GIRE
Mes diverses visites dans les couvents grecs m'avaient assez appris 1^ peu de fonds que l'on peut faire sur leurs archives et bibliothèques pour qu'il me restât encore quelques espérances à cet égard ; mais la réputation du couvent de Mega-spileon est si grande dans toute la Grèce , que je ne pouvais me dispenser d'aller le visiter : d'ailleurs j'avais à voir, tout près de là, la ville de Galavryta , où avait été établi un fi^ef et un château-fort donné à la maison de Tournay au temps de notre principauté. Je quittai donc Yostitza pour rentrer dans l'intérieur de la Morée.
Après avoir suivi le rivage pendant deux heures on arrive au pied d'une montagne couverte de pins au milieu desquels se trouvent les fondations d'un temple et d'une caterne sépulcrale; et un peu au delà une grotte d'Hercule , célèbre par les oracles qui s'y rendaient avec des dés. En continuant à monter, on aperçoit les restes de l'antique ville de Buro. Toute cette côte était peuplée de grandes villes dont h plupart ont été abîmées dans des tremblements de terre. Jusqu'en haut de cette montagne la vue est fort belle : les montagnes sont bien boisées et la mer
COUVENT DE HEGA-SPILEON. 533
est au-dessous de vous , terminée par les montagnes de Roumélie; maïs quand on a franchi ce sommet et qu*on arrive an centre même des montagnes on trouve un pays aride et inhabité. La vue s'embeliit peu jusqu'auprès de Mega-spileon ; toutefois une derai-lieue avant d'arriver au monastère, qui est comme plaqué en haut d'un roc droit et uni, l'eau du Bouraïkos, ou.torrent deCalavryta, amène un peu de verdure et de fécondité , et un vittage* est situé tout à fait au fond de ce ravin au milieu de terres culti- Tées avec soin. Je montai de là à pied jusqu'au couvent , en suivant le chemin au hasard et en m'écartant de la route construite par les moines, et je grimpai plutôt que je ne montai par un ravin où l'eau coule entre des jardins pota« grrs cultivés par chaque moine et enclos par des baies an treillages. Après une heure de fatigue pour passer d'un jardin à un autre et me frayer un chemin plus droit à travers les plantations qui garnissent le cours d'eau, j'arrivai enfin au couvent. C'est un amas de construc* tions sans goût , élevées les unes au-dessus des autres entre les vides du rocher. Au-dessus, le rocher s'élève encore de beaucoup; et tout en haut est une petite fortification à l'aide de laquelle les moines ont su se faire respecter des Turcs et empêcher Ibrahim même d'arriver jusqu'à eux. L'hégoumène Germanos m'accueillit avec politesse. J'aurais bien voulu voir sur-le-champ la bibliothèque ; mais on m'allégua des prétextes d'ajournement. Le moine qui avait la clef était aux champs ; on me la montrerait le lendemain. Par là les moines espéraient détourner mon attention de cette demande ; mais ils se trompaient. Pour le moment je mécontentai de visiter l'intérieur du couvent et de l'église. Cet intérieur est misérablement composé de mille escaliers obscurs de bois qui conduisent aux loges plutôt qu'aux chambres des moines plus obscures encore et fort malsaines. Cependant de fréquentes épidémies les ont forcés à songer à- leur santé , cl j'ai trouvé çà et là de grandes chambres avec des fenêtres larges et où
534 GRÈCE CeNTINfiNTALB BT MORSE.
Tair pénôlrc et circule avec auaiice* Cinq, six « hiiit moines couclienl dans chaque chambre : les petite moines couchent encore dans les anciens trous, sans y i*ecef oir d'autre jour que par une petite porte qui donna silr un étroit cou< loir obscur. On est confondu quand on compare ces misé* râbles niches et ces tnisérables constructions avec les belles chambres et les splendides corridors de la Gava et dû IVlont- Cassin I Comme les bénédictins savaient mieux choisir lears emplacements que les frères de Saint-Basiie ! L'institution de Saint- Basile ne peut étte utile que dani un pays pauvi*e que ronvettt mettre en cnlturd ; aujourd'hui^ que les moi* nés greok sont devenus les seuls grands propriétaires , sans s'élever i la hauteur d'idées que doit avoir un grand proprié« taire I IM n'ont plus guère de principe de viei J'ai cherché à mohtrer à l'bégoumène la nébeseité {k>ur lui d'embrassei" c« K^le dé grand propriétaire; si rflre dans son pays, en em«^ ployatot ses reveilus à faire des améliorittions agricblesi des essais de culture de pommes de terre ; en donnant enfin l'exemple aux paysans, en même temps qu'il ferait ouvrir par ses moines des écoles là où il n'y en avait pas; mais je l'ai trouvé beaucoup moibs disposé à songer au bien général que ne le sont l'hégouniènË dn couvent de Poursos ^i quelques-uns de se^ adlègues. Les bénédictins avaient commencé aussi par la culture de k terre s mais le ttatail de l'intelligence n'était pas hégligé^ et c'est par la science que cet ordre a continué à porter uti nom respectablei
On me conduisit enluite à l'église ^ dû je me fis montrer avec soin tous les tableaux y compris le fameut portrait de la Vierge et de l'Ënfaot Jésus attribué à saint Luc ; car le couvent se vante de posséder un des originaux de ce portrait. C'est un misérable bas-reliefde cire devenue noire^ La Vierge n'a pas de ft*ont et des yeux sont bridés à la chinoise( on voit que cette partie a dû être fondue par le feu« car il est impossible qu'oti ait jamais exécuté une à horrible fîguiT. Le bas de la figure est un p^u mieux* L'fiofant Jésua est au^ horriblement laid et tout nmn Ce bas^^relief
COUVENT HE ME6A-SPIl.E0Nt 535
doit être du huiiiôine ou ncuvièiqe siècle» c'eit-j^-dire uue époque où les arts élaieot tombés dans la dégradatioot Il doit être fort ancien , puisqu^ii est déjà mentionné dans d'anciens chrysobuHes dont un» je pense, est du on^* zièine siècle. La grandeur et la richesse du couvent actuel ne remontent guère que jusqu'à Jean Cantaouzène, au milieu du quatorzième siècle» Deux autres tiableaui ont attiré bien plus mon attention : Tun est un délicieux petit tableau italien, dedeux pieds et demi de hauteur sur uu pied et demi de largeur environ , qui représente Jésus-Christ portant sa croix. Oansle fond sont une foule de personnages parfaitement peints; au bas les saintes femmes, en haut des anges qui annoncent le triomphe du Christ et y président. Il y a là une couleur et un dessin tout raphaéliques ( mais malbeureu-» sèment ce tableau est placé dans un coin et caché sous uu voile » de telle manière que , pour bien voir les uns et les autreS) j*ai dû prétexter la faiblesse de ma vue et faire lever tous les voiles et ouvrir tous les vitraux qui les couvraient Un autre tableau de la Vierge, aussi à Thuile, est fort beau et sur un plus grand modèle ; maison en a malheureusement gâté l'effet en appliquant une couronne réelle d'argent doré sur la tête de la Vierge i et une autre sur la tête de Tfinfant « ainsi que je l'ai déjà vu pratiquer dans l'église métropolitaine à Zante, oe qui détruit toute l'harmonie de couleura qu'avait préparée le [nnceau du peintre«
Je soupai avec l'hégoumène « qui est dans les idées rus«< ses. Un maître d'écolê\ inspiré par le désir d'entrer dans ses idées , nous a assuré gravement que l'Angleterre allait soulever tous les fidèles contre ses agents i attendu que , pour détruire la religion grecque , elle envoie des hommes (sans songer que la plupart sont Américains) qui détruisent ou cherchent à détruire la religion grecque. A Athènes, ditil, l'ouvrage est presque consommé, et tous sont incrédule s et n'observent plus les carêmes. Le didascalos assura que le peuple se révolte contre cette idée, et en a conçu contre les Anglais une haine qui n'attend qu'une occasion pour éclater.
