée de rendre à n'importe qui un hommage quelconque. Ce n'était pas dans la fierté de leur caractère, tel qu'il résultait de leur formation. En outre, l'aristocratie dirigeante de Sparte comprenait fort bien que laisser écraser Athènes, c'était exposer tôt ou tard le Péloponèse à une formidable invasion dont leur suzeraineté se trouverait mal.

Sparte conclut donc alliance avec Athènes, et bien que ses troupes dussent être absentes à la première bataille, ce rapprochement eut un énorme effet moral. Il délivra d'abord les Athéniens d'une ennemie séculaire, l'île d'Égine, à qui Sparte imposa d'office une garnison. En second lieu, des cités moins importantes, entraînées par ce double exemple, entrèrent dans la ligue, et les Athéniens, se sentant appuyés, mirent plus de cœur à l'organisation de la résistance. C'est ce qui permit à

leurs dix inillc hommes, commandés par Miltiade, et renforcés de mille Platéens, de s'avancer plus tranquillement contre les cent dix mille Perses débarqués à Marathon, sur les indications d'Hippias, par Datis et Artaphcrne. La tactique grecque triompha, et les Perses furent vaincus. Les Spartiates, qu'une superstition relative à la lune avaient empêchés de partir plus tôt, arrivèrent le surlendemain pour constater la victoire (i90).

Les Perses, naturellement, cherchèrent à réparer le désastre en augmentant, dans la balance, le poids du seul élément qui pouvait faire leur supériorité : le nombre. Leur nouveau roi, Xerxès, mit sur pied, s'il faut en croire l'historien Hérodote, des armées fantasticjues. L'ensemble des combattants de terre et de mer, avec les matelots, manœuvres et domestiques, se serait élevé à cinq millions d'hommes. Même en faisant la part de l'exagération, il reste évident que les armées perses furent immenses relativement au petit nombre des Grecs. Quarante-six nations, dit Hérodote, étaient représentées dans cet amoncellement d'hommes, dont beaucoup, sans doute, ne méritaient pas le nom de soldats. On cite de Xerxès des traits bien orientaux. Il fit fouetter l'Hellespont (les Dardanelles) pour punir la mer d'avoir démoli un pont. Puis, cjuand l'armée franchit les ponts restaurés, ce monarque, la voyant défiler, dit, avec une mélancolie digne de Salomon : « Je pleure sur la brièveté de la vie humaine, en pensant ([uc, de cette foule immense, pas un seul homme n'existera dans cent ans. » Le roi avait employé des milliers d'hommes à percer l'isthme du mont Athos, travail qui nous semble absolument inutile et ridicule, et qui nous montre combien sa flotte inexpérimentée avait besoin de suivre la cote en évitant les moindres contours périlleux.

Cette seconde guerre médicpie comprend trois actes : les Thermophyles, Salamine, et la journée décisive de Mycale et de Platée.

Les Thermopyles sont un défilé situé au point où les monts de Locride, prolongement méridional de la chaîne du Pinde, se rapprochent de la mer, ne laissant (ju un étroit passage aux

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