‹ La Grèce de la Décadence: Aux Points de Vue Économique et SocialChapitre 37 sur 44 · CHAPITRE Il L'APPEL DES PARTIS À L'ÉTRANGER · texte numérisé non relu

CHAPITRE Il L'APPEL DES PARTIS À L'ÉTRANGER

= ce L'intervention macédonienne

« De tous temps . factions ouvrirent la Grèce à

3 l'étranger » (x).

Elles ne se firent jamais nerdbule de livrer leur patrie à l'ennemi pour y devenir les maîtres. Appeler l'étranger semblait lécitime, du moment qu'il ne renversait pas les

lois de Ha cité et n’y introduisait pas de garnisons. Déjà au temps des guerres médiques, les Perses avaient trouvé des

partisans en Grèce. Sparte avait attaqué les tyrans en Grèce

et les avait chassé. Les Perses les maintenaient au contraire ‘en Asie. Hippias chassé d'Athènes comptait que Darius y

restaurerait son pouvoir. À la fin de la guerre du Pélopo-

nèse l'épuisement des combattants les tourna vers la Perse. L'une après l’autre, Sparte et Athènes, obtinrent son con-

cours. Pour obliser ses adversaires à désarmer et briser les unions locales, Sparte négocia avec la Perse la paix d'Antalcidas qui livrait les Grecs d'Asie au grand roi. La haine des Perses avait d’ailleurs disparu : la Perse et la Grèce n'avaient ni haine de race, ni opposition irréductible de civilisation.

n 17) CEA principalement le système de gouvernement

qui les séparait. Il fallut les discours enflammés de Gor-

gias et d’Isocrate pour imposer l'idée d'une guerre de re-

vanche.

(1) Fustel de Coulangeés. Polybe ou la Grèce conquise par les

À Romains.

Mais un autre peuple étranger intervient alors. Les Macédoniens en effet ne sont pas considérés par les Grecs comme des compatriotes : quand après la guerre sacrée, Philippe Il roi de Macédoine, obtint une voix dans l'amphyctionie delphique, elle fut donnée au roi non au peuple de Macédoine. Ses partisans sont nombreux en Grèce : les défaitistes comme Phocion à Athènes qui croient les Grecs incapables de lui faire la guerre, les traîtres comme Eschine, ceux qui pensent comme Isocrate qu'il est seul capable de conduire la Grèce à la guerre contre la Perse. La plupart des hommes d’état grecs auraient choisi des deux maux, plutôt la prépondérance du-roi de Perse, plus éloigné, que celle du roi de Macédoine,

Victorieux, Philippe constitua la ligue de Corinthe où entrèrent tous les états grecs sauf Sparte. Les états envoyaient des représentants munis des pleins pouvoirs à une assemblée qui devait se réunir périodiquement : Philippe était président de la ligue et généralissime des troupes grecques en cas de guerre. La Macédoine était en dehors de la ligue, mais concluait avec elle une alliance défensive et offensive.

Pour la première fois, la Grèce est unifiée par la conquête. Mais les Grecs n’ont pas perdu encore l’orgueil du nom. L’élite tient encore à la conception de la cité. La Grèce ne veut pas d’une unification sous l'égide de demibarbares. Philippe n’observe pas les garanties qu’il a données à la diète de Corinthe. L'histoire de la Grèce pendant 150 ans fut une rébellion « incessante, quotidienne, invaincue » contre la Macédoine.

Les questions sociales vinrent compliquer le problème politique. Les rois de Macédoine eurent d’abord une certaine tendance à faire prédominer partout l’oligarchie. C'est dans ce sens que fut réformée la constitution athénienne en 322 par Antipater et en 318 par Cassandre. Puis Antigone Gonatas exerça sa dénomination en Grèce par l'intermédiaire de tyrans locaux qu'il installait et qu’il soutenait: le système déplut suffisamment aux Grecs pour qu'ils réalisent une sorte d'union, foute provisoire d’ailleurs — contre son successeur Démétrius.

