VOSTITZA
vaste sur lequel se balancent quelques barques pontées, et au-dessus de ce port une ville aux maisons blanches : c*est Vostilza.
Yostitza est l'antique £gium , où Againemnon convoqua les chefs grecs pour les décider à marcher contre Troie ; et où , au temps de la splendeur de la Grèce , se rassemblaient les représentants de la ligue achéenne. Ce n*est plus aujourd'hui qu'un grand bourg aspirant à devenir vîUe. Un fruit qui n'est pas même, je crois, mentionné par les anciens , et qui , au moyen âge , semble surtout avoir été employé à la teinture S le raisin de Gorinthe, passolineou uva passa, grâce à l'attachement héréditaire des Anglais et des peuples de race germaine pour le plum-pudding rend ces prétentions raisonnables.
A l'antique iËginm d'Agamemnon succéda le fief de Yostitza de la famille Gharpigny. Aux Francs succédèrent les Turcs ; puis enfin les Grecs ont ressaisi leurs domaines. Ges quatre occupations ont laissé leurs traces dans les emplacements divers successivement occupés par la ville de Yostitza.
Le site de l'antique Mgium est facile à reconnaître. Il s'étendait sur le côté oriental, du bas de la colline en remontant jusque sur le promontoire de la montagne sur lequel on voit les ruines de quelques temples ; et à l'occident , du côté où est la fontaine saline située presque au pied du grand platane qui semble avoir été le contemporain de toutes ces populations. Dans les flancs du co* teau situé au-dessus du port on retrouve quelques traces rares des anciens murs, car la pierre n'est point originaire du sol sablonneux de Yostitza; et toutes les fois que, pendant le cours des siècles, on a eu besoin de quelques larges assises , les murs antiques étaient la carrière où on allait les prendre. On rencontre de temps à autre dans les champs
< Uvas passas parvasper quas fit tinctura. Lettre citée dans Wadding, Annales des Frères-mineurs, à Tan 1259.
AM GKÈce GONTimmAi.fi et moréb.
e( près de la footaioe qoelquef monnaies anliques et dee fragmenu de eoleoBei. Le céldbre platane , situé auprès de la fontaine saline , a été fort maltraité par les éclats de la fondre et par le feu des Arabes; maïs il seiHHiserve encore fort beau. Je l'ai mesuré ; le tour de son tronc eal de dix-huit de mes pas. Sa lête s'élève au niveau du sommet de la colline « mais ses branches sont bien loin de s'étendre sur un aussi vaste espace que le font les branches du platane que j*ai vu en Eubée près d*Achmet- Aga^ Il n'en a ni la Jeunesse, ni la fraîcheur, ni Tampleun Le platane de l'Ëubée n'a pas une gerçure sur la jeune éeorce de son tronc* Un passage creusé dans le roo, d'apparence antique, conduisait! ea remontant rapidement, de la fontaine à la ville, et abré^ geait ainsi le chemin des jeunes filles qui, de toutes les parties de la ville, allaient et vont encore dans leurs grandes urnes chercher de l'eau à la fontaine saline.
Un pan assez considérable de muraille existe en en* tier près de la maison de M« Georges Meletopoulos. La partie la mieux conservée est un mur en grosses pierres de taille bien cimentées, maintenu sur deux de ses angles, et s'élevant encore h une dizaine de pieds au-dessus du sol, reste d'une tour carrée antique qui s'avançait du côté de la ville. Ce château était dans une très-belle et trèsforte situation. De là on suit de l^œil tout le golfe de Lépante, depuis Fatras jusqu'à Ck)rinthe.
