I. — Li:S l'AVSANS ItATlSSElRS DR LA VALLÉK
vers une énorme distance, on appli<[iiait à cette période préhistorique cette notion d'une humanité idéalement heureuse qui a surnagé, à l'état de rêve plus on moins inconscient, dans la mémoire de tant de races.
Il provoque l'essor de la musique et de la poésie. — Il est certain (]ue les gens dont le travail est facile et (jui ont peu de besoins mènent une vie relativement heureuse. « La cueillette, aime les chants », comme dit un vers provençal. On devait beaucoup chanter chez les Pélasges, soit en se reposant, soit même en travaillant. Nous avons parlé de la légende de Pan, inventeur do la flûte. Il ne serait pas impossible que deux légendes postérieures : celle d'Amphion et celle d'Orphée, fussent déjà en germe dans les mœurs de cette époque. Nous pouvons donc, bien que certains traits les rattachent à une période moins ancienne, en dire un mot ici.
Amphion était un roi de Thèbes, dont la lyre avait le pouvoir de faire mouvoir les pierres, de sorte que les murs de sa ville se construisaient tout seuls. Cette fable est d'une transparence parfaite. Les maçons aiment à chanter en travaillant, lorsqu'ils « le prennent à Taise », et le charme des chansons leur fait oublier la longueur de l'ouvrage, qui se termine ainsi sans qu'on s'en aperçoive. Des chefs avisés ont pu, sachant cet effet de la musique, encourager à dessein l'emploi des chants durant les constructions cyclopéennes. Cela mettait les ouvriers en belle humeur, et l'ouvrage n'en marchait que mieux.
Orphée était un poète du « Nord », c'est-à-dire des rivages de Thrace. On lui prête des aventures qui n'ont pu avoir lieu que plus tard et l'on met dans ses mains la lyre, instrument que les Pélasges ne paraissent pas avoir connu. Toutefois, certains traits de sa légende sont tellement anciens, qu'ils se retrouvent dans les légendes d'autres races. Les Grecs en faisaient, non seulement un grand poète, mais le poète-type, le poète idéal, qui charme les bêtes féroces, instruit les hommes, adoucit les mœurs, joue un vague rôle de moralisateur et résume en lui toutes les supériorités intellectuelles à l'état naissant. C'est un doux et un paci-
fique, victime de ,i;cns ,mossiers qui, par exception, ne l'ont pas compris, mais que l'opinion publique s'attache à venger en environnant son souvenir d'une impérissable auréole. Cet enthousiasme atteste éloquemment le goût que l'on avait pour la poésie et pour la musique. Il ne serait pas étonnant que la légende eût déjà pris ses premiers traits à l'époque où, pour la première fois, des spécialistes chanteurs et inventeurs de chants apparurent dans la société pélasgique, en vertu de la division du travail, pour répondre à un besoin croissant de distractions poétiques et musicales développé par le bien-être. Une admiration intense enveloppa ces êtres privilégiés, qui embellissaient de la sorte, soit les exercices du culte, soit les récréations en plein air, si bien favorisées par le climat. Des secrets, des recettes s'accumulaient dans cet art comme dans les autres, et séparaient de plus en pi us le chanteur professionnel (aède) du chanteur d'occasion. La production poétique, intimement liée à la production musicale, devint probablement le monopole de certaines familles où l'on conservait ces recettes et ces secrets de père en fils.
Quels étaient ces chants? On l'ignore; mais ils devaient évidemment correspondre, comme ailleurs, aux grands événements de la vie et aux distractions principales qui entrecoupaient le travail. Le mariage, la mort, la cueillette, les festins, et aussi le culte de la divinité, étaient autant de thèmes d'après lesquels devaient s'ébaucher des « genres » rudimentaires que des spécialistes plus exercés devaient perfectionner plus tard.
Le développement des rivages facilite les contacts avec l'étranger. — Mais le pays que les Pélasges habitaient offrait, nous l'avons dit, un énorme développement de rivages, et ils n'étaient pas seuls dans la Méditerranée. Cette situation entraînait foicémcnt des contacts avec d'autres peuples.
Ces autres peuples étaient des navigateurs, venus des rivages de la Méditerranée non touchés i)ar la colonisation pélasgique, et plus spécialement des Phéniciens, qui, rendant des services maritimes à l'Egypte, se mêlaient parfois à des Égyptiens.
Les Phéniciens, établis au fond oriental de la Méditerranée,