La Grèce devant le Congrès
M. Alfred Croiset fait connaître dans les termes suivants le but de ces Conférences :
Mes dam ks , Messieurs.
Im Ligue française pour lu Dèfensp des Droits de V Hellénisme orç/anisf' (pirlques conférences pour faire mieux connaître au publie français certains aspects de de la Grèce d^ aujourd'hui .
Samedi prochain^ M. Joseph lieinach parlera, d'une façon (jénérale,de la question politique relative à la situation de la Grèce. Ensuite, M. Alfred Berl^ qui a beaucoup voyagé dans tous ces pays d'Orient, parlera des Grecs en Thrace. Enfin ^ M. Sartiauj-, auteur de fouilles remarquables dans les environs de Smyrne et qui. en même temps qu'il est un savant, a voyagé en touriste et en homme qui sait voir, nous rapportera ses impressions personnelles sur la situati(m des Grecs dans toute cette régio)!.
Aujourd'hui , nous allons avoir le plaisir d'entendre M. le Général Malleterre. Il va nous parler de l'armée grecque, qui a recommencé d'exister, on peut le dire,
grâce à M. Vé^iizélos, et qui. à coté de nos troupes, s'est conduite avec un héroistne dont nos journaux d^Occident, pourtant peuinformés. ont rependant transmis les exploits jusqu'à nous.
M. te iiénéral Malleterre n'a pas f)esoin de vous être présenté. Il est bien comu du public français autant par ses actes que par son talent de parole. Il est de plus à îuême que personne de vous entretenir de ce beau sujet concernant l'année grecque et j'ai hàle d-.'. lui donner la parole. (Applaudissements.
La Bataille de Macédoine
CONFÉRENCE
M. le Général MALLETERRE
MoNSlKUl! LK PrKSIDKNT,
MesdAxMes. Messieurs.
Le 10 septembre dernier, un communiqué de l'armée d'Orient nous apprenait <[ue cette armée prononçait une attaque sur le front de Macédoine. On en éprouva quelque plaisir : néanmoins on accueillit d'abord cette nouvelle avec une certaine indilTérence. Nous étions occupés, à cette époque, à piquer sur la carte les progrès successifs de nos armées sur le front d'Occident. Deux ou trois jours auparavant, nous avions applaudi à la reprise du saillant de Saint-Mihiel par les troupes américaines. Cette entroV' en ligne nous permettait d'augurer de la prochaine bataille qui semblait devoir être engagée bient(>t par nos armées de l'Est. Puis les
conimiiniqués de Tarmée d'Orient se succédèrent, plus brillants de jour en jour. C'était le front bulgare enfoncé, la déroute bulgare, nos armées arrivant au Vardar î Et tout d'un coup nous apprenions, le 30 septembre, que la Bulgarie capitulait. En même temps, la Turquie, frappée à mort par l'armée anglaise en Syrie, capitulait à son tour. Tout le front d'Orient tombait, nos troupes atteignaient le Danube, l'armée serbe reconquérait la Serbie dévastée, la Roumanie reprenait les armes, et l'Autriche, comme un arbre à demi arraché du sol, s'inclinait vers la chute qu'allait précipiter dans un choc suprême l'armée italienne. La victoire d'Orient sonnait la victoire d'Occident.
Cette victoire fut si imprévue, et l'on peut dire si foudroyante, qu'elle passa, je ne dis pas inaperçue, mais qu'elle fut assez vite oubliée, dans l'émotion croissante de ces mois mémorables de septembre, octobre et novembre qui devaient aboutir à la victoire décisive. La Macédoine, les Balkans, où nous avions eu tant de déceptions, éprouvé tant de revers, étaient bien loin de Paris, de Londres, de la France, de l'Angleterre! Tous les jours nous apprenions la délivrance d'une de nos chères villes, de Lille, de Valenciennes, de ^laubeuge, de Bruges. Nos armées s'avançaient victorieuses sur les routes d'Allemagne. Que nous importaient les noms d'LIskub, de Velès, de Nisch!
