‹ La Grèce avant Alexandre; étude sur la société grecque du 6e au 4e siècleChapitre 19 sur 46 · Aristotc, Politique, V · texte numérisé non relu

Aristotc, Politique, V

74 LA r.RI'.CK AVANT AMAANDIU:.

pCre no peut plus voiulro Fa lillc ni son (ils ; i-l le HIs niajriu- (Icvicnl libre de ses aclCS.

Collo rc'volnlion, pins on moins rapide snivanl. les régions, am(>ne jiartonl la dislocalion dn yivGç, qui conserve senlemenL nnc \aleur ndigiense; ravèneniont de la faniillo resircinio, connni" l'entenilenl les modernes ; nn adoncissement dans les anciennes lois qui régissaient les rapports entre le mari et la fomnio, le père et les enfanls, 1(^ niaîlro el les esclaves.

§ ^^ Conalitiilion de lu fiDfiille. — J.a faiiiillc fut longtemiis un monde absolument fermé, soumis à l'autorité d'un chef absolu. Le domicile fut toujours inviolable. Plus tai'd, l'Etat intervint pour fixer les lois de succession, inscrire les citoyens et protéger les personnes. Mais tout le reste était réglé par la volonté du père, chef de la religion domestique.

C'est le mariage qui, seul, constitue la famille : aussi le célibat est-il interdit en plusieurs pays.

La loi fixe les conditions d'un mariage légitime. Les deux époux doivent être citoyens ; si la femme est étrangère, elle doit appartenir, du moins, à un pays qui a le privilège d'épigamie. Le jeune homme, s'il n'est majeur, ne peut se marier sans le consentement de son père ou tuteur. La jeune fille ne peut jamais se passer du consentement de son père ou de son plus proche agnat : autrement, les enfants seront exclus de l'héritage. La loi autorise l'union entre les cousins, entre l'oncle et la nièce, entre le frère etlasœurconsanguins.On peut se marier très jeune, les femmes depuis quinze, treize, même douze ans. Ainsi l'État détermine les conditions légales du mariage ; mais il n'intervient pas dans les cérémonies, qui sont exclusivement religieuses.

Les actes préliminaires (rpGTsXsia, Tcoyau-ia) sont une série d'hommages aux dieux. Dès que l'union est décidée, le fiancé en informe les membres de sa phratrie. La veille du mariage, les deux familles vont dans les temples offrir des sacrifices

LA FAMILLE. 75

aux divinités conjugales (6201 ^^'olu^t^Xioi) : ce sont, suivant les pays, Hêra, Artémis, les Moires, Ouranos et Gaea,ZeusTeleios, Aphrodite ou les Nymphes. A Athènes, la fiancée est conduite par ses parents sur l'Acropole, au sanctuaire d'Athêna Polias. Souvent, la jeune fille consacre aux déesses des boucles de sa chevelure. Enfin, le matin des noces, les deux fiancés prennent un bain ; à Athènes, on avait soin d'en puiser l'eau dans la fontaine Callirhoé. *

Les noces grecques sont une cérémonie en trois actes :

Le premier acte se déroule chez les parents de la fiancée {£YY'jr,<:iç, ou è'xooTiç). Le père, ou, à son défaut, le frère ou le plus proche parent, offre un sacrifice au foyer et donne sa fille au prétendant. Suit un repas de noces, où les femmes sont admises, mais à des tables séparées. La mariée y paraît voilée; on lui jette des gâteaux et des fruits.

Le second acte (r.o^—f^) se résume en un cortège qui conduit la jeune femme à son nouveau logis. Le visage voilé, couronnée de fleurs, vêtue de blanc, elle est amenée sur un char attelé de mulets ou de bœufs. Assise entre son mari et le garçon d'honneur, elle tient en main des ustensiles de ménage, ordinairement une broche à rôtir. Devant elle, on porte le flambeau nuptial et des torches allumées par les deux mères à leurs deux foyers. Autour d'elle, au son des flûtes, éclate le chant d'hyménée, joyeux et lascif.