Un des moines vint me prendre le lendemain matin poar me conduire par tout le couvent. Il me montra les chapelles des saints et saintes qui protègent le couvent et l'ont fondé , entre antres sainte Ëaphrosine. Il compte même parmi ses fondateurs saint Panl , qui , me dît-il , est passé par là dans ses voyages et s'y est arrêté. Ce moine me conduisit ensuite dans la cave pour me faire voir les deux mirifiques tonneaux que Ton montre toujours aux voyageurs. Je Télonnai fort en lui disant que ses deux tonneaux étaient des enfants en comparaison de ceux que j'avais vus dans quelques couvents suisses et entre autres près de Weinfeld en Thurgovie. Au milieu de la cave de Mega-spileon est une source de fort bonne eau très-abondante en toute saison. Les murs qui conduisent à cette cave et qui soutiennent tout l'édifice sont fort épais et solides, et le rocher dans lequel la cave est placée m'a paru fort sec; les moines m'ont dit qu'il ne s'imprégnait d'humidité qu'en hiver. A l'extérieur du couvent le caloyer qui m'accompagnait me montra les trois miraculeuses croix inscrites sur le roc; mais, malgré tonte ma bonne volonté , je n'ai pu voir dans aucune la forme d'une croix, celle du milieu ressemble plutôt à un oiseau de proie aux ailes étendues. La gravure qu'ils ont donnée dans leur ouvrage ne représente pas exactement la vérité, bien que déjà, dans la gravure, la forme des croix paraisse fort incertaine : j'en fis l'observation au moine, qui me dit que le temps avait sans doute altéré fAu à peu ces pierres. Enfin nous arrivâmes , non sans peine et sans insistance de ma part , à la bibliothèque. Le bibliothécaire était absent , et n'existait peut-être pas : il fut remplacé par un jeune moine, qui m'allégua son ignorance sur tout; mais on ouvrit les quatre ou six armoires qui contiennent les livres imprimés et manuscrits et la caisse qui contient les chartes, et je pus examiner ce que bon me semblait. C'est une salle fort petite et fort obscure pratiquée dans le rocher ^^ine. Il me parut qu'il y avait tout an plus mille volumes
CALAVRYTA. Ô37
parmi lesquels une cinquantaine de manuscrits mêlés çà et là aux autres livres, qui sont eux-mêmes recouverts d'autres volumes ; de telle sorte que j'avais beaucoup de peine k suivre ma recherche, an milieu de deux moines armés de cierges et dont je ne voulais pas lasser la complaisance. Je pris un à un tout ce qui me sembla manuscrit et ne trou-* vai rien autre chose que des bibles grecques du treizième siècle, des évangéliaires grecs du onzième et du douzième, une copie du dix-septième siècle des sermons de saint Jean-Chrysostome et quelques autres livres ecclésiastiques ornés de miniatures. La caisse qui contient les archives renfermait seulement quelques-unes des chartes qu'ils ont publiées dans l'ouvrage sur leur abbaye; mais les plus anciennes étaient encore dans les mains de M. Oikonomos, auteur de l'ouvrage sur le Mega-spileon attaqué par M. Pharmakidis. Les chartes qui restent sont de riches ûrmans de la Porte , en tête desquels sont de fort élégantes peintures d'arabesques et de fleurs. Aucun manuscrit historique n'est tombé sous ma main. Il est possible cependant qu'il y en ait , bien que ce soit peu probable ; mais on ne parviendra à le savoir qu'en déplaçant cette bibliothèque de l'endroit où elle est, et en obtenant des moines de céder leurs manuscrits pour queU^ue autre compensation qui leur sera plus agréable : car, tant qu'ils ne seront pas envoyés à Athènes , et qu'ils resteront là , ils seront inutiles et même inconnus.
Mon investigation terminée, je pris congé des moines et m'acheminai vers Galavryta. La route est fort belle et continue le long du Bouraîkos, qu'on passe plusieurs fois: et sur des ponts , chose rare en Grèce. Après deux heures et demie de marche j'arrivai enfin à Galavryta.
C'est de Galavryta et en particulier du couvent d'Hagia- Lavra que partit le cri de liberté qui appela toute la Grèce aux armes. L'archevêque de Patras, Germanos, uni à quelqoeshétéristes importants réfugiésdanslemonastèred'Hagia- Lavra, apprenant le projet des Turcs de les frapper tous , leva
538 GHECB CONTfNElItALB ET HOREE.
leflrapeaadcriiistttrection, et sa voix respectée armatoasles habitants. Calairryta et le mmiastère d'Hagia-Larra furent depuis repris par les Turcs et réduits en cendres. Les moines ont rebâti leur couTetit à quelque distance et prompt tement , mais une Ville est plus longue k reconstrtiire dans an pays dont tontes les ressources ont été détrottes i aussi la plupart dès rues de Galatr^^ta n'offrent-élles qoe des mai'* sons en ruines. Cependant la persévérance grecque a beail'* coup fait depuis peu d'années. Les propriétaires rentrés dans leurs maisons détruites en ont réparé une partie et rhaMtent; d'autres ont reconstruit de nouvelles maisons, et il y en a une douzaine d'assez bonne apparence*
Ce qui m'attirait ft CalAvryte était le désir de voir le cbâtean des seigneurs de Tournây ; car pour le monastère d'Hagla-Lavra il n*y avait plus à y penser depuis l'incendie poflé par Ibrahim i qui ne ménageait rieni La Chronique de Morée raconte que dans le partage de 1108 Raoul de Tourtiay reçut Calavryta av<*c douze fiefsi
Tbv u.i7epoy 'Pou vxè NTOupva iTcpovoiadev (oo'auTcoç N^ e^^ Ta KlXàëpuTa, xal ^te SekaSuo.
Elle mentionne aussi * un Jean de Tournay i T^k^ tov TbupvSi qui, en 1268, alla avec le prince Guillaume^ le seigneur d'ÀkhoVa et plusieurs autres seigneurs français de Morée, au secours de Charles d'Anjou contre Conradio.
La ménle Chronique de Mo^ée mentionne en 1290 un Gedffroi de Tburnliy
, . . ô fiwèp îïecppàç TO ItcixXyiv wï Toupvae.
(P. ISO.)
aul àllà & Nâptés ati sujet du tnafiàge d*Isàbelle de Villeardoill avec Florent de Oalriatit, ratnéna cette t^t^inces^ë en Morée, fut un de ceUt qui reçUt-ent le semblent dé
< t>age 160.
Fkmotde Haioiut cûmmt prkiç6 4u pays, et l^aasisiôrent dans i'admiawtritjoa de la prÎBflipauté '.
¥010] donc au «1018$ troia générations da Toaniay sai-» gnaurs da Caiavryta. Ja of aaia ai calte femila aa aa aara pas étaifite depuis par le défaut da mâles» at si la seigoattr rie d6 Galavryta n- auri pas passé dans i€S maips d'un L| TrémouJHa ; ce qui me la ferait croire aef ieéiit siiivanc* Las La Tréraoaijle , a^ mofloant da la aonquéta y avalent obtenu la fiaf da Cfaahndriuui^ antre Calavryta al Palias, un paa au sud de la routet
Mtaif 'Ppu(i4F&pT^ i^ Tçkmi^ 4^««fa i^in tid^cs^f
(Pag, 4#,)
et la petite montagne opposée h celle enr taquetle est bâtie la grande feiteresse de €alavFy(a est couronnée des ruines d'un petit fort qui porte encore le nom de TrafiMuia, Aussitôt après mon arrivée li Gakvryta, je iB'eni<« pressai de monter au château ; seul , car presque tous les habitants du pavs qui étaient restés â Calavryta étaieiit ma^ lades de la fièvre t ceux qui avaient pu quitter s'étaient ré-» fagiés, ainsi que le gouferneur de ]a province, à OarpénI, dans une situation pfus saine. (Joe épidémie universelle ré* gnait aussi à Mega-spileon. Je pHs pour guide le premier berger que je rencontrai « ee sont presque toujours des guides fort bien informés et surtout fort au courant de toutes les croyances superstitieuses du pays. Celui-ci me conta comment une basilipoula était tombée du châteaa assiégé par les Turcs , comment elle avait été égorgée par eux , at comment uqe grande plaque de pierre est placée en bas du rocher sur lequal est bâti le château de Gala* vryta , et indique le lieu de la chute et du meurtre. Il ma raconta bien d'autres histoires merveilleuses : par exemple
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540 GRECE GONTINENTiU.E ET MOEEE.
rbistoîre d'un prince qui , à la demande de sa belle , voulut entever du miel du Parnasse et qui, au moment il où mit sa main dans la ruche, fut transformé en statue que l'on ?oit encore sur les rochers près de Gravia, rochers qui prennent toutes les formes suivant les illusions de leur imagination; puis rhistoire d'un temple ou église à jamais fermé , dans lequel on entend des voix , et dont les torrents se détournent eux-mêmes avec respect, dans les flancs de ce même Parnasse. Ces deux dernières histoires m'avaient aussi été contées près de Gravia , en allant dans la vallée de h Doride.