,]'ai sa que les soldats d'Orient, les nôtres et les soldats alliés, les soldats anglais, serbes, grecs, yougo-
slaves, avaient éprouvé quelque amertume de ce qu'on n'ait pas parlé d'eux comme on le devait, de ce qu'on ne leur ait pas rendu l'hommage que méritaient leurs efforts. Ces soldats avaient bien compris la partie qui se jouait en Orient, Au cours de ces longs mois de souiïrance et d'inaction, passés dans les plaines du Vardar, sur les pentes escarpées des monts de Macédoine, ils s'étaient rappelé que c'était à propos de la question d'Orient que la guerre avait été déclarée, que cette question avait paru être le prétexte cherché par les Allemands pour déchaîner la catastrophe mondiale! Nous le savons aujourd'hui d'une façon indubitable, mais il y a cinq ans, hélas! on ne voyait pas les choses aussi clairement que maintenant : que l'Allemagne a voulu cette guerre, non pas pour mettre la Serbie sous la vassalité de l'Autriche-Hongrie, mais qu'elle poursuivait ce que Ton a appelé la Velt politik, une politique d'hégémonie mondiale, et qu'à travers la vassalité de la France elle aspirait à la conquête du monde, espérant bien que le jour où elle posséderait les ports français, l'Amérique et l'Angleterre auraient leur tour.
Oui, nos soldats d'Orient et leurs chefs se sont bien rendu compte de ce qu'on leur demandait. Ils ont patienté, ils ont souffert héroïquement; mais le jour où on leur a dit : « 11 faut marcher, la victoire dépend peut-eire de vous », vous allez voir ce qu'ils ont don n é . Apylaudissemcn Iff.)
Cette armée de Saloni(pie (car l'armée d'Orient est
plus connup sous le nom d'armée de Saloni.jue), cette armée lointame vers laquelle souvent se tournaient nos regards anxieux, (jui a in(|uiété bien des cceurs français, qui a été l'objet de tant de controverses, de tant de polémiques et de discussions passionnées, cette armée de Salonique a pourtant bien joué son rôle. Et ce n'est pas vous. Monsieur le Président (le conférencier s'adresse à M. Yénizélos, qui est à sa droite), (pii me dém(;nl>rez, quand je dirai (jue c'est peut-être larmée de Saloni(iue qui a sauvé le bon droit des Alliés. (Apijlaudissements,)
Si nous n'étions pas allés à Saloniciue, je l'ai dit depuis trois ans et je n'ai pas été le seul à le déclarer, si nous n'y avions pas été après la retraite des Dardanelles, si nous avions laissé les Allemands et les Bulgares 'maîtres dans les Balkans, sans opposer à Salonique \e cran d'airèt, vous le savez, Monsieur le Président, aujourd'hui la Grèce serait perdue, les sous-marins allemands auraient infesté la Méditerranée, tout l'Orient aurait été dans la nuit pour les Alliés, et je ne sais pas si nous s^-rions vainqueurs aujourd'hui. (Aj)pluudmements.)
