‹ La Grèce avant Alexandre; étude sur la société grecque du 6e au 4e siècleChapitre 20 sur 46 · Xénophon, (Economiques, VII · texte numérisé non relu

Xénophon, (Economiques, VII

|.\ (il!l.( i-. ANAM AKRXANDUE.

coimm* à Konit\ il rcslail <l;ins la (Irpoiidanco jusqu'à la uiorl de sou jii'rc. Mais aux \' cl iV sirclos. le lils u'esl uiinciir (|uo jusiiu'à (li\-luiil aus. S'il ilcxicul (Hplicliii a\aiil d'aNdir allciul. cel àuo, il t'sl ooulii'' à un lutcin-, (pii ni' |)i'ul rire sou licrilicr c\ (|Ut> dosijiuc le li'slauicut du |ic'i'0, ou \c plus j)ro(dio jinroul, ou rairhoulo. Quidnues jours après sa naissauft', lo lils est présenté à la phralrie et inscrit sur le re^^istre. Puis on

Tahandoune aux femmes jwur les premières années. Mais le père intervicul directement dès (jue commence réducation.

A Sparte et dans quelques pays doriens, l'Etat s'empare de l'enfant presque à sa naissance et le fait élever avec les autres fils de citoyens sous la direction de magistrats spéciaux, les Bidéens et les Pédonomes. Mais c'est là un régime d'exception. A Athènes et dans la j II... r;^2v^ ^ plupart des cités, l'éducation pu-

1 ~-r- — 4"'' l)lique ne commence qu'à dix-huit

ans. Avant cet âge, la loi exige seulement que le père donne à ses enfants une instruction élémentaire, et les magistrats veillent à

Nourrice ihiacc, d'après

nno figurine en terre cuite.

l'exécution de la loi.

Cette première éducation, dirigée parla famille, est donnée dans des écoles privées que surveille la police et où les hommes ne doivent pas entrer. Elles restent ouvertes du lever au coucher du soleil. Les enfantsy sont conduits par un esclave spécialement chargé de ce service, le pédagogue. La discipline y est dure ; les enfants y sont tenus sévèrement à l'écart de la foule et sont punis pour la moindre faute. L'éducation complète (è^y.'jx/ao; -rraiosia) comprend :

LA FAMILLE

1" La gymnastique. Les exercices ont lieu dans les palestres des dômes que dirige un athlète et que surveillent des magistrats. Ces palestres, ouvertes d'ordinaire par l'initiative privée, sont le plus souvent des terrains à ciel ouvert, entourés de murs, où un ruisseau serpente au milieu des arbres. On s'exerce surtout à la lutte, au saut et au pugilat.

2^ La musique. On conduit les enfants dans des écoles

Une classe athénienne. Leçon de musique et de poésie. (Peinture de vase.)

particulières où l'on apprend à jouer de la lyre et de la flûte, à chanter, à déclamer une poésie lyrique.

3° La grammatique. Elle comprend les exercices de lecture et d'écriture, l'étude de la grammaire et de la littérature. On y ajouta, au iv" siècle, le calcul, les éléments de la géométrie et le dessin. Les enfants de la bourgeoisie passent successivement entre les mains du maître d'école, du grammairien et du rhéteur. Le maître d'école (Ypaij.[j.aTootoàcrxaXo;), généralement peu estimé, tient boutique en plein air etn'ense-ignc guère que l'alphabet. Le grammairien a une véritable école; on apprend chez lui l'écriture, les éléments de la littérature et des sciences. Assis sur un siège bas, avec leurs genoux pour pupitre, armés

90 I..\ C.liliCK A\.\NT Ai.i:\AM)in;.

d'un slyK'l (If iiiflal on d'ivdiiH', |M>iiilii (1111» ('ùl.('' |ioiir uriivcr les caractèi'os, aj^lali de riuilrc |Miiir (Ml'aoor, les curants s'csorimi'ul siii- (U-s l;d)k'lt('s riiduilcs de cire. Ils |)()rtoiil aussi à la ccinluro un cnci-ier de métal avec couvercle, aucjucl ils ont recours pour s'essayer à écrire sur les planchettes de bois ou le jKipyrus. Plus lard on va chez le rhéteur étudier la rhétorique, la critique lilféraire, la politique; on y a|ipreud par cceur de longs fragments des poètes, del7/mr/^^de ÏOdyssrc, d'Hésiode, de Solon, Les honoraires du maître sont payés par les parents des élèves. Les rhéteurs les i)lus célèbres tiraient de leur enseignement de grands revenus. En moyenne, un cours complet de rhétorique durait trois ans et se payait de cinq à dix mines. Chez le rhéteur portait tous ses fruits l'éducation commencée par le maître d'école et le grammairien.

