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au talent souple comme son caractère ; Démosthône, le filleul des muses, qui réunit en lui tous les dons, la hauteur de vues d'un Périclès, la finesse d'un Lysias, l'harmonie d'un Isocrate ou d'un Eschine, l'entêtement d'un Spartiate, et qui a su mettre le plus merveilleux génie au service de la plus noble cause, si bien qu'avec Démoslhène la véritable Grèce est morte.
Eloquence, philosophie, histoire, voilà les trois formes qu'a revêtues la prose grecque. Dans ces trois genres, les Athéniens ont porté presque à sa perfection l'art d'écrire.
L'histoire, inventée en lonie, s'est servie d'abord du dialecte ionien. Le plus ancien exemple que nous possédions est un fragment de Gharon de Lampsaque. Le style des premiers chroniqueurs, assez uniforme, était simple, concis, sans ornement ; c'était le langage de la conversation, avec des négligences et un aimable laisser-aller, une grâce naïve et poétique. Hérodote écrit encore comme s'il parlait; il est vrai qu'il parle et conte à merveille. Ses récits ont une allure épique etlyrique. Les mots peignent les objets et se juxtaposent presque au hasard, comme les faits, avec des digressions et des longueurs, d'interminables parenthèses. Les phrases se suivent souvent à l'aventure, sans lien apparent. Le style, que les anciens trouvaient négligé, coule doucement comme une onde transparente. G'est le triomphe de l'art instinctif. Après Hérodote, l'histoire adopte le dialecte attique, plus énergique et plus nerveux. Thucydide voit les faits avec une singulière netteté, mais il néglige le détail pour l'ensemble. Il se façonne un style à l'image de son esprit. G'est un tissu savamment compliqué et serré, sans régularité ni harmonie, un peu sec à l'œil, laborieux et pas toujours clair, hérissé de mots nouveaux, mais où se détachent souvent des traits lumineux qui éblouissent. Jamais historien n'a tracé de plus larges et de plus saisissants tableaux. Les successeurs de Thucydide réussiront aisément à poUr le détail. Mais ni Xénophon, ni Ephore,, ni Théopompe
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n'ont relroiivt^ son secret pour éclairer une situatitm cl animer les drames de la vie des peuples.
Comme la prose histori(jne, la prose pliilosopliique et scienlilnpie a employé successivement le dialecte ionien et le dialecte attiquc. Le premier écrivain qui ait exercé en ce genre une inlUience durable est Heraclite d'Ephèse. A en juger par ses fragments, il s'exprimait en petites phrases incisives, mystérieuses, concises jusqu'à l'obscurité; il ne connaît guère les conjonctions ni les mots de liaison; il ne sait pas esquisser la plus modeste période. Pourtant il a fait école : il a été souvent imité par les Héraclitéens, ses disciples, même par Hippocrate et Platon, Démocrite, que les anciens mettaient au nombre de leurs plus habiles auteurs pour la clarté et le charme de son style, annonce Aristote par son talent d'écrivain, comme par l'universalité de ses connaissances. Diogène d'Apollonie, qui visait à la simplicité et à la tenue du langage, continue les traditions de Démocrite. Dans Anaxagore, on trouve déjà une vraie prose; son style ne procède plus par aphorismes; la pensée se suit régulièrement, d'étape en étape. A la même époque, Ilippocrate donnait une singulière élégance à la prose scientifique ; elle se distingue chez lui par la richesse du vocabulaire, l'impeccable propriété des termes, la précision souvent poétique et colorée. Avec les disciples de Socrate, la philosophie adopte la langue attique. Xénophon s'applique surtout à faire revivre la physionomie du maître; on sait l'admiration qu'excitait son style, au tissu fin et régulier, toujours harmonieux, simple d'ordinaire, souvent coquet et joli, relevé d'un discret enjouement. Mais jamais la philosophie ne se fit plus aimable et séduisante que dans Platon. Elle n'embarrasse jamais la phrase, presque analytique, des termes d'école. Elle y sait prendre tous les tons. Elle a d'ordinaire l'allure d'une conversation entre gens instruits et lettrés, pleine de laisseraller, de négligences apparentes, de malices et de sousentendus. Mais, s'il le faut, elle atteint à une rigueur scientifique