Cette armée de Salonique a été dès le débui une armée composite. Elle a été formée d'abord de divisions françaises et de divisions anglaises, retour des Dardanelles. Ces quelques divisions se sont établies a Salonique, elles ont même avancé du côté du Yardar, en octobre et novembre 1915, pour secourir l'armée
serbe; puis apri'> Je désastre des Serbes, l'armée vint s'enfermer presque daiis le (*am[) retranché de Salonique. Elle fut renforcée quelque temps après par des brigades russes, puis par les divisions serbes qui avaient écha[>pé à ''effroyable retraite de l'hiver 1915- 19IG et (pii avaient élé reconstituées à (^.orCou et en Tunisie et apportaient avec leur courage légendaire, avec leur formation militaire, l'àpre désir de reconquérir les pays perdus. Et dans ce sens ils avaient à coté d'eux les Français qui partageaient les mêmes sentiments, l'uis, plus tard, ce fui l'armée grecque, les divisions formées par le président Vénizélos. Avec un courage civique et une clairvoyance admirable, après avoir quitté la (irèce et avoir fait la distinction entre la soumission à un roi aveuglé et l'honneur de cette Grèce, le président A'énizélos forma à Salonique ces trois fameuses divisions : la division de l'Archipel, la division de Crète et la division de Serès. Ces trois divisions aidèrent dès lors pu^ssammcntles Alliés. Et (juand. enfin, le président Vénizélos put rentrer à Athènes, quand il put reprendre dans cette maiji si populaire la Grèce qui avait été trompée, reformant peu à peu cette armée qui avait été instruite en grande partie, vous le savez, par la mission française, il la mobilisa et l'envoya à Salonique. Le jour où ce fut nécessaire, cette armée compta dix divisions, c'est-àdire plus de 90 bataillons. C'est cette véritable armée hellénique reconstituée, ayant le sentiment de ce qu'elle
(levait à la (Jrèce et à l'humanité, qui vient de concourir à la bataille de Macédoine. (Applaudissements.)
Cette armée de Salonique est restée longtemps inactive, et cette inaction lui a été souvent reprochée. Songez donc! C'est en octobre loi-"} qu'elle fut formée et que la Serbie fut écrasée. Plus de trois ans s'écoulèrent, avec des péripéties aussi tragiques (juc déconcertantes. A plusieurs reprises, des attaques partielles, limitées, furent essayées, gagnant un peu de terrain, prenant Monastir, escaladant les premières pentes des montagnes de Macédoine, s'avançant vers le lac Doiran.Mais les forces de l'armée dt3 Macédoine étaient insuffisantes. On la ravitaillait en matériel et en vivres avec beau- (*oup de dilTicullés, parce que, malgré la surveillance de la Hotte, la Méditerranée était infestée de sousmarins. Nous n'avions pas Constantinople, les Allemands étaient maîtres de cette ville. L'armée put tenir le front de Salonique. intimider les Bulgares, mais elle restait incapable d'une grande ofiTensive.
Vous vous rappelez. Monsieur le Président, combien l'année dernière, à un moment où vous vîntes à Paris, vous étiez préoccupé! Vous avez bien voulu me faire part alors de cette situation de Tarniée de Salonique. On parlait presque de l'évacuation de Salonique; on était inquiet pour le front occidental, la Russie commençait déjà à défaillir! On se demandait s'il fallait sacrifier des effectifs et du matériel à une entreprise qui paraissait vouée à l'insuccès, ou, en tout cas, qu'il ne
paraissait plus lU'cossaii'e de continuel'. Heureusenicfit on n'éva^'ua pas Salonique ! Une des raisons techniques (jui firent que celle évacuation n'eut pas lieu, — car dans une grande alVaire comme celle-là toutes les l'aisons ont leur jeu — c'est qu'on ne pouvait pas évacuer Salonique à cause de la grande (juanlilé de matériel et d'approvisionnenienls <pu y élait accumulée. Il fallait tellement de bateaux pour opérer cette évacuation qu'il valait mieux rester à Salonique et jîauvcgarder ces approvisionntuiienls.
\]n 191N, l'armée de Salonique avait été renforcée, l'allé favait élé surtout, comme je viens de vous le dire, par l'armée hellénique, par les dix divisions qui, au fur et à mesure, étaient arrivées, sans Ibrmer une armée autonome encore, parce qu'elles arrivaient par échelons. Néanmoins, elles apportaient un renfort frcs précieux à l'armée d'Orient.
L'armée de Salonique comprenait à cm moment huit divisions françaises, (|uatr(^ divisions britanniques, six divisions serbes, dix divisions helléniques, une division ilalienne, soit un total de vingt-neuf divisions.
