NAVARIN
la montagne. Je fus environ trois quai'ts d*heure à monter Ce châteaa crénelé a une double enceinte. Deux tours rondes de construction turque terminent les deux poinles de renceînte du côté de la grande mer et du côté de la passe. Sur la porte qui est debout était placée une vaste tour carrée dont un des côtés est écroulé. Au-dessus de la porte on voit encore les meurtrières qui se trouvent dans tous nos vieux châteaux. L'intérieur de Tenceinte est très-vaste, et on y trouve de grandes citernes. L'enceinte extérieure forme le véritable château : il est tout entier en ruines ; mais on y retrouve d'immenses citernes et un puits. L'ensemble intérieur a beaucoup de ressemblance avec le palazzo Capuano à Naples, excepté que les murs vont en s'ar«roudissant le long de la pente de la montagne.
Tonte cette enceinte extérieure conserve encore ses créneaux d'un côté. Près du rocher, qui s'avance le long du petit port, on retrouve plusieurs assises de pierre helléni* ques qui semblent appartenir à l'acropolis de l'ancienne Pylos, et au milieu de l'enceinte intérieure est une ouverture qui donne sur la grotte connue dans le pays sons le nom de grotte de Nestor.
Je restai long-temps à faire le tour du chemin de ronde, qui est encore, ainsi que plusieurs tours carrées de l'intérieur, un reste de la fortification de Nicolas de Saint- Omer; puis, par un véritable chemin de chèvres, conduit par un matelot du liménarque , j'arrivai du côté de la grotte de Nestor. Elle est placée très-haut sur le rocher vis-à-vis le petit port et comme en face de l'tle de Proti , que l'on découvre à merveille du haut du château franc réparé par les Turcs et complètement abandonné maintenant. Cette grotte est dans le rocher même et ressemble beaucoup an trésor d'Agamemnon à Mycènes. Elle est arrondie en cône vers le haut , et tout en haut on aperçoit le jour par cette ouverture qui communique avec le château. La dimension m'a semblé à peu près celle de la grotte d*arar à Capri. Beaucoup de palombes y^ont fait leur nid ;
4t)9 GaÈCE CONTIIfMTAU ET MOREE.
et 8'enfuyaient à notre approche. La Tille de Neitor , si c'est bien là Pylos , se trouvait en face de la haole mer et de la passe , et on retrouve encore , au milieu des broussallles et des champs , des traces considérables de bftii-^ menis et de toiles antiques. Elle était placée sur le versant qui desoend du côté de la hauteur et non do côté de la rade. La petite passe de Sika devait suffire en effet à la marine d'alors. Elle est assez étroite pour avoir pu être aisément défendue. Aujourd'hui que la grande passe peut servir, il convenait mieux de bfttir dans Tintérieur et an fond de la inde, ainsi que l'ont fait les Vénitiens à Neo*Castro.
J'allai k mon retour visiter leur chftteau» Lés Pra&çais y ont fait des travaut considérables» une grande caserne « une vaste prison pour les détenus » et on en a bit mie place très^forte* Au moment où tout étaîl terminé , une poudrière en sautant ayant entraîné les mors des priaooa* la veille même du départ arrêté , et ayant blessé plusieurs soldats, le départ fut contremandé; les Français restèrent et reçurent ordre de mettre la dtadelle en étal. Ils y dépensèrent beaucoup d'argent ; mais jamais argent ne fut mieux placé que celui que nous avons dépensé pour la Grèce : nous avons laissé là de nobles souveinrs. La ciudelle , la route et la ville entière sont notre ouvrage ; et par-dessus tout, le payé nottsdoity avec sa liberté, les facilités données à son premier établissement par l'argent que dépensait notre armée et par le bon exemple qu'elle drânait. Quand les Français arrivèrent il n'y avait que deux ou trois maisotis : aujourd'hui Navarin est une petite ville. Les Français ont fait une place publique et une fontaine « et assigné un pian aux rues^ Ce qu'on a conservé d'eux depuis leur départ , c'est une grande propreté qui distingue Neo- Gastro parmi les villes de la Grèce. Il y avait alors des restaurateurs. J'eus grand'peine à en trouver un» nommé Kléber, qui est devenu amoureux icii et y esl resié après l'eipifation de son temps de service de pontonoieri 11 a danile ot-t un petit établissement où il donne à dînm* 9M offiei^afi;
MESO-KHOBI. 40S
et8*il était un pea encouragé, il pourrait tenir ane auberge telle quelle, et aTOir un ou deux lita que les étrangers seraient trop heureux de trouver , daus rimpossibilité cornf^ète où on est de se loger en Qrèee sans incoaiinoder lea amis de ses amis.
