‹ La Grèce avant Alexandre; étude sur la société grecque du 6e au 4e siècleChapitre 1 sur 46 · La Grèce avant Alexandre; étude sur la société grecque du 6e au 4e siècle · texte numérisé non relu

La Grèce avant Alexandre; étude sur la société grecque du 6e au 4e siècle

La Grèce antique a reçu d'une fée bienfaisante le don de l'éternelle jeunesse. Elle paraît bien loin dans l'ordre des temps. Elle est tout près de nous par l'action directe ou indirecte qu'elle continue d'exercer sur les intelligences. Platon voyait dans toute science une réminiscence ; les modernes semblent lui donner raison ; bien souvent l'on trouve chez les vieux Hellènes l'esquisse de nos idées, de nos inventions, de nos œuvres d'art, même de nos révolutions. Religions, lois, vie publique et privée, fêtes, arts et sciences, tout dans l'Europe moderne porte la marque du génie grec ; et le progrès n'est parfois qu'un inconscient retour à ce passé lointain ou la mise en œuvre d'une vieille idée. L'Europe serait peut-être encore peuplée d'anthropophages bizarrement chevelus et tatoués, si le déluge de Deucalion avait noyé toute sa race ; en tout cas, le cerveau d'un Européen serait tout autrement façonné.

Ce rôle des Hellènes, c'est un des plus singuliers phénomènes de l'histoire. Ils occupaient dans la péninsule des Balkans un territoire minuscule et pauvre, dont on ferait tout juste une province d'un grand État moderne. Et ils ont eu beau envahir les îles, jeter des colons sur toutes les côtes de la Méditerranée : ils n'ont jamais été que cinq à six millions. Enfin^ c'est en moins de cinq siècles qu'ils ont accompli leur œuvre. On vante justement les avantages de leur climat, la structure de leur pays, leur situation géographique. On observe avec raison que la race hellénique est venue à point pour hériter de l'Orient et civiliser l'Occident. Évidemment elle a été bien servie par les circonstances. Mais tous ces faits extérieurs ne suffisent pas à

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Il est d'ordinaire bien bâti et musclé, bien pris dans sa taille. La vivacité de l'œil, la ligne droite du nez, le dessin régulier de la lèvre, les fines moustaches, l'émail des dents blanches s'encadrent à merveille dans l'ovale du visage qu'enferme une chevelure abondante, légèrement ondulée, le plus souvent brune, parfois blonde. La souplesse des reins, l'aisance du geste, la noblesse de l'attitude attestent un corps sain et vigoureux, endurci à la fatigue, mais non surmené, jamais courbé par l'abus du travail des mains, jamais alourdi par l'excès de nourriture et de boisson. On se sent en présence d'une race sobre, satisfaite de peu, où l'organisme humain n'est pas faussé de bonne heure par le vice, où le bel enfant aux cheveux bouclés deviendra un vieillard à la taille droite. Dans le corps comme dans l'esprit, tout est proportion, harmonie et gaieté. L'intelligence, finement aiguisée, ne s'engourdit ni dans la paresse ni dans le rêve. Elle est faite de bon sens, de netteté, de curiosité, d'un aimable égoïsme qui se plaît pourtant au spectacle de la vie des autres, aux conversations et aux jeux. La pensée, toujours précise, s'analyse volontiers elle-même, se traduit naturellement en mots heureux, va au-devant d'autrui et semble appeler la contradiction. Le Grec aime la ville, l'assemblée, la discussion, les voyages; il recherche toutes les occasions de voir et de raconter ce qu'il a vu. Il est ambitieux, mais sans être tout à fait la proie ou la dupe de son ambition ; l'attente de

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