En remontant au dehors de la ville actuelle du côté de Corintbe, on retrouve les restes de deux murs romains avec des fragments de mosaïque au milieu de la rue* L'un de ces pavés de mosaïque a été et continue à être peu à peu en^^ traîné par les eaux d'une branche de la rivière de Vostitza, détournée souveut en entier pour servir h l'irrigation des jardins et des vignes de raisin de Gorintbe^ Un peq plus haut, près d'une des quatre églises que l'on vient de con-* struire, dans le jardin d'une maison particulière, sont les ruines fort visibles d'un ancien temple grec. Les vastes assises de grande pierre porique ont été oéchaussées ou en-
levées fiar le preppiétaire aetœl poor bâlir s» maiseo ef Itiî faire des escaliers, maisj'ea retrouvai encore une grande quantité dans )e jardin. Deux des côtés des assises mtéy rieures du ttni|»le sont conservées, mais pour pen de temps 8MS doute. 8op9 en tempie étfiit un sonterrain asses vas(#t dansle^el je pénétrai à travers les i^r^NisssiUes, Les escalier» existent eiicoro eonekés sons la terra et sons les berbes. On éeseend envimn de qainze pieds sous le sol actuel do jardin et on trouve an passage sonterrain de trois pieds de largeur au plus ^ de afaide banteur, eonstmit d'abord en grandes pierres t puis tailié, «an dans le roe, mais danfi t^tte t^rrt nafaieniiense dont m oompooe in montagne de Vostii^a. Potif lui donner ptos de consisfaoee on a rêvât» les deof c^MH 4e la voAié d'i^ eo»eb« de stuc si aobda , qn^'A SQbrisi« «ijouid'hni nnlgré TfaumiditA
 l'entrée d« noaterrain erott eettf jolie paritaire q^i tapisse la grotte des Nympbea à Kepbtefa* On descepd k ieog d'un corridnr, et on trouve k droite deii;i retraites destinées sans 4ante à des tombeaux, hf^ éboulenieots M k terre eupérieiire gâneot an peu ia ïïmch^ et obstrnept les c6tés et le bas du sontemiio* Mais on peut cependant pénétra an éelà d'une aoixaotaine de pieds di^ l'onveriture. Là s'est eonaervée une aorte de iJieiniiiée arrondie m cto^ et revêtue de «tue, qui neinonte en niveau du eputfrraio d^ fai lerre et va toujoufa m reti^ijasant à mesure qu'elfe js'élèveb Kn eKamiuant la partie k bqnelie eomb'spondaît c^i|<9 ^mït^ n«vertni«, je remarquai qu'elle se trouvait plai^ dans l'ia-r cérfeur du lempfe et à un endroit aaiez rapprocM 4es muris^ Étai6ce là une invention eacerdotale ppnr fam entendre an beeobi des voix prophétiques ? 1} paraitrait qn'no piéd^a^l était posé au^desaos de l'onveriure du ed^ ( peiKt-éir^ étaitt M freueé aussi, pour laiiser paaaer b m% d» dm placé sur sa base. Je ne sais si une de ces tombes ne serait pas celle du héraut Talthybius et si le temple ne serait pas celui de Lucine ou celui d'Ëscul^, qui tous deux étaient fréquentés pour leurs oracles et qui, selon Pausanias, devaieni être
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placés de ce côté. Dans une des maisons de la nonvelie viUe, je vis une petite pierre antique représentant Pallas casquée, assise sur un trône, et tenant un petit pailadioan dans sa main droite; mais le travail m'en a paru plus romain que grec. Quelques personnes m'apportèrent aussi des monnaies antiques; mais la plupart étaient romaines ou byzantines, et les autres étaient communes ou frustes. Suivant la Chronique de Morée * les Français, au moment de leur débarquement à Kato-Achaîa près de Fatras en 1 205, se dirigèrent par le rivage sur Vostitza et s'en emparèrent. Lors de la répartition qu'ils firent des fiefs entre leurs principaux barons, Vostitza fut donnée avec huit fiefs de cavaliers à Hugues de Gharpigny '. Les Charpigny , plus connus ensuite sous le nom de siresde La Youstice (Vostitza), restèrent fort long-temps en possession de leur fief. J'ai retrouvé leur nom de sires de Charpigny et de La Vouslice dans bon nombre d'actes et de faits des treizième et quatorzième siècles. Un Gui de Gharpigny (Guido de Charpini) est mentionné dans un rescrit de Charles P' d'Anjou du 25 mai 1280, dans les registres angevins du Palazzo Capuano de Naples *. Vers l'an 13^5 , Guillemette de Charpigny , dame de La Voustice , vendit sa seigneurie de Vostitza à Marie de Bourbon femme de l'empereur Robert de Tarente. En mars 1364» Marie de Bourbon, princesse d'Achaye et impératrice deConstantinople, aliéna, un peu avant la mort de son mari Robert, cette seigneurie de Vostitza en faveur de Nicolas Acciaiuoli. En l'an 1391, suivant le recensement que j'ai publié^, La Voustice avait deux cents feux et était entre les mains d'Azan Zaccaria Centurione, seigneur d'Arcadia^ qui prenait le titre de vicaire de la principauté d'Achaye. Le château féodal des Charpigny était bâti sur le promontoire même qui domine le port; mais, de même que
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s Voyez t. i de mes Recherches, p. 223*
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les Francs, pour bâtir leur forteresse sar ces terrains dénués de grandes pierres, avaient arraché les assises des temples antiques, les Grecs et les Turcs, qui ont succédé aux Francs, ont détruitleurs châteaux et leurs forteresses féodales pour construire leurs maisons. Une reste donc presque rien de la Youstice des Francs , seulement remplacement du château féodal est marqué par quelques ruines de muraille près de la partie conserr ée du mur antique et tout le long de Tescarpement qui s'avance vers la mer.