A dix-huit ans, dans la plupart des cités grecques, ou devient majeur. On se fait inscrire sur le registre du dôme. On est soumis à l'éducation publique pour deux ans, et enrôlé dans les compagnies d'éphèbes. Dès lors, on est citoyen, on assiste aux assemblées, on peut défendre ses intérêts devant un tribunal. Les mœurs avaient affaibli peu à peu l'autorité paternelle, si bien que la loi déclara le lils majeur tout à fait indépendant. Il pouvait se marier sans le consentement de son père. Il pouvait se créer une fortune particulière. Si le père est reconnu incapable par les tribunaux, le fils se fait adjuger les biens de la famille. Il peut môme intenter à son père un procès en mauvaise gestion des biens qu'il tient de sa mère. Mais il n'a pas le droit de refuser l'héritage; il est responsable des dettes laissées par son père. Malgré cette obligation, on voit que la loi s'était adoucie de plus en plus en faveur du fds, futur chef d'une famille.

Ce qui confère ses droits au fils, c'est beaucoup moins le hasard de la naissance que la participation au culte domestique. Ainsi, les enfants naturels sont absolument étrangers à la famille ; ils n'ont aucun droit à l'héritage ; ils ne sont môme

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pas SOUS l'autorité de leur père, à moins qu'ils n'aient pour mère une esclave, auquel cas ils sont eux-mêmes esclaves. De même, par l'émancipation, le fils légitime rompt tout lien avec sa famille : il renonce au culte, aux biens, même aux affections naturelles. Par l'adoption, au contraire, on acquiert tous les droits et privilèges du fils légitime. Pourvu qu'on soit citoyen, qu'on n'ait pas d'enfant mâle et qu'on soit plus âgé de quatorze ans, on peut adopter un étranger, de son vivant ou par testament. Le fils adoptif est initié au culte domestique par une cérémonie analogue à celle qui suit la naissance. 11 devient le seul héritier légal, il offrira les sacrifices au tombeau des ancêtres.

Le principe de la famille grecque est donc l'inégalité des droits entre le mari et la femme, le fils et la fille. Tout au bas delà hiérarchie domestique, nous trouvons encore l'esclave^ Il fait réellement partie de la famille. A Athènes, pour l'introduire dans une maison, on le fait approcher du foyer, on l'arrose d'eau lustrale, on partage avec lui des fruits et des gâteaux. C'est la même cérémonie que pour le mariage et l'adoption. Dès lors, l'esclave assiste à toutes les prières et à toutes les fêtes du logis. A sa mort, il sera même enseveli dans la sépulture de famille.

L'esclave pouvait être ou un prisonnier de guerre, ou un enfant trouvé, ou un ancien métèque qui n'avait pas acquitté la taxe des étrangers. Le plus souvent, c'était un fils d'esclave ou un barbare acheté sur la place. La traite du bétail humain s'alimentait surtout à l'intérieur de l'Asie Mineure, en Phrygie, en Gappadoce. Tous ces malheureux se rencontraient sur les marchés de Gorinthe, de Délos ou du cap Ténare. Un esclave ordinaire valait de deux à dix mines, beaucoup moins que le chien d'Alcibiade ; mais un musicien, un lettré, un habile

i. Wallon, Histoire de Vesclavage dans l'antiquité ; Foucart, Mémoire sur l'affranchissement des esclaves, 1867; Richter, Die Sklaverei im griech. AUerthmn, 1886.

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arlisan se vendait (lier. Los gens de condition servile étaient nonil)reux, surtout dans les \illes maritimes et les rentres inihistricls. On en comptait /|()(),()()0 en Atli(|ne, 'i(i0, ()()() ;i (lorinllie, /j 70,000 à Kj^ine. Ailleurs, surtout en Laeonie et à (lliio, ils constituaient la presque totalité delà population.

On distinguait en pays p:rec bien des catégories d'esclaves. Les uns appartenaient à l'Etat, aux temples; les autres aux particuliers. Les esclaves ruraux cultivaient les champs sous la direction d'un intendant, on les exploitaient pour leur compte moyennant une redevance. D'autres travaillaient à la maison comme ouvriers, ou exerçaient au dehors quelque métier, à la condition de payer une drachme par jour. D'autres étaient loués ou achetés par des entrepreneurs pour le travail des mines ; c'est ainsi que Nicias trafiquait de ses esclaves; il les cédait aux fermiers du Laurion, qui lui faisaient une rente égale à la moitié du prix des pauvres gens; peu importait que la plupart mourussent à la peine; Nicias exigeait seulement qu'on lui rendît le même nombre de bêtes humaines. Mais le plus grand nombre des esclaves étaient attachés à la maison ou à la personne de leur maître. Ils remplissaient chez lui toutes les fonctions domestiques, de concierge, de boulanger, de cuisinier, de valet ou de femme de chambre, de préposé aux provisions, de muletier, d'intendant, de pédagogue ou de nourrice. Ceux-là étaient les plus heureux, parce qu'ils se mêlaient directement à l'existence de la famille.

