‹ La Grèce ancienneChapitre 73 sur 144 · VII. — IN COIN u'iOME EN AÏTIOIE · texte numérisé non relu

VII. — IN COIN u'iOME EN AÏTIOIE

invasions qui viennent de Tliessalie. La série de combats qu'y livra Tavant-garde grecque est demeurée comme raflîrmalioii éclatante de ce que peut un petit nombre d'hommes foits, résolus et entraînés en présence d'une masse humaine d'éducation militaire inférieure. La conquête du Mexique par Fernand Cortez et quelques autres épisodes de l'histoire des conquistadors égalent seules de telles prouesses. Aux ïhermopyles, les quelques centaines de Grecs qui défendirent jusqu'au bout le défilé succombèrent dans la lutte, mais après une extraordinaire défense, (jui a soulevé depuis lors, nul ne l'ignore, un enthousiasme correspondant. Léonidas, roi de Sparte, avait été choisi pour commander les petits détachements des Grecs, bien que son détachement à lui ne comprît que trois cents Spartiates. C'est avec cinq mille deux cents hommes cjue la lutte commença, et, pendant quatre jours, les Perses furent repoussés avec d'énormes pertes; mais un transfuge du nom d'Ephialtès — encore un banni, sans doute — ayant guidé l'ennemi par un sentier de la montagne, la position se trouva tournée. La montagne, d'alliée des Grecs, se faisait leur adversaire. Léonidas renvoya alors la majeure partie de ses troupes. Xe gardant avec lui que les Spartiates et les Thespiens, il mourut à son poste, en Spartiate, c'est-à-dire fidèle à cette éducation si intensément militaire qu'il avait reçue dans sa cité. Plusieurs « mots », admirablement « laconiques », lui sont attribués et caractérisent l'état d'âme de ce type d'homme. Au-dessous d un message de Xerxès qui le sommait de rendre les armes, Léonidas aurait écrit : « Viens les prendre ». Un soldat venant lui dire : " Les Perses sont près de nous », il aurait rectifié : « Dis que nous sommes près d'eux ». On peut, évidemment, discuter l'authenticité historique de ces « mots », mais, au point de vue social, étant donné ce que nous savons de la formation des Lacédémoniens, ils sont absolument vraisemblables.

La Grèce sauvée par la mer : la trirème; Salamine (iSOj. — On peut dire qu'il y a deux choses en Grèce : la montagne et la

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mer. La montagne, malgré l'héroïsme de Léonidas, n'avait pas sauvé le pays. La mer, ^^lus efficacement, allait reprendre ce rôle.

L'homme influent d'Athènes était alors Thémistocle. C'était, comme il arrive souvent dans les démocraties, un homme de famille riche qui s'appuyait sur le peuple ; esprit très ouvert, d'ailleurs, et plein d'initiative, déployant, pour faire réussir ses plans, des prodiges de ruse et d'éloquence, car, tout comme les héros d'Homère, et pour des causes sociales semhlables, Thémistocle se trouva, au plus haut point, dans la nécessité de persuader.

Le mérite de Thémistocle consiste à avoir plaidé et gagné deux procès.

Son premier triomphe fut de décider les Athéniens à évacuer Athènes et à combattre sur mer.

Son second triomphe fut de décider la flotte coalisée à livrer bataille dans le détroit de Salamine, et non ailleurs.

La première œuvre de persuasion n'était pas facile. Une population citadine tout entière ne se résout guère à déménager. Aussi fallut-il recourir aux grands moyens, et faire parler la Pythie. Un oracle de Delphes déclara aux Athéniens qu'ils ne vaincraient (ju'en se renfermant dans des 7nurs de bois. Thémistocle mit une ardeur extrême à interpréter cet oracle et à vaincre toutes les résistances. Son plan, qui finit par être adopté, consistait à transporter la population inolfensive dans l'île de Salamine et à réunir les combattants sur les vaisseaux. Il est assez probable qu'un certain nombre d'habitants se réfugia dans la montagne. )

La flotte d'Athènes comprenait environ deux cents navires. Mais ce n'étaient plus les « vaisseaux creux » de l'âge homérique. Plusieurs siècles de navigation — forcément entrecoupés do nombreuses luttes navales — avaient fait progresser le type des bâtiments.