OU dérobe à la poésie le secret de ses enchantements et de ses rythmes. Aristote, nous dit-on, ne le cédait point à Platon pour la grâce dans ses dialogues aujourd'hui perdus. Mais, à coup sûr, ce n'est pas le caractère des ouvrages conservés. Pour nous, Aristote est le vrai créateur de la prose scientifique. Presque rien chez lui n'est donné à l'imagination pure. Son style, tantôt serré en de petites phrases concises, tantôt déployé en périodes surchargées, peut même sembler un peu sec et demande quelque effort au lecteur. Mais on peut y admirer sans réserve la précision et la propriété absolue des termes. Se sert-il d'une métaphore ? C'est réellement pour peindre un objet. D'une antithèse ? C'est pour mettre en relief une idée. Toute phrase, toute expression ouvre à l'esprit quelque aperçu. Aristote a perfectionné le langage de la science, comme Platon l'instrument de la philosophie morale. Dans le développement de la prose oratoire, on saisit plus nettement encore le progrès de l'art. La théorie a exercé une action considérable sur la pratique de l'éloquence, les rhéteurs sur les orateurs. C'est en Sicile que l'on commença à étudier les lois du langage. Corax, à Syracuse, composa le premier manuel de ce genre. Tisias enseigna la méthode nouvelle à Thurium et à Athènes, où il eut pour élèves Lysias et Isocrate. Alors les esprits aventureux se précipitent en foule dans la même voie. En Attique, les études de grammaire deviennent à la mode, malgré les railleries d'Aristophane. Les sophistes encombrent les places et les portiques de leur amusante vanité. Pourtant il ne serait pas équitable de juger ces personnages d'après les portraits en charge qu'a esquissés Platon. Sans doute les sophistes ont eu le travers de trop croire à leur talent et à la toute-puissance de la parole humaine. Ils n'en ont pas moins beaucoup contribué au progrès de l'éloquence et de la langue. Protagoras d'Abdère distingue les modes et les temps des verbes, le genre des noms. Prodicos de Céos étudie surtout le sens et l'étymologie ; et il a pour
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aiiditeiiis le poète Euripide, riiistorien Thucydide, le rliéteur Isocrate, les lioniuics d"|]lal (a-ilias et TliéranicMie. I*ar Uuu-s suhliles analyses, par leur hahilelé à jouer des mois, les sophistes ont eertainenient donné plus de précision et de souplesse au dialecte at tique, dorgias de Léontiou fut le premier à concevoir nettement un style oratoire dillerent de celui de la conversation. 11 introduit dans la prose attique, un peu sèche jusque-là, des expressions poétiques, des mots composés, des antithèses, de la symétrie entre les parties de la phrase, des cadences à la fin des périodes, enfin un véritable rythme. Qu'il y ait eu là un excès de recherche, c'est incontestable. Mais ce n'est pas en vain que tout le monde à Athènes se mit alors à « gorgiaser », comme on disait. Même les ennemis du sophiste, en le raillant, profitèrent de ses leçons, et Platon tout le premier. Il s'agissait de trouver la juste mesure. C'est ce que tenta Thrasymaque de Chalcédoine, qui tenait à Athènes une école de rhétorique. Tout en se gardant de la pompe emphatique de Gorgias, il montra aux orateurs, ses élèves, l'utilité du i-ythme dans les membres de phrase. Par là, il prépara l'œuvre d'Isocrate. Et dès lors se fait sentir dans l'éloquence l'influence de l'école. Antiphon recherche déjà les oppositions de mots, la symétrie et l'harmonie. Lysias, l'attique par excellence, tout en évitant les excès des rhéteurs et leurs grâces apprêtées, doit bien un peu à son maître Tisias le développement de ses qualités, la diction pure, claire et précise, la propriété des termes, l'exactitude du détail, surtout l'étonnante souplesse de ton. Isocrate acheva de constituer la prose oratoire. Élève de Tisias, de Prodicos, de Gorgias et de Socrate, il prétend tout ramener aux formes de l'éloquence, même la philosophie et l'histoire. II fait de la prose une sorte de composition rythmique et musicale, qui admet les façons poétiques, mais où une négligence, un hiatus blesserait l'oreille comme une note fausse. Pour cela, il crée définitivement la période, oii chaque mot a sa place logique, où tout