La forteresse de Calavryta est située sur un rocher inaccessible de toutes parts sauf d'un seul côté , où est la porte , et ce côté est aussi d'un fort difficile accès. Cette porte est située du côté opposé à la ville actuelle , et les deux côtés subsistent encore. Tout le long du grand plateau placé au-dessus de la montagne on retrouve les restes des murs d'enceinte, qui sont assez bien conservés. Doux tonrscarréessubsistent en ce moment : Tune sur le mur d'enceinte , l'autre à l'extrémité supérieure du plateau , beaucoup plus considérable , du côté de Tremoula. Un grand nombre de maisons paraissent avoir existé dans cette enceinte. Il est probable que tous les Français avaient leur habitation dans l'intérieur de la forteresse, comme autrefois les nobles familles hellènes avaient les leurs dans les acropolis et dans les quartiers les plus rapprochés, et comme plus tard les Turcs eurent les leurs dans i'intérîeur de leurs forteresses. Il est à croire qu'outre les citernes il y avait encore une source fort rapprochée , si elle n'était même dans l'intérieur ; car, en descendant du côté de la ville , on retrouve les restes d*un aqueduc souterrain , à travers lequel l'eau coule jusqu'à une fontaine située à michemin, entre le château et la ville actuelle. Le château est un des plus considérables par ses ruines que j'aie encore vus en Morée. Le seigneur de Calavryta était en effet na des hauts i arons ou pairs de la piii)cip«iuté d'Âcbaye,
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et avait chez lui droit de haute et basse Justice. Galavryta est mentionnée aussi par Phrantzi. A l'époque de la guerre d'indépendance , les Grecs y avaient d*abord cherché un refuge qu'ils quittèrent ensuite pour les retraites plus sûres du mont Chehnos ; seconde montagne de ce nom, plus haute encore que le Ghelmos qui se trouye près de Makry-Plagi et de I.eondari.
Mon premier projet était d'aller de Galavryta h Gorinthe en passant par Phonia, puis par Zarakka (lac Styniphale), pour voir les ruines de quelques tours ou châteaux francs qu'on m'avait indiquées sur ses bords; mais l'assurance qui me fut donnée par le frère du dimarque de Galavryta qu'à une demi-heure de Vlongoka existaient les. ruines d'on châteaa beaucoup plus considérable que celui de Ga* lavryta , et que je ne voyais pas indiqué sur la carte, me décida à suivre cette route.
Je repris d'abord le chemin de Mega-Spileon. La vue est plus agréable en montant qu'en descendant le cours de la rivière de Galavryta. A un quart d'heure du couvent on tourne à droite la montagne ou plutôt le roc sur lequel le monastère est situé. Il y a là quelques belles vues de rochers bien autrement imposantes que dans la position choisie par le couvent , l'une surtout en haut des rochers , au fond d'une gorge qui s'éteud presque en ligne droite jusqu'à la vallée de Galavryla. On continue toujours à monter jusqu'au sommet de la montagne , et ou arrive dans une vallée sauvage et escarpée dont les hauteurs sont couronnées de fort beaux pins. Je vis là avec plaisir en trois endroits différents quelques scieurs de long préparer des planches et des solives.
Pendant trois heures de marche cette suite de rochers, de collines et de vallées offre peu de variété ; mais en s'approchant du village de Yela on découvre au loin la mer, le port d' Acrata sur la rive , et de l'autre côté du golfe les montagnes de Roumélie. Autour de soi on aperçoit partout des traces de culture jusque sur le sommet
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le plu élevé des inootagiios; car ao-dessus d*onè couche de rochers se tiouf e ane vaste étendue de terre bianche et fertile. Les vignes sortoot y abondent. Celle culture règne sans interruption josqn'à VefMiva » dont lés maisonn sont distritMiécs sur Unis les ianca de la montagne» ao milieu des arbres et des terres cnltivées. Les source» abondantes qui découlent de tous côtés foorniss^t i'ena nécessaire à Tarrosenient de nombreux champs de maïs et interrompent la route par mille courants divers. De là on aperçoit devant soi le village de Vlong^a , situé tout enhaut des dernières terres cultivables qui s'élèvent aux deux ticm du moBt £vrostina. Le dernier tiers semUe une couche pesante de terre ferrugineuse qm produit le {dus bel eOet Entre ces deux villages est un profond ravin au b» duquel coule Jusqu'à la mer un torrent anx eaux roogeâ-» trcs. Toutes les terres semblent sablonneuses jusqu'au bas du torrent» des deux côtés do ravin. Nous eûmes beaucoup de peine à nous dkiger» à travers ce dédale de vignes, de champs de mais et de cooraots d'eau, jusqu'au torrent » et beaucoup plus de peine encore k le passer. Je me tirai toutefois asseï bien d'affaire et j'arrivai sans eo* combre sur l'autre bord, à travers les rochers et les espèces de canaux d'irrigation qui régnent le long de ses rives ; mais mon agoiate fut moins heureux* S<m cheval » chargé de mes bagages , était déjà une première fois tombé avec lui au milieu des rochers sur ces chemins étroits et glissants : les malles et autres effets avaient un peu souffert, chose trop habituelle en Grèce pour qu'on s'en occupe nu instant ; lui, il avait heureusement gKssé du haut des malles par terre sur le dos sans se faire de mal. Cette fois la choie do cheval fut plus périlleuse; il tomba ao milieu du torrent même, et la pesanteur de mes malles le retint sur le dos au milieu du courant : précisément dans un endroit où la fissure du rocher était suffisante pour qu'il y entrât par le dos s'il n'cât été chargé; mais l'ampleur de sa charge le retint ainsi suspendu avec les jambes tumles et
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le corps bas « au milieu d*an coaraot d'eau qui lui pro^ curait uoe fraicbeur si agréable, qu'avec la peur qu'il avait de retomber sur les rochers pointus et la charge qaî le retenait» il fallut bien une demi-heure pour le tirer de là. Pendant ce temps, mes effets, cartes et livres prenaient le môme bain que le cheval , ce qui m'était moins agréable ; mais que faire autre chose que de les faire dé« lier et retirer an à un, du moins ceux qu'on retrouvait, et de remettre la monture sur pied! Mon agoîate était déses* péré du calme de son cheval et de l'impossibilité de le faire releven Enfin, tous ou presque tous les effets étant retirés du courant et apportés sur un rocher en saillie et à peu près sec, l'agoïate tira sou cheval de côté sur la petite fissure à travers laquelle il eût pu passer dans une autre situation, et il parvint à le relever et à regagner l'autre rive. De là jusqu'à Vlongoka on monte par une pente rocheuse fort rapide jusqu'à ce qu'on arrive à la couche de terre végétale interposée entre les rochers du bas et les beaux rochers rouges de la cime. Je ne connais aucun village plus piltoresquement situé, au milieu des courants qui découlent de toutes parts de la cime supérieure et fertilisent les terres^ Il est appuyé sur le rocher comme sur un fort ; au bas est un profond ravin à droite , au nord un autre profond ravin » et autour de beaux vergers et de riches cultures. Il est là comme sur les derniers confins de la terre habitable. Les Turcs n'y ont jamais mis les pieds, tant il est haut dans la montagne. Aussi les maisons n'ontelles pas été détruites , ni les champs ravagés. Au moment où j'y entrais , de nombreux troupeaux de chèvres et de moutons y rentraient avec moi et tout avait un air de vie et de prospérité. Tous y possèdent quelques terres. Le paredros ou adjoint me donna l'hospitalité ; je traversai l'appartement des moutons et pénétrai dans l'appartement de famille, grande chambre où femmes et enfants étaient réunis.
De bonne heure je sortis pour jouir de la vue du pays,
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espérant, d*on fillage placé si haat, voir lever le soleil ; mais pendant qoarante joars le soleil ne lait pas sur Ylongoka , on voit seulement ses rayons échauffer les collines voisines. La vue, du reste, est fort belle ; car on a devant soi, comme on lac , une vaste étendue du golfe de Gorlnthe. Les chè* vres par bandes ^t les moutons sortaient comme moi , et , ç^ et h aux fontaines , je voyais arriver les femmes poar se laver la 6gnre en public Leur toilette n'a rien de mystérieux. Le matin on apporte un plat d'étain recouvert d'une sorte d'écumoire à travers laquelle passe l'eau, un vase qoi verse l'eau par un bec et un morceau de savon ; la servante a la serviette sur l'épaule, et la toilette est bientôt terminée. Après dîner c'est souvent , parmi les habitants de la cam* pagne, le maître lui-même qui vous présente la serviette , selon l'usage antique.