Le troisième acte {'cùoc,) se passe à la maison des nouveaux époux. La mariée est reçue devant la porte tout enguirlandée par la mère de son mari. Celui-ci l'enlève du char après une lutte simulée et la dépose à l'intérieur du logis sans lui laisser toucher le seuil. Puis, la jeune femme, arrosée d'eau lustrale, s'approche du foyer, lui adresse une prière, partage avec son mari des gâteaux et des fruits. Enfin, elle est conduite par la Nympheutria à la chambre nuptiale. Des chœurs de jeunes garçons et de jeunes filles se renvoient les strophes alternées de l'épithalame. Un ami monte la

76 l.A tillKCi; A\ANT A l.F.X A NDU 1'.

gnrdo (lovant I;i jmu'Io |-)()iir ai-rrlci- les iiiniiYais plaisants.

Le Iciidi'main arrivent les eadcanx des parents cl dos amis, ("^ii rt'Mianpi(> snrloiil lt>s prôsenis dn beau-père, soKminellonienl portés derrière un jeune garçon el un(> jeune lille en lilane. Dans la journée, la fcinine consacre son voile à liera; elle se montrera désormais à visage découvert. La présentation à la phratrie et le banquet oiVert aux phralores lei-niinenl les cérémonies du mariage.

Dans les premiers temps, on achetait sa femme; on recevait seulement quelques cadeaux de son beau-père. Mais au v" et au iv" siècle, une dot est ordinairement constituée par le père ou le tuteur de la femme. Les deux parties j'édigent un contrat de mariage, qui se dépose chez un tiers. Pour assurer l'exécution des clauses du contrat, on se fournit réciproquement des garanties, des hypothèques. Nous lisons sur une borne hypothécaire trouvée à Amorgos : « Borne indiquant les maisons affectées en garantie, sous l'arcliontat de Krifoboulos, par Exékestos, à Kleinokratès, fds de Timagoras, pour une partie de la dot, à savoir pour trois mille drachmes, conformément au contrat déposé chez Aristonikos^ » L'hypothèque fournie par le père répondait du payement intégral de la dot; celle que fournissait le mari en assurait la restitution éventuelle.

La loi réserve toujours la fortune de la femme. En principe, ses biens appartiennent au mari ; mais elle est considérée comme sa créancière pour une somme égale ; elle a sur lui une première hypothèque. Aussi la dot ne peut être saisie en cas de vente judiciaire ou de confiscation. Le mari doit toujours être en mesure d'en restituer la valeur au père ou au tuteur de sa femme. Cette restitution a lieu si l'un des époux meurt sans laisser d'enfant ou si le mariage est dissous par le divorce. Si l'on tarde à rembourser, on doit payer, outre le

\. Bull, decorr. helL, 1889, p. 342 et suiv.

LA FAMILLE

capital, un intérêt de dix-huit pour cent qui court depuis l'échéance. Si le mari vient à mourir laissant des enfants, la femme peut, à son ciioix, ou bien retourner chez son tuteur, qui réclame la dot ou tout au moins l'intérêt de la dot, ou bien

Scùne nuptiale : l'enlèvement du voile. (Terre cuite de Mjrina.)

rester avec ses fils qui gardent la fortune de leur mère et l'entretiennent.

Le divorce est ordonné par la loi en cas d'adultère, autorisé en cas de soupçon ou de stérilité. D'ordinaire, la séparation se fait à l'amiable. Les deux époux se réunissent devant le foyer, en présence d'un prêtre et de témoins. On leur offre

78 l.A CHilCI' AVANT A i.KX AN DUK.

un i:àl(';ui ijur (nus (K'ux l'opousscnl . Ils prououccnL di'S l'orinulcs (\c uKilôdiclion. On rond la doL vi (oui, est fini. j\lais, parfois, K- mari s'oppose au divorce ou pi'clcnd garder la forlune de sa fiMUine a|très la sépai'ali(»n. Alors on va devant l'archonte. Le magistral ordonne ou non le divorce. S'il donne raison à la femme, celle-ci icpicnd sa dot. S'il lui donne (ort, le mari peut i^arder la fortune et répudier la l'emme, (pii retombe sous l'aulorité de son père ou tuteur.