La«yostitza turque était située sur le penchant du côté orienta], près du ruisseau de la Yostitza, à mi-côte. £n suivant le petit nombre de masures qui subsistent encore et qui sont placées au-dessous de la nouvelle ville grecque, on se demande , ainsi qu'on le fait à Fatras, ainsi qu'on le fait dans vingt villes de Morce, ce qu'est devenue l'ancienne ville : elle a été brûlée tout entière dans la dernière guerre; les maisons turques comme les maisons grecques, selon que chaque parti triomphait tour à tour.
Depuis que la Grèce a commencé à renaître indépen-> dafnte, de grands efforts sont devenus nécessaires pour réparer les désastres passés. Il a fallu que ceux qui avaient survécu à cette guerre d'extermination s'armassent d'un courage et d'une persévérance qu'on ne saurait trop admirer. Après avoir donné la sépulture à leurs parents les plus chers égorgés sans pitié , et après les avoir souvent aussi vengés sans pitié; au lieu de désespérer de leur avenir, sur cette terre partout incendiée et désolée ils se sont mis à rebâtir des maisons meilleures, à planter des vignes et des fdiviers. Les nouvelles villes se sont rapidement formées et agrandies, refaites à neuf et en toute hâte, souvent sans trop d'égards pour la symétrie, ainsi que le font des gens trop pressés ; et il n'en est peut-être pas aujourd'hui une seule qui ne soit plus florissante qu'elle ne l'était avant sa destruction, tant la liberté peut enfanter des prodiges* Yostitza a été rebâtie en entier et en deux lieux différents» D'abord on avait construit la nouvelle ville sur le bord de
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h nm et aotoar do fMneom plaCaoe et da la foiiUiae; nais bieiCél, a'apercevant que ht œaraifl, ntuéi» à oB^demi-iîeae de la ville, rendaient ee lien fort insalubre, les babitant^ renonlèreBt, povr retrauver la Voitita du mofea lge« sur la eoMioe eà étaient disperoéea tea roinea de son vieux château. A Taide de cea roinea on hftti$ qoel^piea oiaiaons de pierre ; iea autres BiaiaoBS forent conb^tieipiite aflrea une anrte de piaéfaitde terre argileuae durdeanaoieil, en forme de &iIt les, liées ensemble par un peu de foki détvempé, et r eeûBver-r tes enauite de plâtre tnèa^blaofi. GeaeepàeeadJe CDnatmciions réaiateBt fort bien ans treinblemeati de terre f t durent trèa4(Hig''teaipa. Qotiqnes betiea naieena ont ét^ bâties sur nn plan dreasé pvioiitivenient pour le noiiffelle ville et altéré depuis, wais ee dernier plan a fini par paévafeîr : le plus grand nombre des maisena, seit grande^, soit neyenir nés, soit petites, aontplaeéea eonfoménient au dernier plan, Des raes droites et inrt latigeB, mais maHieurense** ment sans portiques, impréviafance impardonnable dans ce pays chaud, et surtout si près de Fatras, où on avait eommenée I les introduire, s'étendent eur toute la eoiliae. Les plus foeilef maisons sont celles poasôdéies par les fières Mér iétopoulos, qui disputent à la famille Lq^mIos la suprématie munie^le el qui ont eueeédé â TinflueniDedes Deiy^ni, Le trôqe de dimarque est ici un grand objet d'aoibîliop pour toutes les familles dea aneiepis fcodja^basebi ; aussi el^que parti ménageât-il beaueoiip les électeurs futurs pour se p^r pétuer dans un pouvoir qui eonfère è la fois l'aniorité