‹ La Grèce continentale et la MoréeChapitre 59 sur 68 · XXV · texte numérisé non relu

XXV

SIDERO-CASTRO. — PAVLITZA. — PHIGALÉE.

BASSjE. — ANDRITZENA.— LAVDA.

A cinq heures du matin je quittai Arcadia pour Sidero- Castro. La route tourne autour du château, au bas d'un petit village situé sur l'autre versant d'Arcadia qui est privé de soleil la plus grande partie de la journée. J'avais pris un gendarme pour guide, et nous arrivâmes après trois heures de fort mauvais chemins à Sidero-Gastro. Le village est situé tout en haut de la montagne et les maisons sont dispersées çà et là autour des rochers. Ma chute de la veille m'empêcha de monter sur le haut de la montagne qui domine le village et sur la cime de laquelle sont les rui< nés d'un château-fort à petites pierres sèches, comme celui d'Angelo-Castro. Ce genre de construction a devancé l'occupation des Francs. Je pris quelques heures de repos à Sidero-Castro et m'acheminai, par une route rocailleuse, vers le village de Pavlitza , qui est placé au milieu des ruines de Tantique Phigalée.

Depuis le village de Kara-Mouslapha , situé sur une montagne, jusqu'à Gallitzena , on descend par un magnifi-

que ravin reTéta des plus grands cbône8,€t qui va toujours en se resserrant ; c'est dans ce ravin et le long de ces montagnes que beaucoup de Grecs cherchèrent un asile contre les cruautés d'Uirahim. Les montagnes sont partout revêtues des plus be^nx chêne» et platanes, et au fond d'im vaste précipice coule , entre deux bords profond», le torrent de la Neda. Les deux immenses escarpeaienu de s^ deux rives sont kpeinp praticables, et cependant, sur toutes les pentes, des champs de maïs entrecoupent les forêts et les rochers ; là où on ne croirait pas que l'homme puiisse arriver, on aper^it des champs récemment moissonnés. Cette gorge étroite est d*un fort bel effet dans sa sauvagerie; en arrivant près de Pavlitza la montagne devient plus aride. L'effet de la vallée profonde de Phigalée et de ses vieilles ruines au clair de lune est tout à fait majestueux.

Je passai ce qui me restait de jour et une partie de la soirée à parcourir à cheval au clair de lune une partie des ruines de cette grande ville. Il y avait pour moi quelque chose de solennel dans cette première visite faite pendant le silence de la nuit à une ruine glorieuse. Ce sont partout de vastes pierres à peine taillées, et les murs sont d'une épaisseur de six à sept pieds. Us se prolongent sur toutes les crêtes de la montagne jusqu'au-dessus du village de Gaiditza et tout en haut d'un ravin profond où coule un toiTent

De bonne heure, me sentant un peu mieux de ma jambe, je montai de Pavlitza à l'enceinte des murs de Phigalée. Je ne pus trouver aucune des portes anciennes, qui sont toutes ruinées; mais je retrouvai une sorte de poterne en pierres helléniques ressemblant beaucoqp à la porte d'Arpino. Les murailles antiques se prolongent pendant plus de deux heures le long des crête^ de la montagne. L'accopolis est tput k fait sur le haut et contient deux petites chapelles copstruites sur des fondements d'anciens teo^ples : Tune, dédiée à saint Éloi ; l'autre à la Panagia. Une tour ronde était s)jr l'acropoli^; elle a été conservée eu pactie et eo parfi e rQponstriiJte «iM rooyçn âg.c des fragincpls 4§ pione

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troovés sur le lieo^ et sans mortier, isàns doute pour faire uae tour de signant. Le long dès murs 6n ajierçoit quelques restes de tburë carrées qui fo)*ment un deml-cèrcle extérieur appuyé sur le mpr.