La faiiiillt' se constitue |>ai- le mariage; elle se développe par la naissance des enfants. La femme, avant sa délivrance, sacrifie à llilhye, à Artémis, aux. JNymplies. Sitôt né, on baigne l'enfant, et on l'enveloppe de langes; à Sparte, on le trempe dans du vin et on le laisse libre de ses mouvements. Pour un fils, on suspend à la porte une couronne d'olivier; pour une fille, une bandelette de laine. Cinq jours après, la famille tient une réunion solennelle. En présence des parents et des amis, le père offre un sacrifice au foyer, puis il déclare s'il accepte ou s'il abandonne l'enfant. A Sparte, c'est un conseil nommé par l'État qui décide s'il convient d'élever ou d'exposer le nouveau-né; à Tlièbes, la loi autorise les parents trop pauvres à le remettre aux magistrats. Si l'on garde l'enfant, on le purilie aussitôt par la cérémonie de la lustration : toute la famille et le bébé sur les bras de sa nourrice font plusieurs fois en cercle le tour du foyer ; puis l'enfant est frotté d'huile, baigné d'eau lustrale; après une prière, le père le présente au foyer et l'initie au culte domestique. La fête se termine par un banquet où l'on convie tous les assistants. Le dixième jour après la naissance, on célèbre une seconde cérémonie. On donne un nom à l'enfant : c'est le nom du grand-père, ou du père, ou une appellation qui indique la consécration à une divinité. On sacrifie à liera Ilithye, à Artémis, à Apollon, aux Nymphes, aux Fleuves. Un nouveau banquet réunit les parents et les amis, qui apportent des jouets au bébé et des cadeaux à la mère. Enfin, le troisième jour des Apaturies, le père présente

LA FAMILLE

son fils à ia phratrie. Dès lors, l'enfant fait partie de la famille et est initié au culte ; mais il devra attendre sa dix-huitième année pour se faire inscrire au registre civique.

La mort semble dissoudre ou mutiler la famille. Dès qu'une personne a rendu le dernier souffle, on lui glisse une pièce de monnaie entre les dents, on lui ferme les yeux et la bouche, on lui voile la figure. Des femmes, les proches parentes du défunt, lavent et parfument le corps, l'habillent de blanc.

Convoi funèbre. — Plaque de terre cuite estampée.

couronnent la tête. A l'entrée de la maison, on place un vase de terre rempli d'eau. Le lendemain, dans le vestibule, on expose le mort sur une litière, les pieds en avant; près du Ht funèbre, on laisse une fiole d'huile, un vase lustral et une branche de cyprès ; tout autour se lamentent des pleureuses à gages. Le surlendemain, avant l'aurore, on lève le corps et le convoi se forme. En avant, voici les joueurs de flûte et les pleureuses; en cas d'assassinat, on tient une épée nue devant le défunt. Puis défilent les hommes ; les parents et les amis, tout en noir, cheveux ras, portent tour à tour le Ut funèbre. En arrière se groupent les parentes du mort, les seules femmes

80 i.A (;nî:cE avant ai, i:\ani) ru.

;uliiii<('s (l;iii> K' corli'fio. On îirrivc an liiHi de sc'ituKmr. J)'oi'iliiiairo le iiioil es! ensoNcli dans une bièi'c, de cviiros, de j>i(.M'ro (»n (Tai-ulK'. Qnidcjncfois, on K' luùlc sni' nii linclicr »in'allinncnt les prodios partMits cl oii l'on jcllc des chovciix, di's vi'tonu'iits, des nslensilos ; (|uand le l'en l(»nd)e, un rcMniil. les ossements dans nne nine. I*nis on place l'nrne on le ccrcneil dans la sépnllni'e de fannlle. On y enferme aussi des lécythes, des armes, des miroirs, des jouets, les prix g^ap^nés par le défunl. On verse sur la tondje des libations de vin, de miel cl de iail. On adresse un dernier ailieu au mort. On se rikniit au l)an(|uet îles funérailles, puis on purifie la maison. A|)rès un deuil de onze jours à Sparte, de trente à Athènes, on va olTrir un sacrifice au tombeau ; puis on revient aux vêtements et à l'existence d'autrefois.

