‹ La Grèce de la Décadence: Aux Points de Vue Économique et SocialChapitre 36 sur 44 · PRE · texte numérisé non relu

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Buerre du Péloponèse dans des milieux de plus en plus - étendus. Les orateurs surtout ont agi pour la diffusion de __ Vidée nationale. L

Er be discours olympique, morceau d’apparat sur la po-

litique générale du monde grec, naît au début du 1v° siècle, sans doute avec le discours olympique de Gorgias en 392 » (3). Gorgias avait vu comment Sparte, avec l’aide des Perses avait abattu l'empire athénien et comment ensuite les Thébaïins et les Athéniens également avec l’aide des Perses avaient fait subir le même sort à l'empire spartiate : ainsi les Grecs d'Asie étaient retombés dans l'esclavage perse dont les avaient autrefois délivré leurs aïeux. En 392, Gorglas recommanda ardemment aux Grecs assemblés, l’union et la guerre aux Barbares, seule digne d’eux et qui sauve- rait la Grèce de la détresse et de l’émiettement. À Athènes, dans un discours à la mémoire des citoyens tombés pendant la guerre de Corinthe, il parla dans le même sens : à la triste victoire sur des frères grecs il opposa les jours de Marathon et de Salamine, les seuls vrais jours de gloire d'Athènes, Les paroles de Gorgias eurent un grand retentissement. La réconciliation des Grecs, la guerre nationale contrée les Perses, pour la libération des frères d'outre-mer, devinrent les thèmes habituels des orateurs aux fêtes panhelléniques, preuve que ces idées recueillaient l’aphrobation ds auditeurs. Sur la tribune politique aussi de temps en temps, on entendait des discours analogues. Même Démosthène nomma un jour le grand roi, l'ennemi héréditaire et attribua tous les maux dont souffrait la Grèce à Ia division intérieure et à l’ingérence perse qui l'avait pro- voquée, Il fallait à la Grèce quelqu'un pour l’unifier. Les orateurs parlaient bien, mais on oubliait vite leurs paroles. : | Personne n'agit aussi longtemps et aussi inlassablement qu'isocrate, en faveur de l’idée d’unité.

Quand la paix d’Antalcidas eut livré 4ux Barbares les Grecs de l'Asie Mineure et qu'Euagoras de Chypre eut lutté

(3) Glotz. La Cité grecque.

désespérément contre les Perses plus puissants, Isocrate prononça son Panégyrique, véritable manifeste du parti panhellénique, pour entraîner les Grecs à la guerre contre la Perse. « Nous ne pouvons jouir d’une paix durable, déclara-t-il, tant que nous ne réunirons pas toutes nos forces contre les Barbares et nous ne pouvons non plus réconcilier les Hellènes que si nous marchons ensemble pour nous enrichir par la même conquête. » « Si des étrangers voyaient ce qui se passe parmi nous, ils nous déclarcraient les uns et les. autres atteints d’une égale folie, nous, qui, pour de si faibles intérêts, nous exposons aux chances de la guerre quand nous pourrions, sans aucun danger, faire de si grandes conquêtes, nous qui ravageons notre pays de nos propres mains et qui dédaignons de profiter des ressources que nous offre l'Asie. » L'idée d’une guerre de représailles contre les Perses et de conquêtes en Asie était à la mode au 1v° siècle. Mais les hommes d'état grecs pensaient à toute autre chose qu’à d'aussi grands desseins. Isocrate se retourna alors vers les monarques. L'idée monarchique cest dans l’air à cette époque. De fortes personnalités s'étaient déjà révélées pendant la guerre du Péloponèse, qui s’efforçaient de soumettre leurs cités à leur politique personnelle, ce fut le cas d’Alcibiade, de Lysandre, de Critias.

Aristote constatait que « c’est désormais une habitude prise dans les cités de ne plus vouloir l'égalité, mais de se pousser au pouvoir ou quand on a le dessous de se résigner à l’obéissance ». Xénophon cherchait l’homme qui saurait « commander à des volontés ». On réclamait un chef. Isocrate se tourna vers Jason de Phères, le maître de la Thessalie. Il accepta le plan de la guerre à la Perse, mais fut assassiné en 370. Lorsque Denys de Syracuse se rapprocha d'Athènes et commença à intervenir activement dans la politique grecque, Isocrate crut avoir trouvé en lui le sauveur de la nation. Mais la guerre à Carthage était pour Denys un souci plus pressant que la guerre aux Perses. Il sembla ensuite que les espoirs d’Isocrate allaient se réaliser. Athènes, alliée à Sparte, fit front contre la Perse. Agésilas défendit victorieusement l'Egypte contre Darius et Chadès :