concourt à l'harmonie de l'ensemble. Dans la même phrase, autour de l'idée principale, se groupent successivement toutes les idées accessoires qui la démontrent ou la relient aux périodes voisines. Le discours ainsi construit est d'une beauté savante et composée. On y admire l'ingéniosité et la délicatesse scrupuleuse de l'inventeur. Mais il y manque la vérité, le mouvement, la vie. L'œuvre trahit bien la main d'un homme, fort expert en son art, mais qui lit de l'éloquence et de la politique à huis clos. Aussi le meilleur ouvrage d'Isocrate, c'est la génération d'orateurs que forma son école. Au contact des faits, dans la mêlée politique, la période isocratique s'anima et s'allégea tout à coup, ne caressa l'oreille que pour frapper plus sûrement l'esprit. A cet art si savant, Lycurgue, Hypéride, Dinarque, Eschine, durent une bonne part de leurs triomphes. Démosthène, plus que tous les autres, joua du rythme oratoire en artiste consommé. Tout mène au but dans son style ample et nerveux, comme tout se tient dans sa dialectique serrée et vigoureuse. Ses harangues et ses grands plaidoyers politiques marquent le suprême triomphe de l'éloquence hellénique.
La prose sous son triple aspect, historique, philosophique, oratoire, est le dernier art inventé par les Grecs. Jusqu'au milieu du v^ siècle, elle reste fidèle au dialecte ionien et se montre timidement à côté de la poésie. Au iv*" siècle, la prose ne connaît que le dialecte attique. Façonnée à l'image d'Athènes, elle l'emporte décidément. Elle devient presque le seul instrument de la pensée. Elle touche à la perfection avec Platon, Aristote et Démosthène. Elle est alors soumise à des lois rigoureuses. A côté de la poésie, de la sculpture et de l'architecture, elle prend place parmi les plus belles formes de l'art.
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Cil AI' 1 m E VII
\\\cn de simple et d'harmonieux comme la vie ordinaire des Grecs. Ils ne connaissaient guère riiiquiétude, la lièvre et la mélancolie des modernes. Plus jeunes d'esprit et de cœur, moins esclaves de besoins factices, ils s'abandonnaient doucement à la bonne loi naturelle et y trouvaient la gaieté, la santé du corps et de l'âme. Pour eux, l'existence, même secouée par le malheur, avait les proportions logiques, la sérénité rythmique d'un beau drame de Sophocle.
Avant tout, le Grec se devait à sa patrie. Il appartenait à la cité depuis sa naissance jusqu'à sa mort. Mais il n'aliénait nullement pour cela sa personnalité. A la condition de remplir tous ses devoirs civiques, il était très libre dans sa conduite. Presque partout les droits de l'individu se conciliaient fort bien avec les droits de l'État. D'abord le Grec était membre actif de la cité. Il prenait une part effective à la direction des affaires communes. Par ses votes, il contribuait à la rédaction des décrets et des lois, à la désignation des magistrats. L'État n'était pas pour lui un être abstrait et invisible : c'était une association constituée par la réunion des citoyens et personnifiée par des chefs élus, connus de tous. Si la cité demandait beaucoup aux individus, ce sont les individus qui déléguaient directement ce pouvoir à la cité. Et l'État, sauf peut-être à Sparte, n'empiétait pas sur la liberté personnelle,
1. Barthélémy, Voyage du jeune Anacharsis; Becker, Chariclés; Mahaffy, Vie sociale en Grèce, 1874; Lucas, Das hàusUche Leben in Athen, 1881; Ménard et Sauvageot, la Vie privée des anciens, 1881 ; Blumner, Die griechischen Privatalterthùmer, 1882 ; Gûhl et Koner, la Vie antique (traduction Trawinski, 1885).
il exigeait seulement que chacun accomplit son devoir, fixé par la loi.