Pourtant le mort continue de vivre avec les siens. Il a quitté la maison de ses pères, mais pour la sépulture de famille, aussi sainte que le foyer domestique. Un Grec soignait la demeure de ses morts plus que son logis. Anciennement, on creusait la tombe dans le champ qui entourait l'habitation. Plus tard, la loi défendit d'enterrer dans les villes. Alors les tombeaux s'alignèrent dans les faubourgs, le long des routes, comme à Syracuse, à Corinthe, au Céramique d'Athènes ; ou bien l'on peupla une vaste nécropole, une vraie cité des morts, comme à Cyrèue. La disposition des sépultures varie beaucoup. Ce sont des cercueils creusés dans le tuf; ou des sarcophages de pierre, de terre cuite, de plomb; ou des chambres sépulcrales, d'accès difficile, cachées sous des tumuli, comme à Pergame, en Thessalie, en Crimée; ou des grottes précédées d'un portique, comme en Lycie. Au-dessus du sol, la présence d'une tombe est généralement indiquée par quelque monument funéraire : c'est une table de pierre, une colonne, une pyramide, une stèle sculptée, un vase de marbre, ou bien une petite chapelle entourée de cyprès, d'asphodèles et de mauves. Les bas-reliefs qui décorent ces monuments rappellent le lien qui

LA FAMILLE

unit le mort aux membres vivants de sa famille : on y reconnaît des banquets funèbres, des scènes de chasse, d'offrandes, de séparation ou de réunion. On enferme dans les tombes tout un mobilier à l'image de ce qu'aimait le défunt : objets précieux, armes, bijoux, jouets, figurines de dieux, d'hommes et d'animaux, bronzes et fruits imités en terre cuite dorée ou peinte. Dans les sépultures de Myrina,près deSmyrne,on lit le

Charoa dans sa barque (sur un lécythe blanc attique).

nom du mort gravé au pointillé sur des plaques de métal percées d'œillets où l'on avait passé une ficelle. Souvent, les inscriptions tumulaires résument la vie de celui qui dormait dans la tombe, recommandent aux héritiers de veiller sur la sépulture sous peine de déchéance ou d'amende, vouent aux dieux infernaux les profanateurs et les menacent du châtiment légal. Toujours ces épitaphes sont empreintes d'une touchante résignation philosophique. Les Grecs savaient mourir simplement, parce qu'ils ne voyaient pas dans la mort une séparation. Au fond du tombeau, ils vivaient encore avec leur famille par le culte qu'ils recevaient d'elle. Ce culte, la loi même le

8i i,.\ (iinci': w w I A I i;\ amuii:.

leur iiaraiilissail, Ocs |hmiu'S sc'v^its IVa|ipaioiil (iiii('(»n(|U(j jH'olanail wuc lomho. A Allioiics, le in'cinici- arclionlo voiliail à ce qu'aucune raniillc ne vînt à s'éteindre, l'ji licimcoiii) d'cndruils, K' célibat était un délit, et on niitorisail le divorce pour cause de stérilité. L'Klat forçait chacun de icndre ce (ju'il devait à ses ancêtres, liicn souvent, le mort avait luiniènie pris ses mesures. Il avait construit son lonihcnu de sou vivant et réiilé les cérémonies funèbres. Une remnie de Tliéra lègue à ses proches une somme d'argent dont les intérêts serviront à payer les trais des sacrifices mensuels que trois personnes, déléguées parles vingt-trois héritiers, offriront à elle, à son mari et à ses fils. Mais, à vrai dire, il n'était besoin ni de ces précautions ni de l'intervention de la loi. Aucune famille n'ouijliait ses morts. Le troisième, le neuvième et le trentième jour après les funérailles, on faisait, sur la fosse, des libations de miel et de lait, de vin ou d'huile ; on y égorgeait quelque animal pour l'y brûler et l'enfouir ; les pauvres remplaçaient la bête en chair et en os par une bête en pâte et laissaient du moins quelque mets sur le tombeau. Une fois l'an, on visitait les sépultures de famille pour y porter quelque offrande. Et le cinq de Boédromion, toute l'Attique fêtait onicicllcment la Nékysia ou jour des morts.

Après le décès du chef de famille on s'occupe de la succession. A l'origine, les mâles seuls pouvaient hériter ou transmettre l'héritage, parce que seuls ils perpétuaient le culte; le patrimoine, toujours indivisible, passait à l'ahié de la famille. Le changement dans les mœurs entraîna des changements dans la loi : les biens furent divisés entre les héritiers du même degré, sauf quelques avantages réservés à l'aîné ; et l'on admit, quoique à un rang inférieur, la parenté par les

femmes.