Je pris tous mes renseignements avant de me mettre en route de Ylongoka pour voir mon prétendu palœo-castro du moyen âge ; car tout ici est palœo-castro , tour hellénique comme forteresse franque, et il faut voir tout par ses propres yeux pour ne pas être exposé à adopter de fausses notions. Je descendis jusqu'au fond d'un petit ravin où coule, au milieu de beaux arbres, un torrent qui se jette dans celui que j'avais passé la veille. Sur la route je rencontrai à diverses reprises de petits garçons qui arrivaient, avec leur petit sac de provisions pour la journée, des diverses maisons groupées sur la montagne et se rendaient à l'école d'enseignement mutuel de Ylongoka , entretenue par les fonds du village lui-même. Au fond de ce ravin est jeté sur le torrent un pont dont la hauteur est déguisée à l'œil par les arbres qui couvrent le torrent ; mais en l'entendant rougir au loin l'oreille en reconnaît la profondeur. Lorsque pendant l'hiver ou le printemps les petites cascatelles qu'il forme sont alimentées par les ploies, l'effet doit en être fort beau.
Cependant la demi-heure se passait et je n'arrivais pas h mon château franc. Je m'informais bien exactement de
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tous les passants, et tous m'indiquaient que j'en approchais. Je passai la haute chaîne de l'Evrostina et point de château ; déjà je voyais que je me rapprochais de la mer et je commençais à craindre ce qui se réalisa en effet , c'est que le frère du dimarque et mes autves informateurs eussent pris les ruines immenses de l'antique ville d'^gire pour les ruines d'un grand château du moyen âge. J'arrivai en effet , à mon grand désappointement , à JEgïre. Quelques restes de murs helléniques et des fragments d'édifices ro^ mains, placés des deux côtés de la route, annoncent sa présence. Je pris mon désappointement en patience et me mis à parcourir l'enceinte de l'acropolis et de la ville. Elle couvrait une étendue immense de terrain depuis l'acropo* lis et deux tertres voisins, sur lesquels j'ai trouvé des fondements de plusieurs temples , jusque sur le coteau qui descend bien loin vers la mer. La position était des plus magnifiques. On retrouve, le long d'un précipice situé au bas de l'acropolis et le long du coteau de l'acropolis , de nombreux vestiges des antiques murailles helléniques en grandes pierres quadrilatères. Plus bas, en descendant vers la mer, sont des colonnes cannelées encore en place à une hauteur de deux è trois pieds , des restes de temples et d'édifices publics au milieu des champs, et tous les vestiges d'une ville puissante et opulente. C'est une idée attristante que de se trouver ainsi au milieu de ces grandes ruines d'une ville , dont le nom même est ignoré des descendants de ceux qui l'habitaient jadis et qui cultivent aujourd'hui des champs au milieu des débris des monuments bâtis par leurs pères. Le port de la ville d'iEgire était au bas de celte côte à l'embouchure du Crino, ou torrent de Versova. Je descendis d'^Egire , au milieu de pensées fort tristes, jusque sur le rivage de la mer et le suivis jusqu'à Xylo-Castiu Bientôt l'apparence d'une jeune prospérité vint changer le cours de mes idées. J'éprouve toujours un plaisir nouveau à suivre la rive de la iner au bruit des flots qui viennent expirer sur la grève : ici la beauté du
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pays «joiitaU encore à ce plainr. Ce gracieux golfe» terminé par les luoolagoes qui s'étendent de Lépante à Fera- Gliora et à Gorintbet et sur la rive de Morée cette culture opulente et nouvelle des raisins de Goriutbe , qui garnis* sent toutes les Tallées et renuontent jusqu'aux collines couvertes de pins et d'arbres verdoyants , et de toutes parts de petites maisons propres pour recevoir et embarquer les raisins de Gorintbe , tout ap|)eUe l'intérêt sur cette Grèce si malheureuse, et si disposée , à peine sortie d'une lotte d'extermination, à déployer tous ses efforts pour marcher déjà d'un pas rapide dans la carrière des peuples civilisés. La plupart des babitanu riches de cette côte ont leurs maisons de plaisance dans la montagne , li Triccala t où ils restent pendant la saison des grandes chaleurs.
XXXIU.
WCyONE. — COWNTHE,
Je passai la nuit au khani de Kiato et partis de bonne heure à pied pour Basilica , où mes chevaux vinrent me rejoindre, Basilica est un village qui occupe la position de l'antique et opulente Sicyone , si célèbre par les encoura^ gcmcnts qu'elle donna aux arts et dont les belles monnaies {ie retrouvent partout en Grèce. Sicyone était située sur un plateau élevé , coupé au milieu par un ravin profond qui le pénètre en partie. Ses grandes murailles helléniques n'ont plus conservé que quelques débris ; car, dans ce pays, la pierre, si prodiguée dans l'antique Sicyone, ne se trouve qu'à de grandes distances, et les maisons nouvelles se font une carrière des ruines anciennes. Il n'existe plus que deux grands fragments un peu entiers des murailles de deux édifices, l'un conservé dans une petite église dont les murs sont tout à fait antiques , l'autre sur l'extrémité do
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fdateau, à peu de distance de Féglise^ qui semble avoir, appartenu à une des tours de défense. Deux des entrées sont eoeore conservées : l'une, taillée dans le mur d'enceinte en forme de voûte qui va eu s'abaissant , conduisait hors de Tacropolis. Les anciens, comme on voit , connaissaient la construction en voûte, mais ils la trouvaient peu élégante et ne remployaient jamais dans les édifices splendides, L*aulre passage, plus étendu, est une sorte de souterrain, creusé en partie dans le roc et en partie revêtu de larges pierres , et il conduit de la forteresse au ravin intérieur, qui était probablement fermé de murs, et où coule une fon-« tainequi sert aujourd'hui au village de Basilica* Du côté de la mer, ou aperçoit aussi trèsniistinctement les gradins di| théâtre, appuyés sur le rocher suivant l'usage antique. Quel* que» fragments de colonnes et de grosses pierres latérales dea temples existent aussi çà et lii, .Une belle route de plaine çooduit de Sicyone à Corinthe eq deux heures et demiei au pas régulier d'un cheval*
Il est bien fâcheux qu'une fantaisie d'antiquaire ait em*» péché que Corinthe ne fût désignée, au lieu d'Athènes, pour la capitale de la Grèce. Sa situation la rapprochait à la fois de la Morée , de l' Auique et de la Roumélie , tandis que la proximité des deux golfes la mettait en facile com«muoiciiion avec l'Europe et l'Asie. Je ne doute pas que si Corinthe eut été choisie de préférence k Athènes elle n'eût déjà 50,000 habitants. Aujourd'hui c'est un misérable bourg ; et, en effet, presque toutes les villes de Morée, sauf Calamata et Nauplie, ressemblent beaucoup plus à des bourgs qu'à des villes,
Corinthe est située dans une plaine élevée, en vue du golfe de Lépante, du Parna^ et des montagnes de livadie. Il n'y reste presque aucune trace de sa grandeur passée. Sur un plateau, en sortant de la ville pour aller à 1 Acrocorinthe, montagne élevée en forme de ballon et qui domine les deux golfes Saronique et de Lépante ou Corin^ the, se tiennent cependant encore debout sept colonnes de
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côté et trais de face, reste d'un vaste temple d'ordre dori* que en pierres poriqaes reyêtues de stuc. Le stuc est tombé ; mais les colonnes, bien que rongées par le vent de mer, produisent de loin un bel effet , et de là on a une vue étendue de l'Acrocorinthe , du golfe , et des montagnes neigeuses de la Livadie. En montant à la citadelle on retrouve la fontaine Pyrène, d'où s'est échappé le cheval Pégase. Les marbres blancs qui la revêtaient ont disparu, mais les travaux intérieurs restent et on peut les suivre dans la montagne jusqu'à l'Acrocorinthe. Sur les collines , en montant , sont dispersées les ruines d'un village turc , avec ses mosquées abritées sous les murs de la forteresse. Tout au pied de l'Acrocorinthe, on aperçoit la voûte d'un souterrain qui semble de construction franque et qui se prolongeait sans doute de la montagne jusqu'à l'intérieur de la forteresse. Les débris- des deux premières portes de défense, qui étaient de construction franque, gisent dispersées à quarante pas l'une de l'autre , et à la seconde porte Commence le mur de clôture qui descendait de ce côté et qu'on peut suivre jusqu'au rocher supérieur. La porte actuelle, à l'intérieur de laquelle se conservent entières les rainures de la herse, et tout l'ensemble des constructions de la citadelle sont de construction vénitienne moderne, mais les murs d'enceinte à droite et à gauche sont de structure hellénique jusqu'à une grande hauteur et sans dégradation. L'enceinte contient deux pics de montagnes qui s'ouvrent en éventail du côté de la ville et renferment les débris d'un village ou d'une ville dans laquelle on retrouve confondues les ruines de temples helléniques avec leurs colonnes de marbre, de constructions franques avec leurs tours carrées de structure vénitienne, et de masures turques avec leurs bains , leurs mosquées et leurs minarets. C'est là que se trouve la source de la fontaine Pyrène. A quelques pas est une petite tour c«irrée, avec un escalier gothique tournant, d'une parfaite conservation. Sur le haut de cette tour les Turcs avaient
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élevé un minaret aox flancs bombés , et le même escalier qu'avaient construit les Francs dans cette guerre de croisade servait après leur départ pour appeler les musulmans à la prière. Dans le corps-de-garde quelques colonnes an^ tiques de marbre blanc restent debout.