remporta d’éclatantes victoires sur les Satrapes de l'Asie Mineure. | à Isocrate proposa alors au roi Archidamos de Sparte de se mettre à la tête des Grecs pour conduire la guerre de délivrance, mais Archidamos voulait par l'union avec la Phocide rendre à Sparte sa place dans le Péloponèse et n était pas tenté par les entreprises de grande envergure. Athènes resta isolée et dut faire la paix avec le grand roi. Isocrate pensa alors à Philippe de Macédoine, qui commençait à se tailler en Grèce une place qu'aucun prince Grec n'avait jamais eu. 11 lui envoya une lettre ouverte où il développait son programme politique. Le roi fortifierait la paix en Grèce, puis il conduirait les forces de la nation unie contre l'Asie. La guerre serait facile si la Perse ne trouvait pas d’alliés en Grèce et une conquête de tout l’empire entrait dans le domaine des possibilités. Ce serait en tout cas intéressant d'enlever au moins l’Asie Mineure au grand roi et d'y fonder une série de colonies où se fixeraient les hordes faméliques qui remplissaient et désolaient les cités grecques.

En fait, Philippe exploita l’idée panhellénique dans l'intérêt de la nation macédonienne et de sa dynastie et la Grèce ne mit aucun enthousiasme à suivre Alexandre contre les Perses. Sans doute les Grecs pensaient, comme Isocrate, que leur race était une race élue, qu'il v avait entre Grecs et Barbares, la même différence qu'entre les hommes et les animaux. La Grèce arrêtée à l’ouest par les Cartaginois et les Italiotes avait aussi besoin de s'étendre vers l’est. Isocrate, le premier publiciste du temps, fut beaucoup lu ; ses disciples devinrent les guides intellectuels de la Grèce; mais les hommes d’état, ses contemporains, étaient absorbés par les querelles des cités et ceux qui restaient fidèles à l’idéal des libertés helléniques craignaient Philippe ; Démosthène, autant qu'Isocrate, rêvait de l’unité nationale. « Quand vint le moment de la guerre décisive contre Philippe, Démosthène vit qu'Athènes devait faire faire à la Grèce un pas décisif. Il proclama qu’Athènes avait pour devoir de sauvegarder l'indépendance de tous les autres Grecs. Il fixa les principes constitutionnels d'un grand état hellénique, le partage du commandement

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et la proportionnalité des obligations aux ressources. » (4). Philippe réussit à réunir toute la Grèce sauf Sparte dans la « ligue de Corinthe », mais cette unité imposée par le vainqueur ne fut pas acceptée par les Grecs. Pas assez forte pour repousser le joug macédonien, la Grèce n'était pas encore assez faible pour l’accepter docilement. Une nation étrangère à la Grèce classique échappa à l'emprise de Philippe, l'Etolie qui, après les grands bouleversements succédant à la mort d'Alexandre, joua un rôle de premier plan.

Au mr siècle, la ligue fut la formule politique dont la fortune fut la plus éclatante. Les maux de la Grèce se sont aggravés depuis le siècle précédent : elle en cherche un remède dans l’union. Ces associations furent les unes éphémères, les autres plus ou moins durables, telles les ligues crétoise, thessalienne, béotienne, arcadienne, acarnanienne, locridienne, lesbienne, troyenne, ionienne. Les liques étolienne et achéenne en sont deux exemples particu-lièr ement réussis.

La fédération des peuples étoliens datait du v° siècle L’Etolie est un pays montagneux, pauvre et isolé. Au 1v° siècle elle réussit à prendre “pied sur le golfe de Corinthe. Après une courte éclipse la ligue s ’accrut à la fin du siècle d'une partie de l’Acarnanie. Elle intervint dans les que- : relles des successeurs d'Alexandre, s’étendit en Doride, en Phocide, régna sur Delphes. Après la bourrasque de l’invasion gauloise, les Etoliens reprirent leurs conquêtes,

Au nr siècle, ils devinrent les maîtres de la Grèce du nord et partagèrent l’Acarnanie avec l'Epire. Ils possédaient aussi l’Elide dans le Péloponèse. La ligue était gouvernée par l'assemblée de tous les citoyens, souveraine, décidant de la paix, de la guerre, des traités, de la justice, réunie deux fois l’an au printemps et à l'automne, Elle désionait un stratèse qui assumait le pouvoir exécutif dans l'intervalle des sessions et partageait le pouvoir réel avéc un conseil ou synedrion dont les membres étaient élus par. les cantons proportionnellement à leur contribution en

(4) Gloiz. La Grèce au 1v° siècle,

int et en sons et avec une commission de 30 apo- clètes.