C'est d'après ces idées contradictoires que la succession est réglée aux v" et iv'^ siècles. Les législations grecques inventent les combinaisons les plus ingénieuses, parfois bien

LA FAMILLE

singulières, pour concilier les vieux principes et les exigences nouvelles des sentiments naturels. D'abord, le fils unique recueille tout l'héritage, qu'il le veuille ou non. S'il y a plusieurs fils, ils se partagent les biens, mais l'aîné conserve la maison paternelle ; en ce cas, les filles sont ordinairement dotées par leurs frères. S'il n'y a que des filles, elles accompagnent l'héritage sans être elles-mêmes héritières. Plusieurs cas peuvent

Tombeaux du Céramique à Athènes.

se présenter; si la fille, dite épidère, est mariée et mère, elle transmet la succession à ses enfants, que la loi considère comme les fils du grand-père maternel. Si la fille n'est pas mariée, le père peut disposer d'elle par testament et adopter son futur gendre, qui hérite. A défaut de testament, la loi donne la succession au plus proche parent mâle, mais à la condition qu'il épousera la fille. Si l'héritier légal est déjà marié, il doit divorcer; de môme, une épiclère mariée et sans enfants doit rompre sa première union pour contracter la seconde. Telle est la théorie, logique malgré sa bizarrerie. Dans la pratique, l'héritier préférait généralement, suivant le cas, transiger avec

Si l.A (.l{i:r,lî AVANT AIJ'XANDUK.

le mari de rciiiclciv ou doter la jciino fille. Mais loules les lé- ^islatiiMis helléniques lendeiil é^'alenienl, s'il n'y a [)as de fils, à faire é|>ouser la lille par riic-iilier léf;al. Les mêmes principes s'a|i|)li«|uenl à la succession en ligne collatérale. Un liommc meurt sans enfant: ses biens passentaux frères ou fils de frère; à défaut de frère, aux sœurs ou fils de sœur; à défaut de fi-ère, de sœur et de neveux, aux cousins du côté paternel; en dernier lieu, aux cousins du côté maternel. Lonfj:temps, les Grecs ne connurent pas le testament. 11 fut interdit à Thôbes, à Corinlhe, à Sparte jusqu'après la guerre du Péloponèse, à Athènes jusqu'à Solon. D'abord la loi accorda le droit de tester seulement à qui mourait sans postérité. IMus tard, on put même déshériter ses enfants; mais le testament pouvait être attaqué ou cassé pour captation, faiblesse d'esprit ou vice de forme. Les fils mineurs, les femmes, les étrangers ne pouvaient tester; et l'acte n'était valable que si le testateur l'avait remis à un ami devant témoins. Les législations grecques n'ont jamais accepté qu'avec répugnance cette dérogation aux vieilles règles d'hérédité, conformes aux exigences du culte domestique et à l'organisation de la famille hellénique.

On vient de voir comment la famille se constitue par le mariage, se renouvelle par les enfants, se perpétue par le culte des morts, se maintient par les lois de succession. Reste à marquer le rôle des divers membres de la famille.

§ 2. Les membres de la famille. — Le chef de la famille, à l'origine maître absolu de tous los siens, conserva toujours une grande autorité sur les personnes qui demeuraient autour de son foyer, sur les femmes de la maison, sur les fils mineurs, sur les esclaves. Il préside aux cérémonies du culte domestique. Il dispose, comme usufruitier, de toute la fortune de la famille, du patrimoine héréditaire, de la dot de sa femme, du travail de ses esclaves, longtemps même du gain de ses enfants. Il peut seul paraître devant un tribunal, il représente en justice

LA FAMILLE

tous les membres de la famille et répond de leur conduite. Il est le tuteur de sa femme, qui, sans lui, ne peut prendre aucune décision; il la répudie en cas de stérilité ou d'adultère, tandis que pour obtenir le divorce elle doit s'adresser au magistrat;

Jeunes femmes grecques.