C'est sur le moins élevé des deux pics qu'était placée la vieille forteresse franque. Elle porte les traces de sa construction originaire. Cette citadelle, au temps des Francs, ne comprenait que le pic; mais, lorsque les Vénitiens eurent obtenu Corinthe, ils étendirent les fortifications. Ils comprirent qu'avec Tinvention de la poudre à canon il y avait trop de dangers à laisser dominer un fort par un pic 3i voisin, et ils le renfermèrent dans leur nouvelle en« ceinte.
Gorinthe, qui était la clef du Péloponnèse, avait résisté quelques années aux Francs, mais elle tomba enfin entre leurs mains» Pendant le siège qu'ils en firent , Othon de La Roche, sire d'Athènes, fit construire un petit fortin sur le plus élevé de ces deux pics afin de surveiller les envois d'hommes et d'approvisionnements qui pourraient arriver aux assiégés du côté de l'isthme. On n'y trouve plus aujourd'hui que les débris d'une église consacrée à saint Élie. D'un autre côté Geoffroi de Yille-Hardoin , voulant intercepter les secours qui pouvaient arriver par la Morée, avait, suivant la relation du chroniqueur grec de Morée, fait* construire un aulre fort sur un petit pic Idétaché, large à sa base et escarpé au sommet , auquel il donna le nom franc de Mont-Esqoiou , le Mont Sourcilleux. Le clironiqueur de Morée raconte que ce fort avait conservé jusqu'à son temps, c'est-à-dire en 1320, le noin de Montescouvos. Le même nom se conserve aujourd'hui^ légèrement altéré en celui de Pentescouvos, l'm ayant été changé en p, par le même procédé euphonique qui a fait changer le p en m dans le mot de Pentélique appelé Mendeli dans presque toutes les cartes modernes. Du fort de Montescouvos, construit par Ville-Hardoin , il n'existe que les ancienne»
550 GKÈGB CONTIHfiirrAtB BT MOREB.
fondations , le pavé et qneiqnes chambres. Snr Fune des vieilles portes se voit la crois ancrée des yiile-HardofQ. En l'année 1826 , mi nommé Papas Motaras , archonte do pays , et descendant de l'ancienne famille des Notaras men* tionoée par les chroniqueurs byzantins , fit bâtir la for* teresse dans l'état où elle se trouve aujourd'hui ; et il en a consigné le souvenir sur une plaque de marbre blanc à la porte d'entrée , et sur cette plaque il a fait sculpter la croix ancrée, qui existait sans doute sur la porte précé-* dente , et la double aigle impériale.
Une bonne partie de la châtelleoie de Corinthe avait appartenu, au temps des Français, à Nicolas de Guise, dit le Maigre. L'impératrice Catherine de Valois, agissant aa nom de son fils Robert de Tarente , prince d'Achaye, ea fit don, en 13/^2 , h son chambellan Nicolas Acciainoll *, et , le 21 avril 1358 , Robert et Marie de Bourbon , sen-* sibles aux plaintes des habitants de Corinthe, qui réclamaient la protection do leurs princes naturels , confé* rèrent la chfttellcnie de Corinthe à Nicolas Âcciaiuoli , en qualité de haute baronnie, avec droit de haute et moyenne justice , sous la condition qu'il prendrait toutes les me*< sures nécessaires pour protéger le pays contre les Turcs K
1 Voyez p. 66 dé mes Mouv. Reeh.f 1. 1. , . * Voy. p. 103 et sut?, de mes Nouvelles recherchés. La lettre dea babiUnts de Corinthe. dat4e du & fêvrier i35S, e«t toudiante,
ft Excellent seigneur, lui écrivent-ih, nou3 commençons par nous recommander humblement à vous. Nous Vous avons fait savoir avec douleur, et par nos lettres multipliées , et par les messagers spédanx qne nous avons envoyés à Votre Majesté, les afflictions continoelles et insupportables dont nous accablent les Tares infidèles, tant et tellement qoe nous n'avons plus la force de maintenir vos ehftteaux, bon nombre d'hommes ayan| été faits prisonniers par les Turcs, d'autres élant partis pressés par la famine et étant alU's se réfugier dans d'autres pays, dans Timpossibilité où ils étaient de supporter toutes ces tribulations; car, eux qui étaient habitués à être abondamment fournis d'esclaves et de toutes les ressources de l'opulence, ils sont réduits maintenant à la pénurie et à la serTitvdo,
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Nicolas AcciaiodU en maaranty cfn 1366, taÎ9sa sa ba^ ronniede Goriûthe» airéc les mêiaes droits, i »oa fils Ange. L'année 1371, cette baronnie fut transformée en comté palatin eo laTeor do même Ange par Tempereur
et il D'est aajoord*biiiptrsonû« dans la cfaàtellenie de Coriotlte qui ne mange son pain avec dottleiir •« aussi bien à cause de ces tribulations continuelles que parce que nous ne recevons aucun secours, aucune protection de vous-même, notre très-redouté seigneur naturel , de vous ponr qui nous avons souffert tant de maux et tant de calamHés afin de vous conserver notre fidélité.
» Et certes nous n'eussions jamais cru être aussi c^ni|vléic«iie]it alMndoanés de Votre Mayesté. Houe espérions au GOAtraire que notre fidélité envers yùu» bous vaudrait d'ètie glorifiés et récompensés, et d'être maintenus et défendus contre tous nos ennemis. Mais, ù douleur! nous sommes livrés en opprobre à toutes les nations, nous sommes faits prisonniers par fes Tores ; notre patrie devient incuKe, et cette terre si agréable et si déliciense est devenue déserte. Ù'an^très de neiis soai forcés de payer tribut/
» Ne pouvant plasmûntenant nous soutenir, la lumière s'éteignant dans le cbandelier, et nous sentant arrWés à la fm de notie malheu* reuse existence y nous nous jetons aux pieds de Votre Majesté, nous les arrosons de nos farmes , nous la supplions , dans notre profonde douleur, de daigner pourvoir prompteraent aux besoins de cette pa* trie désolée et complètement dé|)0nillée d'Iiomraes d'ârnes , d*&r* ,n»otes et de vivres ^ siaoa it ■»« faudra certaiBetneBl abandonner notre patrie eu nous rendre tiibntaires de nos enn^^mis. Noua en présentons d'avance nos excuses raisonnables à Dieu, à Votre Excel' lence et à nos amis. Et, si (plaise à Dieu de détourner de nous ce malbeur!) nous étions forcés de le faire, la faute n'en devra pas tomber sur noas qni aurons été foolés et meurtris, non par reffèt de notre volonté , mais par soite de notre impuissance. Comme nous ne pouvons vons exprimer en détail dans une lettre toute cette série de tribulations^ nous vous envoyons notie compagnon Louis, babitant de Corintbe, pour vous présenter notre supplique et s'entendre, avec vous sur les remèdes convenables. Daignez ajouter foi à ce. qu'il vous dira en notre nom. C'est ce même Louis qui a si vaillamment maintenn ▼ofre château de Saint-Georges tant qn'H en a eu les moyens, et il y a dépensé du sien plus de deux cents byperpères. Veuillez donc l'avoir pour bien méritant et bie : recommandé. Que Votre Excellence se conserve longues années. »
552 GEECB CONTINBllTAi;.B ET IIORÉB.
Philippe de Tarente, étant à fiude en Hongrie, en reconnaûsance des services qui lui avaient été rendus par Ange pendant sa captivité.