Après mon dîner chea Klébek*, j'allai voir quelques-uns des travaux faits par les Français è la place , et rentrai pour monter à cheval avec le colonel Oikonomi jusqu'à Meso^Khori. C'est un village situé dans la montagne^ è une lieu de Neo^astro. Ou quitte la route de Alodon k nioitié i^hemifi » et en montant à gauche on arrive dans une vaste plaine fi^s^élevée» mais lrès*bien cultivée. U y existe plu-r sieurs ruines d'églises qui prouvent que là. a été autrefois nne viUe considérable. La vue y est fort belle. La monta* gne placée en face se présente d'une manière fort ^tto^ resque. On aperçut toute la rade de Navarin , l^ile de Sphacterie , et au delà la bau(e mer et Tije de Proti. Le apectacle du combat de Navarin devait être fort imposant TU de cet endroit.
Ge plateau est très-iértlle et très-bien défendu par sa «tnation sur la montagne. £n haut de ce rocher la plaine s'étend an loin , et les villageois en ont pris le plus grand soin. Je les trouvai occupés à battre le blé * et ils me direa^ qu'ils trouvaient très«fréquemment dans les champs des moa- Bsies légères, larges c<Hnme deux lepta, mais plus minces, avec une croix d'un côté et une sorte de clocher de l'autre , ce qui répond parfaitement aux deniers tournois des princes de Morée. Je visiuû deux des églises. L'une est byzantine et fort ancienne i l'autre, byzantine aussi, a été construite sur l'emplacement d'un ancien temple, et on y reconnaît beaucoup de pierres helléniques» Je rentrai à sept heures et demie, et allai me reposer sur une chaise longue chez le gouver^ neor de la province, U* Capsali de Missolonghi.
Dès quatre heures du matin j'étais à cheval pour arriver i Areadia » qui est à onze heures de Neo-Gastro. La route tourne antour dç la rade. Jusqu'à Qargaliano le pays n'est
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pas fort beaa ; mais une lieue avant d'arriver à Gargaliano, c'est-à-dire à trois heures deNeo-Casiro , le pays devient magniGque ; la culture est superbe ; on voyage entre deux belles baies de myrtes en fleurs et toute la campagne est on véritable bois d*oliviers. En s'approchant de Philialra , le pays devient encore magnifique; les oliviers sont verts, immenses, et rapportent de 6 à 12 drachmes ; les mûriers, les citronniers forment une véritable forêt ; les raisins de Corinthe commencent à mûrir. Je fus trop heureux pendant neuf heures de route à jeun de trouver un raisin noir dans une vigne de deux ans de pousse ; il était doux et fort bon. A quelques pas de là , un homme du pays , apprenant que J'étais Français , vint poliment m'offrir une belle gra{^ de raisin de Corinthe. La politesse des Grecs envers tout autre qu'un Bavarois est ici dans les mœurs de tous ; on vous accueille avec bonne grâce , et les Grecs cherchent à vous rendre service. Après avoir passé le petit port d'Hagî-Kiriaki, où on construit des embarcations, mais où il n*y a pas encore de village , j*arrivai à Philiatra, petite ville fort propre , placée au milieu de bois ravissants d'arbres de toute espèce. Là , un marchand de faïence m'ofihrit sa maison ; et on alla complaisamment me chercher tou^ ce dont j'avais besoin , et sans vouloir autre chose que le prix modique que ces objets auraient coûté à un homme du pays qui se fit un plaisir de faire mes approvisionnements. Les Grecs du peuple ont une honnêteté et une politesse naturelle dont le gouvernement eût pu tirer le plus grand parti, ainsi que de tontes leurs habitudes locales. Conçoit-on que , dès son premier établissement en Grèce, la régence, composée de Bavarois qui ne connaissaient ni la langue ni les usages du pays que les hautes puissances lui avaient livré à gouverner, ne se soient pas fait un devoir de recueilfir les coutumes locales relatives à l'irrigation , aux forêts , aux pâtures , et à tous les détails de la vie agricole et mu^ nicipale, coutumes si bien connues de tous les Grecs, si bien jugées par leurs asseniblées locales , et qui peut*être
PHIilATRATAECADlA. 465