en mourant, il peut lui désigner un tuteur, même un second époux. Il accepte ou repousse l'enfant nouveau-né, et règle tous les détails de son éducation. Il marie son fils mineur et sa fille, sans consulter ni les intéressés ni la mère. Il peut émanciper son fils ou adopter un étranger. Avant Solon, en Attique, il avait le droit de vendre ses enfants; môme quand la loi se

8C. 1,.\ (iHr.CK AVANT A l.l'.X AM)H K.

tut adouc'io, il l'rsia leur maitrc souverain, an uKtins jus<|n'à la majorité du fils ol ati niariai^c (le la tille, laitin, il est rinii(|nc proi>rii''lairo des esclaves de la lainille. Il les achète, les vend, les alVrancliit à voloidé. Seul, il |Miit Icin- connnandcr. Ijonp;temps il (lit sur eux droit de vie et de mort, ^nand la loi lui dél'enilit de les tuer, elle lui permit, encore de les chàti<'r. S'il est assassiné par un meurtrier inconnu, ses serviteurs sont mis à mort. Femme, fils, fille, esclaves, tous obéissent en toute circonstance au mari, au père, au maître, à l'unique chef de la famille. La femme n'est jamais libre de ses actes. Toute sa vie elle reste sous l'autorité d'un tuteur (xûpioç). Jeune fille, elle est soumise à son père, ou à son frère, ou à un ap^nat; épouse, à son mari; divorcée, à son plus proche parent; veuve, à son fils, ou au tuteur que son mari désigne par testament. Elle ne peut l'ien aliéner sans le consentement de son maître. Elle ne peut divorcer sans l'intervention d'un magistrat, tandis que son mari peut de lui-même la répudier, môme la tuer si elle est coupable. Si son mariage est rompu, les enfants restent avec le père. En aucun cas on ne demande son avis sur la manière de les élever ou de les établir. Veuve, elle n'est pas leur tutrice; elle ne peut ni émanciper ni adopter. Elle n'a que la ressource d'intenter une action judiciaire pour mauvais traitements. Dans la plupart des villes, des magistrats spéciaux, à Sparte les harmosynes, ailleurs les gynéconomes, surveillent la conduite des femmes. Partout la loi tend à les tenir toujours en tutelle, mais leur condition diffère un peu suivant le pays ou la condition sociale. A Sparte, elles ont plus de liberté; elles font figure de vraies maîtresses de maison; elles ont de l'autorité au logis; elles sortent quand elles veulent, et prennent part aux jeux gymniques. A Mégare et à Delphes, elles peuvent môme faire une donation sans être assistées d'un tuteur. Naturellement aussi les paysannes, les femmes du peuple gardent partout une plus grande indépendance d'allures. Mais la bourgeoise d'Athènes et des cités ioniennes ne sait que cuisiner et filer, peser la laine

LA FAMILLE

pour les esclaves. Elle ne reçoit que des femmes ou les très proches parents. Elle ne sort guère que les jours de fête. Tout cela n'empêche pas qu'il n'y ait eu en Grèce beaucoup de bons ménages et de fort aimables maîtresses de maison, comme la femme d'Ischomachos dont Xénophon esquisse un si charmant portrait dans ses OEconomiques^ . C'est que les mœurs corrigeaient la loi.

La fille tient dans la famille grecque encore moins de place que la mère. Elle mène une existence des plus effacées. Elle apprend la cuisine, tisse, file et brode tout le long du jour, comme les femmes esclaves. Ordinairement, elle ne sait ni lire ni écrire. Elle ne se montre hors du logis que les jours de fête, sauf à Sparte, où les jeunes filles sont plus

libres, suivent les exercices de gymnastique et prennent part aux chœurs de danse. Elle n'a point de majorité. Elle aura toujours un maître, son père, son mari, son fils, son parent, son tuteur. Elle n'a droit à aucune part de l'héritage, si elle a des frères; seulement il est d'usage de la doter. Si elle est fille unique, elle transmet la succession et doit épouser l'héritier, quel qu'il soit, vieux ou jeune, celui que désigne son père ou le plus proche parent. Toute sa vie, elle passera d'une tutelle à l'autre.

Pour le fils, au contraire, la loi a bien des ménagements, comme il convient pour un futur chef de famille. Anciennement,

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