Antigone Doson se plaça du côté achéen contre l’élé-

ment populaire et réussit à reformer la ligue de Corinthe à l'assemblée d'Aegium en 223, mais les Etoliens, Sparte . et Athènes restèrent en dehors. La ligue achéenne à l’apogée de sa prospérité fut compromise par sa collusion avec la Macédoine et par son égoïsme éclatant à l'égard de Cléomène, sans doute le dernier génie de la Grèce. Philippe V provoqua au contraire le divorce entre l'élément aristocratique et la Macédoine comme l'avait fait Gonatas, mais cette fois définitivement. Son confident Démétrius de Pharos le poussait à renverser le système fédératif avec l’aide de la démocratie et à faire la guerre aux Romains. Mais, soit qu'il n'osât pas, soit qu'il ne pût y réussir, il n'eut pas la totalité du peuple pour lui. Les Etoliens gardèrent une rancune « nationale » contre la Macédoine. Les mœurs, les violences, l'ambition de Philippe déplaisaient à l'aristocratie grecque.

Quand la question se posa de savoir, non plus si la Grèce redeviendrait indépendante, mais qui la dominerait, non plus si elle resterait déchirée, mais qui réaliserait son unité, | « intelliguenzia » grecque hésitante, pencha vers Rome. Philippe V fortifia ce sentiment par son avidité, son inconstance, ses fautes. Polybe lui reproche dès son avènement, son indulgence à l’écard de Sparte. Il exagère l'engouement primitif des Grecs pour lui, pour mieux relever sa méchanceté à leur égard, mais s’indigne avec raison contre les destructions de Temples en Etolie, de lieux saints et de tombeaux en Attique, qui le rendirent odieux à toute la Grèce. Athènes décida que les Macédoniens étaient à jamais exclus du sol Attique.

Pendant la deuxième guerre de Macédoine, tandis que le peuple d’Argos livrait la ville aux Macédoniens, les riches à Opunte ouvraient les portes aux troupes romaines. L'aristocratie des Acarnaniens s’unit à Rome par un décret, mais la démocratie reprenant le pouvoir abrogea le décret, se déclara formellement pour Philippe et résista aux Romains. Les troupes ‘thébaines combattirent avec Philippe à Cynoscéphales, mais l’arstocratie laissa Flamininus prendre la ville. Le dernier roi de Macédoine ; Persée, consomma la séparation entre son pays et la bourgeoisie grecque. Quand le désordre économique et l'agitation populaire fu-

PQ AT PENSER PEL IE EURE LOS A APE WT re M ne en ne RE EN AE dar EE

rent à son comble, il fit placardér dés invitations à venir

en Macédoine, aux Grecs que les discordes, les dettes où

les condamnations judiciaires obligeaient à quitter leur

pays. La ligue achéenne était, au moment de la troisième guerre de Macédoine, la seule puissance notable de la Grè-

ce. Après avoir tergiversé, elle se déclara pour Rome et

vingt ans après, elle envoya un contingent pour réprimer la révolte du macédonien Andriscos.

La cause de la Macédoine a été perdue par sa faute. La Grèce tournée géographiquement plutôt vers l’est que

vers le tord, eut plus de liens avec la Perse civilisée qu'a-

vec la Macédoine barbare. Après l’effondrement de l’empire perse, elle 8e refusa à être considérée simplemént comme une partie d'une monarchie hellénistique.

À la longue pourtant ét quand Ia question de choix se posa, les deux ligues où résidait le reste de la puissance grecque sentirent que la Macédoine avait plus de droits que Rome à réaliser l'unité hellénique dont elles rêvaient. « Le temps était loin ou Démosthène pouvait injurier cette parente arriéréé des cités grecques. Peu à peu, les Macédoniens s'étaient acheminés vers la commune civilisation hellénique » (2) ; bien des états grecs, tels que la Thessalie, la Béotie, étaient donc résignés à admettre comme pis-ailer

la domination macédonienne. Maïs les luttes sociales aveu-

glaient les meilleurs esprits. Les fautes politiques de Philippe V et la propagande romaine firent le reste. L'élite grecque ne vit pas que la Macédoine, soumise constamment à la pression des Barbares sur sa frontière du nord, était une voisine moins dangereuse que la jeune puissance romaine et inclina du côté du plus fort qui l’asservit plus complètement que ne l'aurait pu faire aucun roi de Macédoine.

IT. = L'intérvention romaine

À la fin du nr siècle, « la Grèce était redoutable par

sa Situation, sa force, la multitude de ses villes, le nombre

(2) Ettore Païs. Histoire romaine.

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