‹ La Grèce de la Décadence: Aux Points de Vue Économique et SocialChapitre 6 sur 44 · TO · texte numérisé non relu

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vigation fluviale. Il a jeté dans la circulation les trésors en- # tassés dans les palais de Suse et de Persépolis. Le gonflement

de la circulation monétaire, faible jusque-là et grossie d’un

coup de plus de 100.000 talents (x talent 6.000 francs-or),

correspondit à une augmentation analogue de la produc-

tion. Les aptitudes naturelles des pays conquis sont infinies. L'Orient donne à profusion le blé, le vin, l'huile, les textiles, le sel, le cuivre, l'or, l’argent et tous les produits de . luxe indispensables aux parvenus des nouveaux royaurnes

et si appréciés des Européens « l’encèns, la casse, le séné, les résines, la myrrhe, l’aloès, le cinnamome, le poivre, l’œillet, le sucre, le riz, l’écaille, les diamants, les saphirs, les émeraudes, les améthystes, les opales, les topazes, les rubis, les jacinthes, les perles, les toiles, les effilés de coton et de laine, l’ivoire, l’indigo, l’anis, les mousselines, l’é-

bène, le bois de teck, le marbre, le nard, la pourpre, le

verre, le cristal, les étoffes teintes, les soies, les demi-soies, tous les trésors de l’Inde, toutes les raretés de la Chine » (x).

Grâce aux Grecs, l'Orient sortit donc de sa léthargie économique. La stricte discipline étatique des nouveaux royaumes en coordonnant les efforts individuels en obtint

un rendement maximum. L’absolutisme est justifié politi-

quement : les royaumes sont fondés sur la conquête macédorienne, le vainqueur a un droit éminent sur les biens et

sur les personnes. Il en était ainsi en Grèce, mais il s’agis-

sait de la domination plus ou moins brève d’une cité sur une ou quelques autres. Ce qui était là bas hégémonie devient ici impérialisme, succèdant au despotisme sacré des Achéménides et des Pharaons. Les nouveaux maîtres eurent peu à faire, car si les dynasties changèrent, l'administration resta, armature de la population travaillant pour l'Etat en Perse et en Egypte, efficace instrument de domination pour les conquérants.

La volonté de puissance, exaltée par ces divers facteurs

favorables, s’empara des esprits. Les nouveaux souverains

dans leur orgueil de parvenus rêvèrent d’empire universel. C’est l’époque des villes-champignons, remplaçant en Asie

(1), Barbagallo. Le déclin d’une civilisation, p. 241.

l'éparpillement des nomades, serrées en certains endroits les unes contres les autres (40 villes en Haute-Syrie entre le Taurus, le Liban et l'Euphrate).

e Grâce aux progrès de la technique et à l'entrée des masses continentales dans la vie économique du monde, certaines villes, bénéficiant à la fois d’un commerce extérieur de grande envergure et d’une production industrielle abondante, devinrent des métropoles économiques. La civilisation s’épanouit dans la grande ville et non plus dans la cité grecque. ‘Le centre de la vie économique n’est plus l’Egée, mais le bassin oriental de la Méditerranée. Les Séleucides, en abandonnant la ligne des anciennes capitales, Ectabane — Suse — Persépolis, pour une ligne nouvelle Séleucie-Antioche proche de la mer, les Lagides en délaissant Memphis et Saïs pour Alexandrie permettent le grand essor du commerce méditerranéen. Bientôt les grandes routes commerciales conduiront d'Egypte et de Syrie en ftalie ;

Délos ou Rhodes seront de simples relais ; d'Athènes, de

Mégare, de Chalcis il ne sera plus question.

À l’époque hellénistique, « les intérêts matériels deviennent pour la première fois une puissance » (2). L’économique a le pas sur la politique. Pour être toujours plus riche, donc toujours plus puissant, on disputera au voisin les routes commerciales, les débouchés sur la mer. La croissance des périls suit l’augmentation des ressources. Pour y parer il faut une armée toujours plus forte (Ptolémée IT fit campagne avec 57.000 fantassins, 23.300 cavaliers, 2.000 chars — il laissa à sa mort une armée de 120.000 fantassins, Lo.coo cavaliers avec 300 éléphants) donc des ressources toujours plus considérables, ce que donneront une organisation perfectionée et une fiscalité oppressive.

Nous allons maintenant traiter des grandes branches ‘ de l’activité économique, en distinguant dans chaque cha- pitre l'étude de la société grecque « formée par la nature » et celle de la Société hellénistique « déterminée moins par ce qui est donné que par ce qu'on cherche » (3).

(>) Droysen. Histoire de l’hellénisme, Tome III, p. 606. (3) Droysen. Histoire de l’hellénisme, Tome III, p. 605.

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