‹ La Grèce avant Alexandre; étude sur la société grecque du 6e au 4e siècleChapitre 2 sur 46 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

^avenir ne l'empêche pas de jouir du présent. Il a de généreux sentiments, qu'il raille volontiers, des passions, dont il est rarement esclave, beaucoup de défauts et très peu de vices. 11 estime fort l'argent, ne s'embarrasse guère de scrupules, confond le beau et le bien. 11 est tout à l'impression du moment ; il dit le contraire de la vérité, puis oublie qu'il a menti; il demande un service, puis ne se souvient pas qu'il l'a reçu. Avec cela, rancunier et jaloux, pas toujours brave, sauf en paroles. Mais, s'il n'a pas la menue monnaie du courage, il en a tout l'essentiel. Il est prêt aux derniers sacrifices pour ses deux grandes passions, sa curiosité, son amour de l'indépendance. Il court le monde pour s'instruire; pour sa liberté, pour la défense de l'hellénisme, il donne tout, môme sa vie, même son argent. Il tient à ses dieux, mais ruse avec eux et les trompe, comme de simples mortels. Il n'admet point qu'on touche à la borne qui marque sa propriété, mais il empiète volontiers sur le voisin. 11 entend être maître dans sa maison, mais n'opprime pas les siens, et d'ailleurs ne les voit guère ; car il vit sur la place pour ses affaires ou celles de l'État. Économe et simple dans sa vie privée, il veut que ses magistrats ne lésinent point, que sa ville soit la plus belle et ses dieux les mieux logés. Il accueille volontiers l'étranger, mais se montre impitoyable pour le vaincu. Il voit des ennemis dans les citoyens des villes voisines, sauf aux jours des fêtes solennelles qui réunissent tous les Hellènes; car il oublie alors son égoïsme et ses rancunes dans la fierté qu'il éprouve, en face des barbares, à se sentir d'une race supérieure.

Fierté patriotique, amour de l'indépendance, curiosité toujours en éveil, respect pour l'argent, bon sens et gaieté, netteté de l'intelligence, équilibre de l'âme et du corps, voilà l'individu. Telle est aussi la race. Ses défauts l'ont servie comme ses qualités. Son instinctive curiosité l'a tournée de bonne heure vers les peuples d'Orient, ces premiers nés de la civilisation, et lui a épargné les longs tâtonnements. Par leur vive intelligence et leur sens pratique, les Hellènes se sont défendus contre les dangers d'une paresseuse imitation ; ils ont su au contraire simplifier et féconder les inventions ou les idées de l'Egypte et de l'Asie; ils les ont si bien transformées qu'ils semblent avoir découvert la poésie et les sciences, l'art et l'industrie, le théâtre, toutes les joies de l'existence, et la vie publique dans son infinie complexité, A force de patriotisme et d'ambition, ils ont

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