De même pour la religion. Un Grec doit honorer les dieux officiels, comme il doit respecter les magistrats. Il n'oubliera pas la prière et le sacrifice au jour dit. Pour le reste, il conserve en face des divinités une entière indépendance. Il n'est pas astreint à un dogme précis. Du moment qu'il suit les rites et les pratiques consacrées, il croit ce qu'il veut, arrange comme il l'entend la légende divine et ne se gène point pour se moquer des dieux à leur barbe, même en pubUc. Il en use avec eux comme les gens du moyen âge avec les saints ; il les sait bons compagnons, amis des festins et du rire, trop sûrs de leur autorité pour la rendre revêche. Si le culte officiel ne lui suffit pas, il se fait à part lui une religion particulière, il ajoute dans la niche des dieux domestiques un héros favori, il s'affilie à une confrérie où l'on adore quelque divinité mystérieuse arrivée d'Orient, Tout est bien, du moment que le citoyen ne rogne pas la part des dieux de l'État.
Chacun est maître dans sa maison. La cité n'y intervient pas, tant qu'il ne s'y commet rien de contraire aux lois. Le chef de famille règle à sa guise l'ordre du logis, la dépense et le culte. Il y dirige comme il veut sa femme, ses fils jusqu'à leur majorité, ses filles jusqu'à leur mariage. Il est tout-puissant, mais ordinairement n'abuse pas de son autorité. Les femmes ne sortent guère de la maison, surtout en pays ionien; mais elles y sont honorées et écoutées. Les esclaves sont bien traités ; ils appartiennent à la famille, prennent part à ses fêtes domestiques, y jouent le rôle d'enfants jamais majeurs. D'ailleurs le maître ne s'attarde guère au logis ; il n'y rentre que pour manger et dormir ; il vit sur la place publique, dans son échoppe ou sur son champ.
Un Grec n'aurait rien compris aux habitudes modernes, à l'isolement égoïste des individus ou des familles. Il ne sait pas vivre à part des hommes de son quartier, de son canton,
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do sa confrérie, de sa tribu, de sa cilé, de sa raco. Il jouit d'nntaiit ]ihis tic rexislence qu'il appartient et se mêle à plus de i^i'DUitos sociaux. Il reste dans une communication incessante avec autrui. Il parle bien et se passionne j)0ur la jiarole, qui lui permet d'entrer dans la pensée ou les affaires du voisin. Il aime tous les endroits qu'anime le brouhaha de la foule, le marché, les assemblées politiques, les jurys populaires, les portiques, les cours des temples. A défaut d'un ami, il interpelle le premier venu, pour le plaisir d'observer une âme, de remuer les idées et les mots. Il n'a point de fausse timidité en face d'un magistrat, d'un riche ou d'un noble. Il peut les respecter, les envier; pourtant il leur parle en égal. Il n'admet pas de barrières infranchissables entre les classes sociales. Mémo dans les aristocraties les plus étroites, la différence des conditions et des droits n'empêche pas les relations familières entre les individus. Un portefaix, un esclave, ne se gêneront pas pour causer politique avec Périclès ou un roi de Sparte. Jamais peuple n'a plus complètement réalisé dans les mœurs l'idéal démocratique.