La principale modification accomplie consistait dans la stipcrpositiim des bancs de rameurs. Le navire homérique n'est pas ponté, et n'a qu'un seul rang de rameurs de chaque coté.

vu. — r.N COIN d'iONIK en ATTIOIK. 171

Le iiaviiv athénien est [)()iit<'', et les rameurs sont placés clans des sortes de niches étagées les unes au-dessus des autres. Les files foi-mées par ces niches ne sont pas sans analogie, pour leur disposition, avec les sabords des anciens navires de guerre « à plusieurs ponts ». Pour ne pas exhausser démesurément le navire, on s'arrangeait pour que chaque rameur eût, au niveau de sa tête, le siège d'un autre rameur de la rangée immédiatement supérieure. Le nombre des rangs de rames était ordinairement de trois : de là le nom de trirème, ou trière. Le métier de rameur, extrêmement dur, était rempli par des esclaves, comme il devait l'être plus tard par des galériens. Le développement pris par l'esclavage depuis l'époque homérique avait évidemment favorisé cette transformation du navire. Du temps d'Ulysse, c'étaient les « illustres compagnons » qui ramaient.

Le vaisseau grec, à l'époque des guerres médiques, est donc devenu plus rapide, plus prompt à la manœuvre. Un éperon, garni de bronze, plonge sous l'eau à l'avant. Deux poutres, appelées « oreilles », situées à droite et à gauche de l'avant, sont destinées à parer les coups d'éperon de l'adversaire. Une trirème ordinaire a un peu plus de iO mètres de longueur, contient de cent cinquante à deux cents rameurs, une vingtaine de matelots proprement dits et un nombre relativement faible de combattants. Les châteaux de proue et de poupe, citadelles flottantes, existent toujours. C'est de là que partent les coups, pendant que les spécialistes font évoluer le bâtiment et tâchent de couler, à coups d'éperon, les vaisseaux ennemis.

Deux cents vaisseaux de ce type portaient donc la fortune d'Athènes. Le reste de la flotte — cent soixante-dix-huit navires — représentait les contingents fournis par les cités coalisées, qui étaient surtout celles du Péloponèse. Le prestige mihtaire de Sparte, qui avait fait acclamer, comme chef de l'armée de terre, le roi de Sparte Léonidas, avait fait reconnaître également, comme chef de l'armée de mer, l'autre roi de Sparte Eurybiade.

C'est alors que Thémislocle eut à plaider et à gagner son second procès.

Les chefs des cités coalisées, voyant les Thermopyles forcées et l'Atticjue envahie, voulaient « faire la part du feu » et battre en retraite sur le Péloponèse. En effet, la flotte perse, forte d'un millier de navires, arrivait, et pouvait isoler complètement la ilotte grecque de ce Péloponèse qui demeurait le dernier refuge des Grecs. Dans ces conditions, l'isthme de Corinthe semblait une ligne de retraite tout indiquée.

La discussion fut chaude, et Thémistocle fît merveille. Il lutta, seul contre tous, et l'histoire a enregistré une anecdote signilicative. Eurybiade, Spartiate rude et fruste, levait sur Thémistocle son bâton. « Frappe, mais écoute, » dit l'Athénien, emporté dans la chaleur de son argumentation. Non seulement TAthénien plaidait la cause de sa cité, ce cjui était évident, mais encore, en homme mieux instruit des choses maritimes, il comprenait et voulait faire comprendre l'avantage tactique offert à la petile flotte grecque par le détroit resserre de Salamine. qui ne permettrait pas à l'immense flotte perse de se déployer. Comme Achille, Thémistocle fut obligé de menacer son Agamemnon de faire grève. On dit enfin qu'il eut recours à la ruse et que, feignant de trahir les siens — le cas d'Hippias rendait la chose vraisemblable — il avisa secrètement les Perses de l'intérêt prétendu qu'il y avait pour eux à cerner la flotte grecque en occupant les deux entrées du détroit. Dès lors, la retraite vers le Péloponèse n'était plus possible. Il fallait combattre, et ce fut, comme l'Athénien le prévoyait, une victoire éclatante.

La flotte perse était en déroute. Xerxès prit la fuite avec une grande partie de son armée. Il est probal)le que cette retraite avait pour cause la difficulté de ravitailler, dans un pays pauvre, une trop nombreuse armée de terre. Trois cent mille Perses restèrent en Grèce sous le commandement de Mardonius. C'était l'élite de l'armée barbare, mais sa position avait certains côtés critiques. Si les Perses étaient entrés victorieusement dans Athènes abandonnée, ils avaient été, depuis les Thermopyles, harcelés par d'indoinptal)les montagnards phocidiens dont les incursions faisaient présager de sérieuses résistances. L'isthme de Corinthe était fortement défendu. Mardonius recula

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