‹ La Grèce avant Alexandre; étude sur la société grecque du 6e au 4e siècleChapitre 30 sur 46 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

L'UNITÉ NATIONALE'

La cité grecque était née de l'union des tribus. Pour constituer les Hellènes en corps de nation, il sufïisait de faire un pas de plus dans la même voie et de grouper les cités. Un peu par la faute de la nature, beaucoup par la faute des institutions et des hommes, les Grecs n'ont pu aller jusqu'au bout de cette nouvelle étape. A cette impuissance politique ils ont dû peut-être en partie la variété originale de leur civilisation. Mais, par cela même, la race a été vouée à une rapide décadence; elle était condamnée à déchoir le jour où grandiraient autour d'elle de puissants États centralisés.

1. Wachsmuth, Jus gentium apud Grœcos, 1822; Heffter, De antiquo jure gentium, 1824; Jochmus, GescJiichte des Volkerrechts im Alterthum, 1848; Laurent, Histoire du droit des gens et des relations internationales, 1850; Vischer, Ueber die Bildung von Staaten und Biinden oder Centralisation und Fœderation, 1849; Freemann, History of fédéral government, 1863; Schomann, Antiquités grecques, tome II; Egger, Traités publics chez les Grecs et chez les Romains, 18G6; Heysc, De legationibus atticis, 1882; Gilbert, Handbuch der Griechischen Staatsallerthumer, 1885, tome II; Thumser. Staatsalterthiimcr, 1889; Monceaux, les Proxénies grecques, 1886.

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D'intelligents efforts ont été tentés à diverses reprises pour donner aux populations helléniques une véritable unité politique. Les fédérations provinciales, les ampliictyonies, les grandes ligues, voilà de sérieux essais de concentration. Mais les hommes d'État qui ont voulu tirer les villes de leur isolement égoïste n'ont pu aboutir et n'ont rien créé de durable. Presque partout la montagne dressait une barrière entre des tribus d'origine, de mœurs, d'intérêts différents, décidées à ne pas céder au voisin une parcelle de leur farouche indépendance. A cet échec des tentatives d'union il y eut peut-être aussi une raison plus profonde : la perfection même où les Grecs avaient porté l'organisme de la cité. Avec son régime politique particulier, son gouvernement autonome, ses dieux, ses tribunaux souverains, ses finances, son armée, sa flotte, son domaine colonial, chaque cité constituait, dans toute la force du terme, un État. Par là elle s'opposait nécessairement à toutes les autres et se tenait en garde contre elles. Associée à la vie d'une grande nation, elle aurait dû se contenter pour elle-même des hbertés municipales ; et cela, elle ne le voulait pas, parce qu'elle ne le pouvait sans déchoir.

A première vue, les villes grecques semblent donc autant de petits mondes isolés, indépendants, ennemis les uns des autres. Et l'on n'aperçoit d'abord entre elles d'autres rapports que les liens établis par la force. Cependant, chez ce peuple qui n'a pas su s'organiser en une nation, les mœurs et beaucoup d'institutions créaient une véritable unité nationale. Beaucoup d'États avaient par des conventions particulières établi entre eux des relations assez étroites et pas toujours éphémères. De plus, tous les Grecs observaient d'instinct les règles très complexes d'une espèce de droit des gens hellénique, presque inconnu des barbares. Enfin, par la similitude du langage, de la religion, des idées, des coutumes, des institutions, par une conception analogue de l'art et de la vie, se marquait

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