C'est que chez les Grecs la nature, plus que l'éducation, formait l'individu. On ne s'enfermait pas entièrement dans la pratique d'un métier. Les arts n'étaient pas un' produit artificiel, importé de l'étranger. Ils étaient nés dans le pays môme, s'étaient développés peu à peu par une série de perfectionnements. Un artiste n'était qu'un artisan plus habile. Aussi tout Hellène, avec le bon sens, la finesse, l'universelle curiosité qu'il tenait de la nature, avait des lueurs de toutes choses. Le dernier des matelots et des paysans avait l'instinct de la poésie et de l'art. 11 en raisonnait à sa façon. Il devinait en partie ce qu'il ne connaissait pas dans les règles. II goûtait un drame de Sophocle ou une ode de Pindare. Entre l'intelligence naturelle d'un ouvrier ignorant et l'esprit affiné d'un grand poète ou d'un grand artiste, il n'y avait qu'une différence de degré. Si les gens des diverses classes se mêlaient si bien et se com-
prenaient si aisément, c'est qu'ils s'entendaient toujours à demi mot et pouvaient deviser de tout.
Ce qui frappe surtout, c'est la simplicité de l'existence chez les Grecs. Paysan ou citadin, marchand ou artiste, on vit en plein air, tout près de la nature. On se garde sans effort des excès de tout genre. Par un bienfait du climat, on est sobre, mesuré. On n'a qu'une passion très vive, une impatiente curiosité. On aime sans doute l'argent et le gain, mais on n'y sacrifie pas tout. Comme 6n a peu de besoins, on prend le temps de jouir de la vie. La journée du plus humble a un air de gaieté. Homme privé ou magistrat, chacun se sait responsable de ses actes ; mais on y garde toujours le naturel et l'aisance. Le rôle de l'individu est déterminé par la place qu'il tient dans sa famille, dans son canton, dans sa tribu, dans sa cité. Par delà sa patrie, chacun aperçoit encore une autre patrie plus vaste, l'ensemble des pays où l'on parle grec. On s'intéresse à tout ce qui se passe dans le monde hellénique. Surtout aux grands jeux, en face des barbares, on est fier d'appartenir à une race privilégiée entre toutes.
Ainsi, la vie d'un Grec est faite de bon sens, de laisseraller, de modération et de belle humeur, d'obligations civiques et de liberté personnelle, de sociabihté, de longues flâneries sous les portiques de l'agora ou sur les places, de pratiques religieuses au foyer domestique et dans les temples, d'incessantes causeries, de curiosité pour les affaires du voisin, pour les nouvelles des pays lointains, pour les choses de la science et de l'art. Cultivateur ou marchand, marin ou soldat, prêtre ou magistrat, écrivain ou artiste, l'Hellène est partout le même. Les traits de la race se reconnaissent toujours dans la diversité des conditions et des aptitudes individuelles, chez les paisibles populations de la campagne, dans les bandes de pèlerins ou de touristes, de marchands ou de matelots qu'entraîne au loin la mobile fantaisie de leur dévotion ou de leur
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iiéjîocc, enfin dans les g:randes villes où se développent, se précisent et s'alTnient les ambitions et les instincts.
§ l'^ A la (mnpagnr. — l.a cité était le centre politique des habitants d'une région. Mais la plus grande partie de la population, vivant de la culture et de l'élevage, continuait de séjourner à la campagne, dans des villages et des bourgs. C'était le mode trcxistence presque unique dans les contrées les plus fertiles, comme la Messénie, la Laconie, l'Arcadie, la ïhessalie ou l'Eubée. En Elide, l'aristocratie se cantonnait si bien aux champs, que dans beaucoup de familles on restait plusieurs générations sans gagner la ville. On peut se tigurer assez bien ces hobereaux, tout à la culture, à la pèche et à la chasse, d'après l'existence que mena près de là Xénophon dans sa propriété de Scillonte. Même en Attique, la majorité des citoyens demeurait dans les dèmcs ruraux. Au temps de Thucydide et d'Aristophane, la vieille noblesse du pays vivait toujours sur ses terres. Elle s'y faisait construire des villas, analogues aux belles maisons de ville, mais plus vastes et plus somptueuses, entourées de jardins, de cours et de fermes. Elle s'y trouvait si bien qu'on lui reprochait de ne pas daigner se déranger pour assister aux assemblées politiques et aux grandes fêtes d'Athènes.