légaJe« un petit revenu et des moyçns fiieiies d'aemtflre régmiièrement Ton etTautre. Les étmngiers à la dimarcbie ont son-r vent k senffi'ir de ee besoin an dimanpe de caresser son people,car pour ne pas Uesser ses électeurs fqtiiFS il se mmt»e fort tolérant envers leurs prétenlioos les pins ridicules et envers leurs exigences les plus déraisonnables. Cet incon vénient disparaîtrait bientôt ^ TeixeUefit systèjne uuiiiicipal qui régit k Grèce était complété par le système iks éperdues (arrc»daiisemenls) e| d^s j^fOiiiar^ûes (départe-
ments), et si à soa tour ce système était complété par une régulière organisation du pouvoir public ou représentatif; uiais tout a éié promis et rien encore n'a élé fait.
Outre les grandes familles que je viens de mentioimer, il y en a à Yosliiza une dizaine d'autres qui jouissent c[*und trentaine de mille livres de rente obtenues par la culture du raisin de Corinthe< Le vin de Yosiitza est aussi de bonne qualité; mais, bien qu'on ait fabriqué des caves sous toutes les maisons nouvelles » on ne sait pas encore bien conser-* ver le vin , et on ne le confectionne pas avec assez de soin pour le vendre au dehors. La ville a un revenu de /iO à 60,000 drachmes : avec cela on a déjà bâti une fort belle école pour les jeunes gar^tii. Dé nouveaux fonds de souscription s(5nt réunis pour en bâtir une autre pour les jeunes filles , et un gymnase ou école secondaire de tardera pas à être organisé ; une promenade a aussi été préparée , et on y jouira d'une fort belle vue sur le ravin 6itué du côté de la campagne et sur la mer, £a visitant cette partie éb la ville # je poussai ma promenade jusqu'en face de la montagne au bas de laquelle est situé le riche couvent de Taiiarcbis ou l'archange MioheL Les Turcs ayant brûlé l'ancien couvent^ situé sur la montagne, je dus renoncer à l'espoir de retrouver une seule charte i un seul manuscrit^ Avec leur revenu fort considérable de 90^000 drachmes, ces moines ont fait rebâtir leur nouveau couvent tout au baà dé la montagne ; tnais là position nouvelle est si mal* saine qu'ils voht la quitter et rebâtir ud second monastère plus haut sur la biontague, au milieu d'une pelouse verdoyâhte entourée de bois de toutes parts. L'air y est ex* cellent ^ les eaui sont pures et abondantes ^ et la vue» qui s'étend sur le golfe de Gorlnthe » sur l'Hélicon , le Gythéron et le Parnasse^ est une des plus belles du paysi
De ma chambre à Yostitsa chez M. Georges Mélétopoulos j'avais aussi une vue délicieuse sur le golfe et la petite île de Tritonia» et^ de l'autre côté du golfe , sur la montagne où est situé le monastère de Yarnacova. Grâce aux
53f GRÈCE CONTINENTALE ET MOREB.
a^anlages de sa position et au raisin de Corinthe, que l'on a replanté partout et en plus grande quantité , Yostitza peut espérer une prompte renaissance. Son port est sûr quoique peu spacieux et peut-être un peu trop profond sur les bords pour que les bâtiments marchands puissent aisément y jeter l'ancre. Sa proximité de Salona, de Galaiidi , de Lépante et de Missolonghi par mer la met en rapport avec la Rumelie; sa proximité de Corinthe, avec Athènes, l'Âttique et l'Orient ; enfin sa proximité de Fatras , avec TËurope.
lIEGA-SPaEON. — CAL AVB YTA. — TREMODLA. — VLONGOKA.