Après la mort d*Ange le comté palatin de Corintbe passa à son fils a!né,v Robert Acciaiuoli, qui Thypothéqua entre les mains de son parent Néri Acciaiuoli, pour gage de l'argent qu'il en avait emprunté.
Néri Acciaiuoli prit donc dès ce moment le litre de selgneur de Corintbe, qu'il conserva et transmit à ses héritiers investis ea même temps des seigneuries d'Athènes et de Thèbes K
Dans les derniers temps de la domination des Turcs, Kiamil-Bey était le véritable successeur de ces grands feodataires. II possédait à Corintbe un palais bâti audessus des anciennes murailles, dans une fort belle situation an-dessus du golfe, et ses jardins délicieux descendaient en pente dans la vallée vers la mer. Il avait là son harem, ses bains, ses jets d'eau, son opulence de bon goût La grotte verdoyante des Nymphes, d'6ù coule perpétuelle* ment une fontaine d'eau douce , était un des ornements de ses jardins. Les restes des vieilles tours franques et vénitiennes, distribuées sur les anciennes murailles , protégeaient l'approche de son palais du côté des champs. Dans l'intérieur de ces constructions on retrouve les débris de plusieurs temples anciens , avec de magnifiques colonnes de marbre de différentes couleurs. Ce palais, ce harem , ces bains , ces jardins , tout est aujourd'hui en ruine. Kiamil-Bey, au temps de sa puissance, était respecté et aimé; il passait pour le plus intelligent et le meilleur des Turcs de Morée. La dernière guerre de l'indépendance détruisit celte grande existence. Fait prisonnier à Tripolitza, en 1823, il fut renfermé dans l'Âcrocorinthe; et , au moment de l'entrée de Dram-Ali , il fut égorgé , le
> Voyez, dans mes Nouv. Rech., t. i, lout ce qui concerne los Acciaiuoli.
KYNÈTHES. Ôôâ
1 3 juillet , par un prêtre soldat et bandit, nommé Âchilléas.
Outre ces quelques restes d'antiquité on trouve à Co* rîntbe quelques débris de l'amphithéâtre taillé dans la montagne , des restes de temples sur la route de Gorinthc âi. Kalamaki, et, près de Kecbrlès, quelques souvenirs
des bains d'Hélène; mais tous ces restes sont fort mutilés.
C'est surtout de ce côté de Tisthme que se sont multipliés
en tout temps les ravages de la guerre.
KYNÈTHES. — ROCHES SKYR0N10£S. — MÉGARE. —
MONT KARYOI.
' De Gorinlbe à Kalamaki, petit port situé sur le golfe Saronique, la route est belle et facile. Une autre route car* rossable, de deux lieues, conduit de Kalamaki à Loutraki, de l'autre côté de l'isthme sur le golfe de Gorinthe. De Kalamaki à Athènes on va souvent par mer en quatre ou cinq heures , le vent le permettant La route par terre est moins exposée aux caprices de ce roi des mers , mais elle est un peu rude. Jusqu'à Kynèthes on suit la plaine; mais à Kynèthes on commence à s'engager dans les défilés des roches Skyronides, d'où Skyron précipitait autrefois les voyageurs mal gardés. J'ai traversé plusieurs fois cette route de Kaki-scala (la mauvaise échelle) et une fois entre autres par une pluie d'orage mêlée d'éclairs et du bruit du tonnerre, qui faisait le plus bel effet en se répétant d'écho en écho dans la montagne; mais je ne l'ai pas trouvée aussi mauvaise qu'on me l'avait représentée. Quelques passages me rappelaient la route de la corniche, de Nice à Gênes. La vue du golfe Sarouique avec la vue de Salamine et des îles qui le ferment en quel-
554 GRÈCE COKTINBNTAU BT MOREE.
qae sorte est toujours d*uii bel effet. A uo autre voyage , le 9 janvier, neuf mois auparavant , j'avais trouvé une si belle saison « une cbaleUr si douce, que Réprouvai un véritable plaisir à n'asseoir sur le gazon , en plein air, à Kynètbes, pour me reposer et foire collation.
La roule de Kynèthes ï Mégare n*est que de trois beures* Une demi^lieue avant d'arriver k Hégare» dans la pSaine, je m'aperçus qu'on avait foit des fouilles sur l'emplacement d'un ancien temple. Ge qu'on y a trouvé a été tran»» porté à Mégare. En arrivant j'allai voir ces divers objets; il y a entre autres un bloc de marbre blanc représentant un enfant monté sur un cheval , tous deux de demi-grandeur. L'enfant et le cheval sofU du {dus mauvais goût; on dirait un ouvrage des siècles barbares : c'est sans doute l'œuvre d'un dsean romain peu exercé. Un atrtre fragment un peu meilleur est peut-être d'origine grecque. C'est un lion combattant contre un serpent : le lion est entier et de demi-grandeur, tnaîs le sei'pent est brisé et on n'en retrouve plus que deut fragments adhérents au corps du lion. Le travail do sculpteur n'est terminé que d'un cdté, l'autre côté est uni; ce qui ferait penser que cet ouvrage de scolpture anra été appliqué à quelque monument public ou privé, une fontaine par exemple. Dansr une autre maison sont des statues que je crois d'un style romain et fort médiocres. La ville de Mégare, au temps des Turcs, était bfttie sur la montagne; mars cette vi% a été incendiée par eux , et on ne s'y promène aujourd'hui qu'à travers des ruines : car peu des habitants ont relevé leurs maisons sur la colline ; presque tous ont profité de la sé^ curité do pays pour reconstruire dans la plaine, oA s'é^ tendent aujourd'hui bon iH>mbre de maisons noweHes. La nouvelle Mégare me semble contenir environ i,hOO habitants. Dans la haute Mégare les débris modernes se confondent avec les débris dû passé, car c'était avec les monuments antiques (fu'on avait bâti tes masures modernes. Ici, on voit une coloime antique placée en travers
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dans on pan de muraille d'une maison écroulée ; là , dana une petite église, une inscription lapidaire placée sens dessus dessous au haut de la muraille. Partout la grandeur antique se révèle par un seul peUt fragment et éxrase le misera* bleart moderne, humble et à Toeil bas. Le château est placé tout au haut de la ville ; il reste quelques assises de pierres helléniques par le bas, tout le haut est de construction firanque, A Tintérieur est une porte de séparation de forme ogivale, entre les deux parties de la tour. Ce château, qui était fort petit , devait seulement protéger la ville ou plu-» tdt la tenir en respect. L'abord de Mégare, du côté de la mer et du côté des défilés , était gardé par un véritable château'-fort sur la colline de Nisea, d'où on embrasse à la fois la baie de Saiamine et cette ile et toute la plaine de Mégare. Les Francs y firent bâtir une forteresse ; mais il . est aisé de s'apercevoir qu'il y existait auparavant.une grande construction hellénique, car dans toutes les premières assises et dans les fondements on voit debout les largei( pierres quadrilatères de l'architecture murale hellénique». I |A un premier voyage que j'avais fait d'Ahènes à Go-< rinthe , le débordement des torrents à travers le dervend, seconde route pour aller de Mégare à Gorinthe , m'avait empoché de vérifier un point qui m'intéressait vivement. Je voulais visiter le mont Karydi, où se livra , en 1250, une grande bataille entre le prince Guillaume de Ville- Hardoin , prince d'Âchaye, à son nouvel avènement , et le duc d'Athènes , son vassal , soutenu des grands barons qqi lui refusaient l'hommage féodal.