L'armée élait ))réle et, je le l'épète, bien a[)provisionnée. Les soldats sentaient confusément, instinctivement, que le moment était venu d'agir. Ils lisaient les communiqués qui v<.'naient d'Occident. Après les épreuves tragiques de ujars, avril et juin 19LS, ils voyaient tout d'un coup la ba'aille, sous la direction du commandement unique, reprendre! Ils voyaient les
armées de Ludendorlï" ébranlées et c'est avec impatience qu'ils attendaient que leui' tour fût venu. Ils avaient en face d'eux les Bulgares seuls, car les divisions autro-allemaniles qui pendant longtemps avaient étayé les Bulgares étaient parties. L'état-major allemand, voulant frapper sur le front d'Occident un coup qu'il espérait devoir être décisif, avait ramassé toutes ses forces d'Orient, aussi bien celles de liussie que de la péninsule des Balkans. C'est avec ces forces-là, en effet, qu'il a entrepris sa grande offensive du printemps dernier: il ne restait que quelques bataillons autrichiens dans l'Albanie et, soiis le nom de onzième armée allemande, une armée bulgare dont rétal-majur (ît quel(]ues spécialistes étaient Allemands.
Def)uis le commencement de 11)18 les renseignements <iui nous venaient de Bulgarie s'accordaient pour dire que ce pays était las de la guerre, que le peuple et l'armée bulgare avaient envie d'en finir, que l'inlluence allemande baissait d'autant plus que disparaissaient les divisions allemandes dans l'armée bulgare et que les ofliciers allemands se faisaient également plus rares.
N ous savez que dans le courant de 19I<S le roi Ferdinand était devenu tout à fait impopulaire. Il sentait lui-même que la fortune tournait. En juillet ou août, il avait disparu pendant un certain temps. Le ministre Radoslavof, le sinistre complice des Allemands, était rem(|lacé par un ministère de coalition nationale. Il v
avait par conséquent des indices que si l'armée de 8alonique pouvait entrer en ligne et frapper un coup brutal sur cette armée bulgare, déjà démoralisée par sa longue inaction et par cette longue guerre et qui, en même temps, était. bercée de l'illusion que la guerre finirait par une lassitude réciproque et que les Bulgares garderaient tout au moins leurs injustes conquêtes, il apparaissait, dis-je, en présence de cette situation ot de cet état d'esprit, qu'un coup brutal, bien frappé, au moment opportun, permettrait peut être de liquider la situation en Macédoine. Peut-être même, je n'ose pas le prétendre, peut-êtn^ ce nouveau Gouvernement, n'osant pas s"en remettre immédiatement à la discrétion de l'Entente, mais désirant pourtant sortir du guêpier où le roi Ferdinand avait engagé la Bulgarie, n'était-il pas fâché qu'une petite défaite lui permît de se tirer d'atl'aire et de signer la capitulation. Il a été vraiment bien servi !
C'est le général (iuillaumat qui, ayant remplacé le général Sarrail, avait recueilli ces diiï'érents indices et avait donné au Gouvernement français des indications précises sur la situation.
D'ailleurs, remarquez bien que depuis le mois d'avril 1918, nous avions eu le commandement unique des Alliés avec le maréchal Foch. Or, le maréchal Focli, en préparant sa bataille d'Occident, de la manière que vous savez, cette grande manœuvre qui s'est échelonnée sur tout le front d'Occident, ne perdait pas de vue
raririée d'Orient. Il avait le commandement général des armées alliées, il savait qu'il fallait ne négliger aucun théâtre d'opérations, et surtout les occasions qui se présentaient. Et il combina, car c'est bien du Grand Quartier (Jénéral, du commandement unique, qu'est sortie la double opération (fui s'est déroulée en septembre et octobre en Syrie et dans les Balkans, cette double olïensive dans la Syrie avec le général Allenby. et dans les Balkans avec l'armée de Salonique: il la combina avec d'autant plus de sûreté qu'il savait que les deux armées étaient entre les mains de chefs remar- ()uables, doués au plus haut degré de l'esprit d'offensive. ( A pplaudissem en ts . )
La conduite même de la balaille de Macédoine est le fait du commandement de l'armée d'Orient. On éprouva quelque surprise, dans le monde militaire môme, quand on apprit tout d'un coup que l'attaque s'en prenait à la partie pour ainsi dire ia plus dure du front de Macédoine, à cette région montagneuse qui est entre la ïserna et le Vardar. On crut même, pendant les deux ou trois premiers jours, que c'était une diversion et que la principale attaque déboucherait de Monastir ou du lac Doiran.