: Les Etoliens vivaient ordinairement de brigandage et de piraterie. Bons soldats et bons politiques, ils n'étaient aux yeux des vrais Grecs pas plus Grecs — pas plus civilisés par conséquent — que les Macédoniens, mais seuls des Grecs ils gardaient l'énergie, la vitalité, l'amour de l'indépendance. <

L'Achaïe s’étendait sur la côte sud du golfe de Gorinthe dans le Péloponèse. Une première ligue ’achéenne exista au 1v° siècle. Une seconde se constitua vers 288 et au milieu de 11° siècle FPE une bonne partie du ae nèse.

Elle était gouvernée par un Sénat (synkletos) où entrait tout citoyen de 30 ans, de compétence illimitée et s’oc° cupant particulièrement de la politique extérieure et par. un Conseil (synodos) composé de dense des cités, qui expédiait les affaires courantes. Deux, puis un seul stratège avaient le pouvoir exécutif. Les deux ligues représenaient les deux formes de fédéralisme apparues déjà au 1v° siècle, fondées, l’une sur la domination, c'est le cas de la ligue ie (seuls les Etoliens décident des affaires de la Confédération, les villes agrégées à la ligue reçoivent un gouverneur et souvent une garnison), l’autre sur l’égalité : toutes les cités de la ligue achéenne ont les Inêmes droits. Dans chacune des deux ligues, les villes coneluent une alliance défensive et offensive, ont un même Sénat, un même stratège, les mêmes lois, le même tribunal, les mêmes poids et mesures, la même monnaie.

Ces deux ligues représentaient un contre-poids possible à la puissance macédonienne et peut-être un acheminement vers l'unité de la Grèce, Une entente fut malheureusement rendue impossible par les luttes sociales. Les propriétaires fonciers dominaient dans la ligue achéenne

. et jugeaient sévèrement les Etoliens. « Sans cesse ils ravar geaient la Grèce ; faisaient la guerre à tous les peuples sans la déclarer au préalable. Les Etoliens ne connaissent ni les lois de Ja paix, ni celles de la guerre. Dans un «as comme dans l’autre, ils poursuivent Leurs entreprises au

mépris du droit des gens et des règles qe Re toute l'humanité ». (Polybe, livre IV).

Les deux ligues ne furent unies qu’une fois en 239. Elles conclurent une alliance, mais ce fut pour faire la guerre à Démétrius, roi de Macédoine, alors que la Macé-doine était nécessaire aux Grecs pour les protéger des Barbares du nord et des Romains qui grandissaient rapidement non loin d'eux. Depuis, les deux ligues furent toujours dans des camps opposés. La ligue achéenne s'attira une maladie mortelle en incorporant Sparte et la Messénie. Sparte fut le mauvais génie de la ligue avant comme après son admission et fit le jeu de Rome contre ce dernier rempart de l’indépendance grecque. L'une après l’autre, les deux ligues cédèrent aux armes romaines.

La communauté de race, de langue, de civilisation, n’avait pas suffi à opérer l’unité nationale. La communauté de religion pouvait-elle davantage ? L'action panhellénique des grands sanctuaires grecs, tels que Delphes, est certai-

e : le culte de Zeus à Olympie, celui d’Apollon à Delphes créaient un lien entre les cités grecques. Pour les solennités les états grecs surent s'imposer près de leurs sanctuaires la trêve de Dieu, nécessaire à la sécurité des pèlerins. Mais d’après son essence, la religion grecque ne pouvait pas être le lien de la nation.

Dans sa force principale, c’est-à- dire comme religion de la ville particulière, de ses Temples et de ses tombeaux, elle accroissait plutôt le potentiel de haïne contre d’autres cités. Ses dieux sont en lutte entre eux et reproduisent la vie de disputes grecques. Son polythéisme ne différencie pas le peuple grec des autres peuples. La tolérance des Grecs, leur faisait admettre les dieux étrangers et les mondes religieux les plus différents du leur séduisaient leur imagination. La religion grecque n’était pas « nationale » elle ne pouvait pas être un facteur d'unité.

Les luttes sociales empêchèrent tout rapprochement sincère des Grecs. Démosthène disait aux Athéniens : « Mieux vaudrait pour vous, à mon avis, avoir pour ennemis tous les Grecs unis dans la démocratie, que d’avoir pour amie une Grèce oligarchique. Car entre les aristocrates et la multitude, entre ceux qui veulent être les maîtres

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&) Glotz. La Cité grecque.

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