se sont conservées depuis les temps les pins anciens des répabliqaes grecques? La Grèce et les Grecs, voilà ce dont les régents bavarois semblent s*être souciés le moins. Le jeune roi , qui leur a succédé à sa majorité , a montré les dispositions les plus bienveillantes en faveur d*un peuple qu*il aime et dont il a toujours été aimé ; mais jus* cju'ici , malgré son zèle à étudier toutes les affaires dans leurs moindres détails, malgré la patiente résignation avec laquelle les Grecs, que l'on prétendait si turbulents , attendent sans se plaindre , mais non sans oublier ce qui leur est dû, tout est encore à faire, et une organisation poli* tique conforme aux vœux du pays, à ses usages et à son intelligence tardera peut-être jusqu'à lasser leur patience. La route de Philiatra à Arcadia continue à être magni* fique; ici il n*y a pas de terres du gouvernement, et tout appartient aux particuliers. Gomme c'était iin pays de plaines , ils ont pu moins aisément se mêler aux révoltes contre les Turcs, et ils avaient été frappés de moins de confiscations. Aussi tout est-il couvert d'arbres de la végé« tation la plus belle, entre la mer et la montagne. On a toujours la mer en présence , et de loin on aperçoit les îles de Zante et de Géphalonie. Près de la mer apparaît dans la situation la plus pittoresque le Castro d' Arcadia, et séparé du Castro, sur la droite en s'approcbant des montagnes, et sur leur versant, la jolie ville d' Arcadia. Je m'arrêtai en y montant pour voir les ruines de deux églises anciennes : l'une byzantine et l'autre certainement franque, avec des arcades et une porte ouverte sur la mer et sur l'occident. Le temps était superbe : une douce brise apportait de la fraîcheur, et je n'ai pas senti un instant l'incommodité de cette longue route. J'arrivai à Arcadia à sept heures et allai me loger chez M. Panagioti Papa-Athanasopoulos, pour lequel j'avais une lettre de M. Delyanni.
La maison de M. Athanasopoulos, gendre du dimarque, est située en haut de la ville et commande une fort belle vue sur la mer. En ouvrant ma fenêtre le matin je pus jonir
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de cette me et de celle du castra sîtaé aanlessons de moi , car la Tîlle actaelle est plus haute que le cbitean ; c'est Doe ville tout Donvellement bâtie , les Turcs ayant tout brûlé. J*allai voir une église ancienne an centre de la Tille. Elle est aussi du temps des Francs , à en juger par son architecture; mais les Turcs en ayant brûlé one partie, qui est celle du cOté de la porte , on n*y trouve plus aucune trace de la construction primitive de ce côté. De là j'allai au Castro, où Je reconnus quatre époques bien marquées :
l^ Des assises helléniques encore conservées, du cûté d'un petit village derrière la montagne, et à la porte d*ea« :tée , où était une tour carrée ; on en découvre également des fragments I l'eitérieur» çli et là , surtout dans une tour carrée qui est évidemment de l'époque franque.
2* Une tour octogonale byzantine ancienne, à fenêtres car* rées de forme antique et 1 assises beaucoup nmins considérables , mais assez bien posées pour être anciennes t il n'y a pas de tuiles mêlées à la pierre. Elle eiit placée du côté de la ville , et est la dernière des tours du château.
3* Une tour carrée de Tépoque franque : on y retrouve beaucoup de pierres helléniques, et dans un des coins plusieurs assises qui appartiennent probablement à l'an*cienne tour hellénique , sur la base de laquelle les Francs avaient construit la leur. La porte est, comme d'ordinaire, en l'air, parce qu'on y parvenait par un pont-levis qu'on retirait ensuite.
II? Doux tours de construction torqoe et des murs cr6« nelés par eux.
Arcadia était une des douxe places fortes de Morée en 1205. Elle fut donnée avec Calamata à Geoffrol de Ville-' Hardoin par Guillaume de Champ-Litte ^ L'armée fran^ que, en passant de Fatras à Modon, s'empara de force de la ville ; mais elle attendait , pour attaquer le château , les navires vénitiens qui sans doute transportaient les ma-
» Voy. Chron. de Moiée.,'^, 31 et 46.
C0BISTIANO. 467
ehines de guerre ; car ils ne pouvaient les aider autrement , attendu que le château est à un quart de lieue de la mer , qu*au bas est une plaine qui s'étend jusqu'à la mer, et que les vaisseaux ne pouvaient lui porter dommage autrement qu'en transportant les machines. 11 n'y a pas de grand port, mais un fort petit port s'étend au delà de la ville sur la route de Pyrgos, Arcadia fut ensuite donnée à Vilain d'Aunoy, sans doute par Guillaume de Ville-ilardoin , lorsque Vilain d'Aunoy quitta Constantinople en 1261 et se réfugia en Morée, C'était un Centurion de Gênes qui , en 1391» était seigneur d'Arcadifi et un des plus puissants seigneurs de Morée.