Permettez-moi, sans vouloir vous faire de la stratégie ni de la tactique, de vous montrer sur la carte comment fut conçu le plan de cette bataille et comment elle s'est d('Toulée logiquement d'après ce plan.
La carte vous montre que le Vardar forme une cou-
pure oblique qui divise le front de Macédoine en deux parties. Ce front va du lac d'Okrida, près de l'Albanie, jusqu'à la mer Égéo. Cette ligne oblique divise en deux grands secteurs le front de Macédoine. A l'ouest du Vardar, la Tcerna, alluent du Vardar, sépare la plaine de Monaslir des massifs montagneux, dont les ont élé illustrés par les communiqués, et sur iésqiifels ' les Bulgares avaient établi leur système déf'eïîsif.^Çe * sont des massifs escarpés, aux pentes très raji^, cbaoWiV>5^7j£\ rr \ de rochers, souvent fort élevés, dépassant 2.0VÛLmèlre?; ^' j
La guerre devait prendre la forme de la î1||0|ç<mî de montagnes. V^/-^--
A l'est du Vardar, nous trouvons le lac l)oiranSs|2UD| la vallée de la Strouma aboutissant à la mer ïv^ée. Donc deux théâtres d'opérations séparés par le Vordar.
Le plan d'attaque contre la Bulgarie devait viser, après avoir détruit l'armée bulgare, à marclier sur Sofia.
Quand on regarde la carte simplement, sans vouloir faire de la tactique militaire, en se demandant par où devait passer la direction d'attaque la plus favorable, on se dit évidemment que c'était à l'est du Vardar. L'attaque permet d'arriver à Stroumitza, de rejoindre la Strouma et d'aller au plus court vers Sofia. Elle a l'avantage de tourner le Vardar, de ne pas avoir à le franchir comme on pourrait y être obligé par une attaque dans la région entre Monastir et le Vardar. Ceci paraît logique.
Mais d'autre part, si on veut détruire l'armée bulgare, couper les communications des Allemands avec la Serbie, par conséquent avec rAutriche, et aussi les communications avec Gonstantinople, une attaque partant de Monastir, du'igée sur Uskub et de là sur Nisch, peut avoir une grande importance au point de vue stratégique.
Vous voyez que cette attaque partant de l'ouest aboutit au Vardar. Il faut arriver dans cette impasse du Vardar, coupé en deux par la Tcerna, dans une région très difficile, et en sortir !
L'état-major allemand et l'état- major bulgare associés étaient décidés à la défensive, mais ils devaient se demander comment ils pouiraient être attaqués. Dans le courant de l'été, ils sentaient bien qu'il y avait des préparatifs d'attaque sur le front de Macédoine. Mais logiquement ils attendaient l'attaque, ou bien à l'est du Vardar, par le lac Doiran, s\ir la Slrouma, ou à l'ouest par la région de Monastir, où se trouvait la majeure partie de Tarmée française.
C'est parce qu'ils s'attendaient à une attaque logique qu'ils ont été surpris. Le général Franchet d'Esperey a conçu son plan sur l'idée que le plan qu'il allait suivre ne paraîtrait pas logique à son adversaire, et c'est })Ourquoi il a réussi, ce qui se produit souvent à la guerre. Pourtant, au fond, son plan était très logique. Il acherché la ditficulté, c'est vrai, mais il n'avait que la difficulté du terrain. Au point de vue de la décision, c'était parfait.
