‹ La Grèce avant Alexandre; étude sur la société grecque du 6e au 4e siècleChapitre 9 sur 46 · I. \ i.iii.i.h Av \\ 1 ALi;\.\M)i{i · texte numérisé non relu

I. \ i.iii.i.h Av \\ 1 ALi;\.\M)i{i

Au imlit 11 (If ces céroiuoiiieti, où se pressaienl l'ùlc ;i côlc des {^eiis de Imil pays, se d(5gaji-eail l'idée» d'une relifîion nationale. (aM'Iaincs divinilés ('laicnl ;i(lor(''cs de loulc la (Irccc.

l'jlles pcrsonniliaienl les principales forces nalnl'clU's cL avaient commencé k se dessiner dans l'imaf^inalion des populations primitives. Les diversestribusdans leurs migrations n'oublièrent point ces premiers dieux de la race.

Au contraire, chaque peuple les rattacha plus étroitement à sa fortnne particulière par différents qualificatifs, et l'on compta autant de Zeus ou d'Apollons que de cités. Mais dans la diversité des épithètes se reconnaissait toujours l'unité de la personne divine. Les poèmes homériques précisèrent à ce sujet les idées confuses des foules. Dès lors les grands dieux de la Grèce se présentèrent sous deux aspects opposés : d'une part, on les considérait comme les protecteurs spéciaux d'une ville, d'une contrée,

Zeus sur son trône.

(Peinture murale à Kleusis.''

OÙ ils possédaient des sanctuaires indépendants et recevaient un culte officiel; d'autre part, on se les figurait dominant les querelles des cités, présidant aux destinées de tout le monde hellénique, groupés autour de Zeus sur les cimes neigeuses de l'Olympe, la montagne sacrée autour de laquelle avaient naguère vécu ensemble la plupart des tribus. Ainsi put naître en Grèce une religion nationale, supérieure à tous les cultes locaux, rendue sensible à tous les yeux dans l'enceinte d'Olympie ou celle de Delphes. L'oracle de Dodone à l'époque héroïque, l'oracle d'Apollon pythiendu ix^ au vf siècle, aidèrent beaucoup les diverses populations à découvrir le lien secret qui d'un pays à l'autre unissait les divinités, et par là conquirent peu à peu aux grands dieux, en dépit des rivalités de villes ou de provinces, les hommages de tous les Hellènes. En môme temps, du chaos polythéiste se dégageait une sorte de monothéisme instinctif. Dodone, Olympie et ^^émée contribuèrent beaucoup à assurer dans le panthéon hellénique la suprématie et la toute puissance de Zeus. Et tous les grands sanctuaires ont donné aux Grecs le sentiment de leur commune origine et de leur parenté.

Ainsi, la rehgion, que l'on trouve à la base de toutes les institutions sociales de la Grèce, fournit aussi l'un des éléments principaux de la nationaUté hellénique. Tous les groupes d'individus ou d'États ont eu pour lien et pour symbole des cultes communs. Dans ces cultes on signale aisément bien des pratiques bizarres. Pourtant l'on ne peut s'empêcher d'y reconnaître la preuve d'un sentiment élevé. On juge de la valeur d'une religion, soit par l'action morale qu'elle exerce sur un peuple, soit par les œuvres d'art qu'elle inspire. A ce double titre la Grèce doit beaucoup à ses dieux : elle leur doit son organisation politique ou sociale, comme les chefs-d'œuvre de tout genre où revit son génie.

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CIIAPITHK 11

LA PROPRIETEi

La propriôU' a chez les Grecs une double origine : la religion et le droit du travail.

L'idée religieuse, toute -puissante dans les premiers sièeles, explique les caractères de la propriété foncière, longtemps inséparable du culte, par conséquent réservée aux personnes qui avaient part aux cultes de la famille, de la tribu, de la cité.

Le droit du travail, vaguement entrevu à l'origine, se précise de plus eu plus à l'époque historique. Cette conception nouvelle modifie peu à peu les conditions légales de la propriété foncière. En même temps, le droit du travail devient le principe unique d'un autre mode de propriété, où n'intervient pas la religion. La loi reconnaît à tout homme libre, même à l'étranger ou l'affranchi, la possession et l'entière disposition de ce qu'il a fait ou produit. C'est l'origine de la propriété mobilière, par suite, de l'industrie et du commerce.

§ 1". La propriété foncière- . — Chez les Grecs, la propriété immobilière est une conséquence de leur religion. Ou prend

1. Bœckh, D/e Staatsliaushaltung der Athener, 1851; Biichsenschûtz, /?csi7z M?id Erwerb in griech. Alterthum, 1869; Fustel de Coulanges, la Cité antique; Thalheini, Die griechischen Bcchfsalterlhihner, 1884; Bliimncr, Die griechisclv'n Privatalterthiimer, 1882: Dareste, Haussoullier et Th. Rcinach, Becueil des inscriptions juridiques grecques, 1891 ; Fustel de Coulanges, la Propriété chez les Grecs, dans les Nouvelles recherches sur quelques problèmes d'histoire, etc.

2. Re3'Dier, De l'économie publique et rurale des Grecs, 1825; Rougier, Histoire de l'agriculture chez les Grecs, 1830; Wiskemann, Die Antike Landwirthschaft, 18.59; Oemler, Die Antike Landwirthschaft, 1872; Fustel de Coulanges, le Droit de propriété à Sparte, i^SO ; Caillemer, le Crédit foncier à Athènes. 1860; le Contrat de vente à Athènes, 1870.

possession d'un terrain en y établissant son foyer, ses divinités domestiques, le tombeau des ancêtres. Le culte est la raison d'être du domaine. En Attique, par exemple, l'entretien des autels et de la sépulture de famille est toujours imposé au nouveau propriétaire, à l'héritier par les lois de succession, à l'acheteur par le contrat de ventée Seul, le citoyen peut posséder la terre, parce que seul il a part au culte. Quand une tribu s'empare d'un pays, on assigne à chaque famille un lot (xXïîpoç), qui devient à jamais son patrimoine. Ce domaine appartient, non pas à un individu, mais au YEvoç entier, à ses membres passés, présents et à venir. Aussi le patrimoine est-il inaliénable. La vente en est interdite par des lois formelles à Sparte, à Locres, à Thèbes, à Argos. En Attique, Solon frappe de l'atimie tout citoyen qui cède sa terre. De même, le patrimoine est anciennement indivisible. Toujours à Sparte, à Thèbes, à Corinthe, on voit subsister le droit d'aî-

Hermès, dieu de la propriété.

(Peinture de va?e.)

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