Arcadia était l'ancienne Kyparissia en Messénie. Au quinzième siècle la Aiessénie appartenait aux Slratégopule» Mélissène. Nicépbore Mélissène avait nommé Théodore Paléologue tuteur de sqq fils Mcolas. Celui-ci donna à son frère la Messénie , qui appartenait à son pupille , comme ti c'eût été sa propriété ^
A sept heuies nous montâmes à cheval, M. Athanasopoulos, M. Zaphiropoulos, dasonome (inspecteur des forêts) de la province, et moi, pour alleràChrisiiano, où je voulais voir une église dont on m'avait beaucoup parlé. La route traverse des sentiers boisés qu'on a peine à franchir , tant le bois croît avec vigueur. Chrisiiano est à trois heures d'Arcadia. L*église de Christiaoo est véritablement fort considérable et fort ancienne* Ou reconnaît un |grand nombre de pierres helléniques dans la construction • ce qui montrerait qu'il y avait là autrefois un temple païen. Près de l'église sont par terre deux colonnes de vert antique fort beau. L'église elle-même est byzantine , du onzième siècle probablement ; et le palais épiscopal semble avoir été annexé à l'église et avoir eu une chapelle adjointe à l'église. J'ai compté trente-deux pas de long sur viogt-deux de largei et cinquante-deux pas de long en allant jusqu'au
i Voyez Ptmrantzi, p. 131 et 133
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souterrain obscur qui formait partie d'une église adjointe au palais; c'est une des plus vastes églises que j'aie vaesen Grèce. Il est probable que c'était là le séjour des anciens évêques de Christianopolis , dont le séjour fut depuis transporté à Arcadia et qui continuèrent à porter le titre d'évêques de Christianopolis. Nous prîmes notre conaki chez le parédros du pays , car le cbeMieu de la commune est à Philiatra, et nous l'invitâmes à dîner avec nous. Les femmes sont comptées pour rien danslaciasse du peuple. Lesfemmesse lenaieut là dans une antre partie de la chambre , prêtes à faire ie service. L'une d'elles était grande , svehe et bien faite , et elle marchait avec la distinction des personnes les plus qualifiées. On retrouve encore parfois en Grèce de ces formes qui vous révèlent la statue antique. A Messène , près de la fontaine Arsinoé , j'ai vu une paysanne de Mavromati qui portait une large coiffure blanche et qui , par sa tenue , sa coiffure et son péplum , semblait une belle statue de déesse descendue de son piédestal. £n revenant de Christiano à Arcadia, nous nous égarâmes quelques instants dans le fourré. Pour nous tirer d'affaire, M. Zaphlropoulos, qui est un des cinq dasonomes grecs sur les trente ou trente-cinq de la Grèce , car les autres sont bavarois, monta sur un tertre que son cheval, bien qu'habitué à cet exercice, eut grand'peine à franchir. Il y avait un trou que mon cheval et moi ne vîmes pas; mon cheval tomba sur le côlé et moi dans le fourré , mais sans blessure. En voulant se relever il trébucha encore, et, cette fois, tomba sur mes jambes. Fort heureusement il y avait là des bf anches qui amortirent le coup, et je pus le repousser avec une jambe que je dégageai ; j'en fus quitte pour une légère foulure qui m'empêcha de marcher quelques jours. Ce serait une chose assez fâcheuse que d'avoir les jambes cassées au milieu des forêts grecques, et surtout dans cette pauvre contrée de Morée destituée de tout secours médical. Remontés à cheval nous pressâmes le pas de nos chevaux , et en deux heures nous arrivâmes à Arcadia. La situation de cctle
SIDERO-CASTRO. 469
ville me plaît beaucoup ; ses maisons sont toutes nouvelles.
:e:ii brûlant partout, les Turcs ont, par hasard, oublié de
l>rûler les oliviers et les jardins qui sont un des ornements
An pays. La plupart sont plantés sur des terrains nationaux
et loués si cher qu'il y en a quelques-uns complètement
^abandonnés; le gouTerncment n'a pas voulu les vendre à un
prix modéré , mais seulement les affermer pour dix ans :
âéplorable calcul qui entretient ce pays dans la misère et
l'abandon I
><taite