L'opéralion initiale comportait la prise d'assani des ina-^sifs du Sokol, du Drobopolje et du Déna pour arriver sur la Tserna, gagner le Vardar et couper ainsi les armées bulgares. Attaque de rupture au centre, rompre le centre, ce qui est classique, enlever le massif montagneux, bousculer les Bulgares, entrer dans la boucle de la Tserna, atteindre sur le Vardar Uskub, qui est le cœur de la défense bulgare et le nœud des ravitadlements, et dès que la brèche serait ouverte, qu(^. cette attaque aurait réussi, immédiatement, à droite et à gauche, l'aire entrer en ligne les deux grandes masses, à droite l'armée anglo-hellénique et, à gauche, l'armée française d'Orient, Voilà comment le plan fut conçu. Il fut exécuté ainsi, de la façon la plus remarquable. Tout ce qui avait été prévu fut réalisé, on peut le dire, au jour le jour. L'exéculion de ce plan fut due non seulement à cette préparation admirable des états-majors, mais ;i l'ardeur de tous les chefs, de tous les soldats qui sentaient bien que la partie (jui allait sejo!ier deviendrait déci sive . ( A pplaudmenienls.j
Voilà quelle était la disposition des troupes : à droite, à l'est du Vardar, Tarmée britannique, nppuyée par quatre divisions helléniques. Le premier corps hellénique tenait jusqu'à la mer Egée et une division était avec l'armée britannique. Cette armée anglo-hellénique était sous le commandement du général Milne. A gauche, comme je vous l'ai dit, dans la région de Monastir, se Irouv.'ut l'armée française du général llenrys, compre-
liant cinq divisions. Elles connaissaient le pays, car elles étaient depuis longtemps en Orient Cette armée comprenait deux divisions coloniales, et en particulier une division que je dois signaler, la 122% qui restera célèbre dans les fastes de la guerre d'Orient, car les hommes (jui la composaient et qui ont délivré la Serbie et les lialkans étaient des hommes de nos pays envahis, de nos régions du Nord, de Lille, de l'Aisne et des A rd e n n es . (A p plmdismnm ts . )
Au centre, l'armée serbe, composée de six divisions et îippuyée par une division française et une division hellénique à gauche. A sa droite se trouvait un groupement, où les Helléniques dominaient, commandé par le général d'Anselme.
Ainsi, quatre masses : au centre, la masse serbe appuyée par deux divisions françaises et une division hellénique, le général d'Anselme appuyant à droile l'attaque centrale de cette armée serbe; à droite, l'arméi; britannique, à gauche l'armée française.
Après un bombardement de préparation tjui dura toute la soirée et toute la nuit du 14 au lo, à ^) h. MO du matin, comme le dit le rap|)ort officiel, les deux divi«;ions IVançaises, la division Topart et la division Pruneau, ainsi que la division serbe de la Choumadia bondirent hors des tranchées et s'élancèrent à l'assaut autour du massif. La lutte fut très dure. Je lis un extrait du rapport ofliciel :
« Dans la division Topart, pour le 148" de Givet, la
lùcbc du régiment est rude. On n'accède au sommet des rochers que l'orme le piton du Sokol cpie par deux voies étroites, sur lesquelles l'artillerie et les mitrailleuses ennemies concentrent leurs feux. A gauche, le granit tombe à pic. Les sections qui auront à alïVonter cette montagne abrupte partent à l'assaut avec des échelles »
C'est comme au moyen âge !
« S'agrippant aux anfractuosités du roc, les
hommes avancent sous le barrage qui est d'une extrême violence. Le chef de bataillon de première ligne est tué presque aussitôt. Pbisieurs otliciers tombent grièvement blessés. A 0 h. oO le bataillon, très éprouvé, s'accroche à l.jO mèlr. s du sommet. Jl y résiste toute la journée aux contre-attaques des Bulgares. A deux reprises les Bulgares contre-altaquent. Eidin, à ±^ h. 30, par une attaque vigoureuse, nos soldats atteignent le sommet et y restent î »
On pourrait citer des milliers d'épisodes comme celui-là. (A pplaudissements.)