La maison des paysans grecs était des plus simples. Jusqu'au temps de l'empire romain, elle est demeurée pareille à elle-même. C'était une cabane rectangulaire, tout en longueur, avec un toit de chaume. Elle se partageait en trois sections parallèles. A droite et à gauche, les étables, les écuries, qui communiquent avec l'intérieur du logis. Au centre, l'aire, la grande salle. Dans les habitations les plus pauvres, l'aire sert à la fois de cuisine, de chambre à coucher pour toute la famille. Dans les demeures moins misérables, on dispose trois pièces le long du mur qui fait face à la porte d'entrée. C'est une exédra, salle de travail et de réunion, flanquée de
deux chambres à coucher. Le foyer est placé dans l'axe longitudinal de la salle, près de l'exédra. Devant le foyer, le four. Au-dessus des pièces du fond et des stalles latérales courent des greniers et des celliers. La lumière n'arrive que par la porte. La fumée remplit la maison, améliore le vin et s'en va comme elle peut. Toutes les parties de l'habitation sont comprises sous le même toit, un toit de chaume à deux rampants, en forme de fronton, qui repose sur des poutres transversales avec une saillie extérieure ; la pente en est si douce qu'en été on y place des cruches de vin pour les faire chauffer au soleil. Au milieu des logis de paysans et de fermiers se montre souvent une riche habitation de noble ou de grand propriétaire : c'est une maison à péristyle, construite à la mode de la ville, mais plus spacieuse et décorée avec plus de luxe. Cabanes et demeures bourgeoises sont jetées, un peu pêle-mêle, au bord d'un torrent, ou dans une plaine,
le plus souvent sur la pente d'une colline qu'escaladent péniblement des chemins tortueux, creusés dans le roc.
Les campagnards s'habillent de peaux tannées ou d'un gros vêtement de laine. Ils se coiffent d'un ample bonnet, tout hérissé de poils. Les cultivateurs aisés se distinguent par leur chiton à manche. Les élégants du village se drapent dans un himation.
On se nourrit surtout avec la maza, le plat national des Grecs. C'est une bouillie composée de farine d'orge qu'on délaye dans l'eau, quelquefois dans l'huile et le vin. La maza était le pain des Grecs. Joignez-y de l'ail, du fromage, quelques" légumes grossiers, des olives, des figues, de l'eau fraîche, du lait de chèvre ou de brebis, et vous aurez le menu ordinaire
Grec en tenue de chasse.
I,.\ (iliKCl'! AVANT ALHXANDHl':
d'une Inblo de paysans. En Laconic, on aimo le broud noir, un mois façonné avec la graisse de porc assaisonnée de sel el de vinaigre. Les jours de fête, on se régale de vin et de viande. On se groupe au pied d'un roc, piès d'une source; on amène un agneau ou un chevreau vivant; on l'égorgé au moment de se mettre à table ; on l'embroche devant les convives, qui en admirent les tons dorés et le parfum; puis on le sert tout entier, enguirlandé de feuilles et de (leurs, pendant que circule à la ronde une jatte de vin ou de lait.
L'élevage, la culture de l'orge, du figuier, de l'olivier ou de la vigne, voilà la principale occupation du campagnard.
Dans le voisinage des côtes, on quitte tout pour la pêche, quand les guetteurs, du haut de leurs tours, signalent l'arrivée des thons. Les propriétaires ne rêvent que chasse. Souvent en hiver on organise une grande battue. Outre le menu gibier, cailles, lièvres et perdrix rouges, on rencontre des chacals, des sangliers, des cerfs, des chevreuils, même des ours et des lions. Au retour, les chasseurs offrent à Artémis une partie de leur butin, d'abord la peau, les pieds et la corne, puis une portion bonne à manger dont bénéficient les prêtres. Le reste alimente de plantureux banquets.
Souvent aussi les affaires appellent le campagnard à la ville. Il se met en route de bon matin, sur un cheval, un mulet ou un âne, surtout à pied. Il va droit au marché, interpelle bruyamment les amis et connaissances, court de boutique en boutique, se querelle avec les marchands. Il n'est pas rare