£n \oyaitt ces vastes ruines oïl se demande comment leS peuples anciens pouvfiiient faire d'aussi énormes frais qud ceux qu*etigeait la construction de villes semblables. Ces pierres ont été appot-tés d*ailieuri$ , car elles nbsont pas dd la même nature que les rochers de.Pavlitzav et paHout ea Grèce dans les lieux les plus âpres; au sommet quelque^* fois des plus hautes montagnes , on trouve d*imfcnehseé coDstrdctibns de temples bâtis avec des marbrés et de vastes assises de pierres apportés Souvent de lieux fort éloi-^ gnés. Tous semblaient lutter à l'envi pour orner lénr ville: Chaque Grec avait un attacheroeut {profond non-teule-^ ment pour sa patrie politique i mais pour sa patrie munir cîpale, qui est comme une exiension de la famille. Ob était toujours prêt à des sacrifices pel'sonnels pour la dé-* fendre et Tembellir ; et souvent les dieuic locaux étaiedi plus respectés que les grands dieux. Ce même attachement à la patrie locale est aussi le caractère distinctif des Grecs ac«t tuels: c*est là peut-être ce qui, avec la religiob, a prot^é si efiScacement leur nationalité contre les Turcs, chez lesquels ce sentiment de patrie n'existe nulle part. Chez les Grecs anciens c'est le dévouement de tous au bien et à la défense de la cité qui permettait d'éleyer de telles villes et de tels monuments , car Phigalée avait aussi ses templesw On retrouve cà et là des tronçons de colonnes cannelées près des ruines de ces édifices^ La vuq de là est vérilablement imposante ; dans le fond du ravin coule sans être tu le torrent de la Neda , et on aperçoit au loin Ithome et la mer du golfe d'Arc^die. De là on voit ans» remplacement du temple d'Apollon Épicuriçn à Bassœ. J'achetai quelques monnaies trouvées sur les lieux et montai à cheval pour me rendre à Bassx.

La route de Phigalée à Bassae passe par le village de Tra-

goL C'est une yéritable roate de montagne, aride et pierreuse. Trago! , située sur le penchant d'un ravin , offre des points de vue plus agréables ; on y parle albanais , ainsi que dans les villages voisins de Pougicadès , Mavromati , Soulima» Couvala« Ylacha, Ripesa, Psari, Petza, Lapi, Agvika, Steano, Cotzangra, Booga, Bodia, Badisova, Diata, Varibobi , Materi , Palomera , etc. , comme aussi à Phigalée. La population slave, beaucoup moins intelligente que la population grecque, semble s'être réfugiée dans ces montagnes à une époque fort ancienne et y avoir passé de la vie de pasteur à la vie d'agriculteur.

De Trago! à la montagne où se trouve le temple d'Apollon Épicurien , il n'y a qu'une demi-lieue. On traverse une belle forêt de vieux chênes, consacrés sans doute dans l'antiquité par des autels aux nymphes , et on rencontre deux fontaines; puis, quand on est arrivé presque au sommet de la montagne, tout à coup apparaît un temple antique parfaitement conservé. Les quatorze colonnes cannelées de chaque côté et les six des deux extrémités sont encore debout ; seulement deux des six qui formaient l'entrée du côté d'Arcadia et en face de la mer sont tombées à côté, ce sont celles des deux extrémités. L'intérieur du temple est aussi parfaitement conservé. Il se composait de trois parties : la partie du milieu a encore ses murs inférieurs de clôture ; les bases des colonnes intérieures sont debout ; 1 une d'elles est tout entière , mais fort ébranlée ; sans doute par quelque tremblement de terre qui aura agité tout le temple.

La seconde assise était taillée de manière à former le mur de l'intérieur et à présenter dans le vestibule un commencement de colonne engagée. Les autres assises supérieures avaient aussi une double destination : la clôture plate du mur et la continuation à l'extérieur de la colonne engagée. Ces colonnes sont composées du plus beau marbre de Paros. Des fouilles opérées il y a peu d'années ont fait 'découvrir la frise, qui est à Londres; elle offre le combat

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