Ces trois divisions réussissent à aborder une partie des sommets. Le 15 et le 16 elles sont dépassées par le deuxième échelon composé de la division serbe du Timok, d'une division française et de la division Yougo-Slave. En effet, une division Yougo-Slave était parvenue à se reformer, et, dans le rapport officiel, on dit que cette division Yougo-Slave, dépassant les soldats français le matin, a porté les armes et chanté « La Marseillaise». (Applaudissemenls.)
Le 16 au soir, l'attaque avait réussi, la brèche s'ouvrait. Immédiatement, à gauche et à droite, la deuxième armée serbe, avec la troisième division hellénique dans laquelle se trouvait un régiment d'evzones, se distingue brillamment, attaque à gauche, le long de la ïserna. Cette armée serbe arrive à franchir la Tserna et à passer sur la rive gauche. Le général d'Anselme attaque aussitôt dans le massif de Dzéna. Les Helléniques se trouvent sur un terrain qu'ils connaissent déjà, car ils y ont attaqué trois ou quatre mois auparavant. Leur ardeur est telle que le général d'Anselme leur rend ce témoignage : « Ce sont des troupes alpines que j'ai avec moi ! »
Le 17 et le 18, la brèche est complètement ouverte. Les Bulgares résistent très énergiquement, car c'est la onzième armée allemande, c'est-à-dire une armée bulgare encadrée d'officiers allemands, qui défend le secteur. Les armées bulççares sont de l'autre coté du Vardar. La gauche est crevée; le centre lui-même, pris dans la boucle de la Tserna, commence à plier, et les cavaliers serbes et alliés s'avancent vers le Vardar.
La course au Vardar commence le 18. C'est à ce moment que les communiqués ont paru sérieux et que l'on s est rendu compte en France que la bataille de Macédoine allait avoir des conséquences remarquables. Le 19, on comm^^nce l'exploitation stratégique. Ce que nous appelons Texploitation stratégique, c'est l'élargissement de la brèche. On se rabat à droite et à gauche
en jouant des coudes pour ainsi dire, pour ('carter l'adversaire qui veut réagir. La brèclie est élargie des deux côtés, l'ennemi se disloque pendant que les deux arnnées serbes, montant vers le Vardar, atteignent Vélès et Krivolak. L'armée serbe passe le Vardar.
L'armée anglo-bellenique, dès le 19, attaque d'abord sous forme de diversion. Elle a ordre de pousser le plus loin possible. Les Bulgares s'imaginent, comme on l'avait pensé, que c'est l'attaque principale, que l'autre est une attaque du centre qui s'arrêtera. Les Bulgares y opposent toutes leurs réserves. Les divisions helléniques perdent quatre mille hommes, mais avancent et se maintiennent.
L'attaque ayant réussi au cenire, la déroute bulgare commençant, toute l'armée pousse de l'avant. L'armée française du général Henrys entre à son tour en ligne dès le 19. Elle a une dure bataille à livrer à la plus grosse partie de la onzième armée allemande. Elle met trois ou quatre jours à sortir des massifs qui dominent Monastir au nord. Le pourtant, elle entre à Prilep.
A ce moment, la brèche est faite sur tout le pourtour de la boucle de Ja Tserna : c'est la marche définitive vers le Vardar; la déroute des Bulgares est complète.
Voici la physionomie générale de la bataille, telle qu'elle s'est déroulée dans les journées des 24 et 2o septembre.