Leur condition variait d'un pays à l'autre. Dans beaucoup de cités d'Asie Mineure, ils étaient durement traités ; et nous savons que des insurrections d'esclaves éclatèrent à Ghio, Abydos et Samos. D'ordinaire pourtant, on avait assez d'égards pour ceux qui vivaient dans la maison. A Athènes, ils jouissaient d'une liberté relative. Ils s'habillaient presque comme des hommes libres. Quand ils passaient, drapés dans leur chiton à une manche, la tête serrée dans leur bonnet de four-

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rure, on pouvait les prendre pour des paysans pauvres. On n'avait pas le droit de les frapper. Ils n'étaient pas tenus de céder le pas aux citoyens. On leur reprochait môme d'oublier souvent de saluer. Ils avaient la langue bien effilée, et ne se gênaient pas pour dire ses vérités à leur maître.

L'esclave n'a pas de personnalité civile. Il n'est pas propriétaire, ne peut ni acheter ni vendre. Il n'hérite pas et ne peut tester. Même il n'a pas de nom : on le désigne par un prénom, un surnom, un sobriquet.il n'a pas de famille légale : sa femme, ses enfants n'existent pas pour l'État. On le met à la torture lorsque, dans un procès, on a besoin de son témoignage. Pourtant, la loi protège sa personne. Le meurtre d'un esclave est puni de mort. S'il a reçu quelque dommage, son maître porte plainte et obtient une indemnité. S'il commet un assassinat, même s'il tue un des membres de la famille, on doit le remettre aux mains des magistrats; le maître ne peut plus faire justice lui-même, comme dans le droit primitif. Dans les procès criminels, l'esclave peut être appelé à témoigner même contre son maître. En cas de mauvais traitements, il trouve un asile au Théseion d'Athènes, au temple de Hêra àPhlionte, au temple des Palikes en Sicile, dans les temples de Gortyne, dans beaucoup d'autres sanctuaires. Le maître ne peut se faire remettre le fugitif que s'il jure solennellement de le ménager. Souvent même l'esclave peut exiger qu'on le vende. Ainsi s'était adoucie l'ancienne loi qui, sans restriction, faisait de l'esclave la chose du maître.

De la famille dépendent encore les affranchis. Quelquefois l'État, pour récompenser des services militaires ou autres, rachète et met en hberté des esclaves. Le plus souvent, c'est le maître lui-même qui délivre son serviteur. On connaît bien des modes d'affranchissement. Tantôt on se contente d'une déclaration faite devant un tribunal, ou sur un autel, ou au théâtre, par la voix d'un héraut, ou dans un testament. Mais la procédure la plus fréquente et la plus curieuse, c'est l'af-

94 l\ (illiXli AVANT ALlîX AN DRlv.

fraiicliissonicnt sous forme de vente à une divinité. Pour (Wilcr des conleslations nllorieures, rcsclavc est mis sous la prolco tion iruii (lieu qui louche une prime sur le prix de raeliat ; c'est ce (jue sjiécilient les imioinbrables aclcs passés devant Zeus d'Dlympie, Apollon de Delphes, Poséidon du Ténare, Asklépios de Stiris ou d'Amphissa, Sérapis d'Orchomène, de Coronée, de Tithora. Comme l'esclave n'a pas qualité pour traiter, le jn'être intervient et le rachète avec l'argent que l'intéressé a déposé dans le temple. Souvent l'on convient en face du dieu que l'esclave sera libre à une époque déterminée, par exemple à la mort du maître. Celui-ci fournit un ou [)lusicurs garants qui veillent à l'exécution des clauses. On désigne parlois d'un commun accord les arbitres qui prononceront en cas de contestation. On le voit, c'est un véritable contrat par devant un dieu.

L'atTranchi entre dans la classe des étrangers domiciliés. Mais il a encore des devoirs envers son ancien maître qui devient son prostate. Il lui doit certains égards, déterminés par la loi. Trois fois par mois, il doit se rendre au foyer du patron et lui demander conseil. Il ne peut se marier sans sa permission. Le prostate peut assigner en justice l'affranchi qui manque à ses obligations et le faire ramener à son ancienne condition servile. L'affranchi tient dans la famille une place intermédiaire entre l'esclave et les personnes libres.

Le mari et la femme, le fds et lafdle, l'esclave et l'affranchi : voilà toute la famille grecque au iv^ siècle. L'organisation en présente bien des contrastes. On sent s'y heurter des conceptions opposées. Avec l'ancien droit qui régissait le yivoç s'accorde mal le droit nouveau, fondé sur le sentiment naturel et le respect de la personne humaine. De là, tous ces disparates qu'on observe dans la condition de la femme, des enfants, des alTranchis et des esclaves.

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