Gette fois, au lieu de suivre la route directe de Mégare à Athènes par Eleusis ou de me diriger par Saiamine, je résolus d^explorer le Karydi et de visiter le revers du Gythéron, Égosihènes et Éieuthère. Pour aller de Mégare au mont Karydi la route est presque toute en plaine jus-^ qu'au pied de la chaîne. On passe sur les hauteurs qui séparent celte chaîne de celle du grand dervend. Après deux heures et demie on rencontre, en montant, la route
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qui fient de Goriothe par le mont Acra ou Karydi , et qui n'est rien autre que Taucienne route de Corinihe à Thèbea. C'est celle que dut prendre Guillaume de Ville* Hardoin pour marcher sur Thèbes contre le duc d'Athènes. Au milieu de la chaîne de montagnes sur laquelle domine le Karydi se trouve sur la route on puits sur un plateau large et incliné qui s'étend jusqu'à une coarte vallée où aboutissent les flancs de toutes les montagnes d'alentour» c'est là sans doute le terrain sur lequel vint se poster, à trois heures en avant de JVlégare, l'armée da duc d'Athènes pour atteodre l'armée du prince de Alorée et lui livrer combat II était probablement échelonné depuis le versant du Karydi jusqu'à l'entrée de la route qai venait de Ckirinthe, Ce qui montre qu'il a dû devancer en ce lieu l'armée du prince de Morée, c'est qu'après sa défaite il se porta sur Thèbes pour s'y défendre et que ce • prince l'y suivit La Chronique de Morée représente le prince Guillaume réunissant ses troupes à Corinthe , passant de force la scala de Mégare et s'emparant du défilé (dervend ou clisoura) ; puis le duc d'Athènes à cette nonvelle s'avançant de Mégare vers le mont Karydi, où il lui livra bataille, fut battu, se sauva vers Thèbes après sa défaite et fut poursuivi par le prince jusque dans cette ville*. Or, si Guillaume de Yille-Hardoin eût devancé au mont Karydi le duc d'Athènes, il lui eût évidemment coupé la route de Thèbes. Il me parait donc certain que c'est ce vallon , aujourd'hui garni de pevka (pins) qui de loin ont l'aspectd'one verte prairie, que choisit le duc d'Athènes pour y attendre le prince de Morée à son débouché du défilé de M<^are vers la route de Thèbes; et que son armée^ arrivant par la route fort courte et fort belle de Mégare , y devança fort aisément celle du prince de Morée , qui avait à traverser les passages difiBciles du grand dervend. Je suis allé en trois heures de M^are au mont
< Pag. 79 et SO dé la Chron. de Morée.
'MONT KARTDI. Ô57
Karydi; mais il n'y a que quatre lieues de poste, et en une heure ou une heure et demie on peut y arriver en pressant le trot d'un bon et fort cheyal.
£n remontant un des flancs du Karydi pour suivre la route qui liiène à Thèbes , on trouve au milieu des bois^ sur les deux versants opposés d'un contrefort qui domine la vallée , deux tours helléniques aussi parfaitement con-» servées que si elles eussent été construites il y a peu de jours. La première qui se présente est une tour carrée , il ne manque que quelques pierres du couronnement de rédifice; elle a de quarante à cinquante pieds de hauteur, et la porte, qui est de forme quadrilatérale, est parfaitement conservée. Sur le versant le plus éloigné du mont Karydi est une autre tour qui est de forme ronde et qui Ta en diminuant toujours vers le haut : elle est très-difficile à découvrir^au milieu de ces bois éj^is et pierreux , bien qu'en s'élevant on aperçoive son extrémité au-dessus des éclaircies des arbres. £lle a aussi vingt-cinq ou vingt-six assises de hauteur en larges pierres quadrilatères , ce qui donne une cinquantaine de pieds ; une ou deux pierres seule^ ment du haut sont tombées , mais le reste est dans un état parfait de conservation. Près de ces deux tours sont des ruines de constructions du moyen âge. Il serait possible qu'après sa révolte le duc d'Athènes eût élevé ces remparts et lié les deux tours pour opposer une barrière à son suzerain le prince d'Âchaye , et que celui-ci les eût fait démolir après la d^aite de son vassal à Karydi en 1250. Ces deux tours sont certainement un des monuments les plus intéressants que je connaisse et des mieux conservés.
Au delà de ce point la route monte par un chemin assez facile jusqu'en haut de la montagne à travers un bois assez épais. Aussitôt qu'on est parvenu au fort qui mène de ce versant au versant opposé, à une Tue tout à fait riante succède un tableau imposant par sa rudesse. Le Gythéron se développe tout entier devant vous, et, de ce
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e6lé, entre lai et le iane ra4e et roehen da mont Kaiydi est un contreCMl do Karydi qvi s'ivaoee et forme une espèce d'avion de rochera qui s'on? re du cAté de Kryo^Pi** gadi. Cette partie dn ehemin est fort difficile et a'embranche avee le ehemin non moins rocatileux qni conduit k Porto« Germano , l'antique Égosthènea. Au loin cette partie da golfe de Corinthe se détache avec grâce , et les montagnes qui Borteot des grandes montagnes de Roumélie sont doa^ ces et verdoyantes. De là k Viita il s^ a environ trois benrea.
11 arrive peu d'^trangert ^ Yilia t et je» Groc9 ¥M k Iji fois curieux et poUs H leur immigre. *A peiae ét«is-j« àmtsfiAn pour vM promener snr la place publiqne qœt pitnni cinquante hoîqroea au moioa réiioia au café . car c'était jour d^ f9(e, tt n'y eii eut aucun qui ne m'oiTrtt café et raki, te m'asaia un instant pour causer avec euir. Les questions du peuple comme celtes de? rois rooleni toiûonrs dans le même cerdc d'idt^ei : d'où vene««voQs ? où allez-vous? est-ce la première fois que voua visitas en pays? éte^-voqs marié? av^z^vons deg enfautsT Ua Grecs pensent faire preuve d'intérdt pour vous en vous int;erro« géant sur tout ce qui les intéresserait ewc-mâmes. Vos en** fants se portent-ils bien? combien payez-vous k votre
agoîate ? S>qis la question roule enauiie sur la politique. La France abandonnera^t^lle donc la Grito? car la France, c^est la proieetrice naturelle et déaint^ressée de toua ceux qui souffrant; et aqtres qoeations. Aprte avoir satisfait de mon mm% k leur politesse, je fia veuir le kyrit on héraut chargé des publications et je lui fia» selon ïwm^ usage, crier
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à baille \m dans tout le village : qn'on miiordi, car c'est ainsi qu'on appelle tout étranger qui ne voyage pas pour afiaires de commerce , venait d'arriver dans le village et désirait acheter des médailles et d'autres antiquités , et que tous cew qui en auraient à vendre étaient invités à venir les lui montrer. La voix du crieur, modulée ainsi qu'ils ont l'ha* bitude de le faire pour se parler d'une montagne à l'autre, était entendue dans tout le village i qui est cependant fort considérable et dont le terrain est fort accidenté, Beau* coup de monnaies me furent apportées, mais toutes ou ro« maines ou effacées ; je n'achetai rien, et en fus quitte pour, une faible rémunération au crieur public. Mon konaki était chez un des Albanais qui habitent ce village au nombre de plus de 2,500» L'Albanais appartient h une race peu Intelligente et avide, qui parait destinée aujourd'hui k con tinuer l'état de cultivateur ou de soldat qu'elle a em* brassé dès son arrivée en Grèce, Mon Albanais avait marié sa fille depuis un an; et, nouveau-né, bru, fils^ femme , tous nous couchâmes dans la même chambre • la seule de la maison. L*air frais de la nuit était aans doute fort nécessaire i la jeune mariée ; car trois ou qua« tre fois dans la nuit elle se leva pour aller respirer les parfums des vignes et vergers voisins, et autant de fois son jeune mari la suivit pour la rassurer, Comme leur tapis était fort voisin du mien , le contact de l'air frais qui pénétrait par la porte entre-ouverte me réveillait chaque fois et me révélait les secrets de famille.
Le père de mon jeune Albanais m'accompagna le lende« main matin i I^gostbènes, Je partis h cheval, et, longeant tovyours les flancs du Cytbéron , j'arrivai après deux beu« res et demie à Égostbènes, Le point oik on descend du Cythéron dans la vallée qui mène par une pente rapide au golfe de Gorinthe est des mieux choisis pour la beauté de la vue, A côté de soi on a des masses de roches énormes, audessous une vallée couverte des plus beaux oliviers; sur un tertre au bas du Cytbéron, sur le versant do Karydi, se
S60 GmÈCB GONnNKHTALB ET MORBB.
déUiche, un peu pins loin, la jolie forteresse antique d*Égoslhènes, et un beau golfe bien encadré par les moutagnes verdoyantes de Pera-Ghora et de Roumélie s'étend à perte de vue à Texlrémité de la vallée. A travers ce chemin de rochers, qui semblent un mur destiné à vous barrer le passage» et à travers les bosquets d'oliviers étages au-dessous, je parvins à la vieille forteresse hellénique. On voit que ce lieu a dû être autrefois très-peuplé. La ville s'étendait au bas. Sur la mer est une tour qui ferme le môle. De grosses pierres placées régulièrement dans l'eau conduisent l'œil à déterçiiner la ferme du môle. Une autre tour carrée est placée plus avant pour la protection, du côté par oA on descend de la montagne. Une petite église est construite à Textérieur des murs helléniques. Le dessus de la porte est couvert d'une longue inscription grecque, et plusieurs autres bâtiments antiques vous conduisent des murs de la ville qui était dans la vallée aux murs de la forteresse située sur ce tertre. La forteresse est conservée tout entière du côté d'un ravin profond et moins bien du côté de la mer. Le mur du ravin est encore flanqué de ses tours carrées, conservées en entier jusqu'à une quarantaine de pieds de hauteur. Il y a quatre tours entières et plusieurs autres conservées un peu moins haut. Ce mur est flanqué d*nn épais chemin de ronde construit au moyen âge et de construction franque. Les vides du mur du côté de la mer, destinés à des tours de garde, ont été construits à la même époque, sans doute pour protéger la côte contre les incursions des pirates. Je restai deux heures à me promener à travers les ruines de cette forteresse qui n'est plus destinée à protéger personne, car il n'y a pas trace de vie dans toute cette vallée : pas une maison, pas un habitant; seulement un moulin à huile placé dans une salle de la forteresse vous mon^ tre que de temps à autre on vient des villages voisins, après la récolte des olives, en pressurer les fruits^ et un puits à poix résine, tout rempli pour servir après la vendange prochaine à la confection du détestable vin résiné fabriqué ici , prouve
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que les pevka , multipliés sur les montagnes, sont de quelque utilité. Pendant que j'étais à faire une légère collation près d*une fontaine d'excellente eau placée dans la vallée, je vis trotter à travers les bois un moine monté sur une excellente mule. 11 venait du monastère de Saint-Meletius placé à cinq lieues de là et peuplé d'une cinquantaine de moines » pour visiter cinq cents essaims d'abeilles qui avaient été ap* portés du couvent et avaient été distribués dans la vallée et sur tous les flancs du Cythéron. Tous les ans, au moment où les pevka sont en produit, les moines font transporter leurs essaims dans celte vallée pour que les abeilles puissent butiner la résine et donner ainsi une nouvelle qualité à leur mieL Sur les mille essaims au moins que possède ce monastère , la moitié est distribuée de ce côté. Il est d'n-^ sage en Grèce de transporter ainsi les abeilles à deux ou trois reprises en différents lieux, suivant la nature et l'abondance des fleurs qu'elles doivent y trouver. On paye pour cela un droit de pâture. Je revins avec mon moine visiter une dizaine d'essaims d'abeilles qu'il avait placés sur les flancs du Gythéron au milieu de ces pins au feuillage si léger et si mobile qui de loin semblent à l'œil comme une prairie et à l'oreille comme le bruissement d'une mer agitée. En re^ montant de la mer à la montagne l'aspect de trois lignes de rochers placées l'une derrière l'autre , comme une suite de fortifications naturelles, paraît plus imposant encore qu'il ne se montre quand on descend de la montagne à la mer. En se retournant du côté de la vallée , on a en même temps un tableau plein de grâce. Après avoir visité avec le moine les essaims d'abeilles placés dans un champ élevé ao milieu des pins et des rochers je repris ma route vers Yilia, où j'arrivai après deux heures et demie de voyage. Au-dessus du village de Yilia , à deux heures de distance seulement, est un plateau considérable qui s'étend depuis le haut de la montagne jusque près de Thèbes. C'est là qu'étaient placées les célèbres villes antiques de Platée et de Leuctres. Tanagra est un peu de côté sur la droite. Pen-
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4biit quelque temps je lae promenii mut cette roule amnée partout de grand* touvenlrs depuis Œdipe jusqu'à ÉpaoûnoudM. Près du célèbre champ de bataille de Platée, ou trouve encore les ruines d*on château antique^ De re*tour k Vilia je me reposai quelques instants seulement, et me dirigeai vers Tantique Élcuthère connue aujourd'hui sous le nom de (^pto-Castro. La route tourne la montagne et après trois quarts d'heure on arrive à la caserne e( au khani dp Khasa situés sur la grande route, la seule grande route deGrèce, celle d* Athènes à Thèbes par Eleusis. Je m'acheminai aussitôt à pied vers les murs de la ville an^ tique. £n dii minutes j'arrivai au ^ed de la montagne aux grands murs beUéniquas qui en revêtent la cime. Toute la ligne des murailles de Test avec les tours qui les flaaqnaient est parfaitement conservée. I^ portes et fenêtres des tourSf les portes qui conduisaient au dehors de l'enceinte, toot s'y retrouve dans une parfaite intégrité. Derrière le pre-^ mier rang de grandes pierres quadrilatérales sa voit un passage étroit, pois un second rang des mêmes niuraiUes; afin • sans doute , que, si quelque partie du premier rang était endommagée par U bélier, la ville ne courût pas pour c^ danger d*être prise. Au milieu de Teneeinte des mu^ railles ^t sur le point le plus élevé on remarque un grand ibrt ou grande tour ^épQrée, plus ruinée que les autres parties des fortilieations. JLes quatre mors subsistent cependant jusqu'à une certaine hauteur, et on voit qu'ils sont, bien que contemporains, d'une construction tout k fait différente; c'est celle qu'on a nommée cyclopéenpe ou pélagique, U les pierres sont taillées pentagonalement ou plutôt irré^ guUèrement : comme je TaLyu dans les murailles récemment exeavées. à Pelpbes , aussi bien que dans quelques parties des murs du château de livadla. Oq voit que lesdeui^ construc» tions, la polygonale et la quadrilatérale, ont di) cependant être pratiquées en même temps. Le côté occidental d'Éleuth^e, qui est flanqué par la route de Thèbes, et au delà par un ravin où coule un torrent qui tombe avec on bruit harmo-
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nieox d'nn rocher voîsîq, edt plus endommagé qoe l'autre côté ; mais la série des murs esl cepettdant complète de rochers en rochers. C'est une des plus importantes mines qu'il y ait en Grèce» et à la porte d'Athènes.
A peu près au nailieu de la route entre Éleutbère et Eleusis se trouve à gauche près du chemin un pan de ma*' raille haut d'une trentaine de pieds, et qui a fait partie d'une antre vietUe tour heUéniqoe. Cette route est fort belle. Il était huit heures du soir quand j'arrivai ao kkaoi de Koodoura« La nuit était depuis quelque temps stu've^ nue f mais la loue dcmnaii à ce passage de montagnes ro-' dieuse* eutre-^seméc» d'arbres l'aspect d'une bette et vaite forêt* Ao heu de m'arrèter au kbaoi de Kondoura je pou»sai« une lieue plus loiOf jusqu'au kbani de Khora^teno pan* utt Albanais, le {dus grand klepbte parmi les kkpbtes albanais* Pour se pa» coucher dans te cdlier od étaient ses vins ei ne pas respirer cette désagréable odeur, je fis démonlet une porte que je fis transporter dans b partie la plu» âe* ▼ée de l'écurie; car déjà il coDUtttnçaità faire un p€ia fraii pour coucher en plein air, nous étioU» au 21 septembre* J'avais trouvé le matin un peu de frakheur daae Tatmo»» phère eu reveuant d'ÉgoeCfaèoes, et la frakheur s'était fah sentir aussi à la chute du jour apirant d'arriver à Kbora. L'écurie était entièremest ouverte par^devant» maie die était fort longue^ et use quiuzaliie de chevaux, distribués des deut côtés, euTre noua et Couverture , réchaufibiest uu pero la partie de l'écur» oà je m» troovik Je fis d'iilleura allumer Utt grand feu que je fis eutretenir tome kl iicdt et autour duqttei viareut se distribuer les efméÊctet^H des moles et des ebcv an, qui éifisiit venus eommë Moi efaer« cher un asHe pour la n«it dons te kbanL Un |»olilet Ion jeune mais fort dor, du froinage fdrt vlemi et d'eseel' lent raisin de la tigue foisive , que l'oo f efidsftgesîl , me csmposèrnvt no eieellent souper, car si la dMr éiail m^ dk)cre l'appélit ne l'était pas, et je m'endeiwls foit pnisi^ UsmeHt dans mou mumeau sur nm porte en guise de bois
TABLB.
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