A ce moment, les forces bulgares sont coupées en deux. Les trois armées bulgares qui étaient sur la
rive gauche du Vardar, à l'est, s'en vont en déroute abandonnant leur matériel, leurs blessés, leurs approvisionnements ; elles sont poursuivies ardemment par l'armée anglo-hellénique. Leurs débris se retirent pourtant en territoires bulgares. Mais la onzième armée allemande resie au sud du Vardar. Elle est complètement coupée des armées bulgares, elle s'en va vers le Nord, cherchant à gagner la route d'Uskub. La droite se dirige vers l'Albanie, où déjà les Italiens progressent; les colonnes centrales s'allongent dans les défilés de la montagne. La gauche est en déroute. Sa droite, qui a résisté, monle avec plus d'ordre, mais l'armée du général Heiirys marche, ainsi que les Serbes, avec une ardeur sans pareille et dans des conditions extraordinaires. Ces braves marchaient comme dans une sorte de grand rêve, presque sans vivres; ils savaient qu'il fallait arriver, (pi'ils allaient cerner l'ennemi. Peu leur importait (prils aient mangé. Il s'agissait de couper la retraite à l'ennemi et de !e prendre à la gorge. ( A pplaudissem ents . )
Le 26 septembre, la cavalerie française, par un raid audacieux, ayant à sa tète un général qui porte un nom illustre, le général Jouinot-(;ambotta, entre à Uskub, malgré la résistance de quelques bataillons bulgares.' L^armée du général Henrys le suit, ayant en tète une division helléni(|ue. Une partie de l'armée allemande cherche à obliquer du coté de l'Albanie. Le 30 septembre, au moment où les Bulgares venaient de signer
à Sofia la capitulation de la Bulgarie, celte armée allemande, engoutïVée dans un couloir sans issue, se trouvant sans vivres, se rendait au j^énéral Ifenrys. Le 4 octobre, OG.OOf) Bulp^ares, dont cinq généraux et 1.400 officiers, 470 Allemands, dont le général en chef et quel(jucs officiers, défilaient devant les troupes alliées victorieuses. (A pplaudisscnmUs.)
Laissez-moi vous lire l'ordre du jour du général Henrvs. Vous avez vu dans les journaux, ce malin, que le général Henrys venait d'être nommé grand'croix de la Légion d'Honneur.
Voici l'ordre du jour du général Henrv s, datéd'Uskub du 6 octobre :
« La L\'" armée allemande vient de capituler devant l'A. F. 0.
» Depuis le début de rofiénsive :
» 66.029 Bulgares, dont 1.287 officiers et ^) généraux ;
» 476 Allemands, dont 14 officiers ;
» 184 Autrichiens, dont >> officiers;
» 25o canons;
» 3l.lo9 chevaux ou bœufs; sont tombés entre nos mains.
» Une partie de la Serbie avec les villes de : Prilep, Besna, Ochrida, Uskub, Struga, Dibbs, Krucevo, Licevo, Gostivar et Kalkandenen sont délivrées.
» La victoire est complète.
» Dès le 15 septembre, les troupes de la 11'' D. 1. C et de la 3'' D. I. H. division d'infanterie hellénique)
attaquaient à la gauche des armées serbes. Le J6 elles s'emparaient de l'ouvrage prussien de Starovina, le 17 elles enlevaient le Bechichle et atteignaient la Cerna ({u'elles franchissaient après une lutte de trois jours.
» Le 21 septembre, sous notre pression, Tennemi commençait son repli depuis la Cerna orientale jusqu'à la Maison Brûlée au nord de Monastir. Nos troupes, se jetant aussitôt à la poursuite, Tattaquaient parfont; la 11^ D. L G. et la l^" D. 1. H., après avoir franchi le Vusko, la C. K. 1., après avoir enlevé les fameuses hauteurs de la cote 1 .0.%0, rejetaient l'ennemi à Touest do la Cernz, tandis que les Sénégalais progressaient à l'ouest de cette rivière.
» Le groupe de division, avec les J 7()% >>0' D. 1. et le régiment d'Evzones, attaqua sans relâche jusqu'au lac Presba, les hauteurs de 1!24S et les cimes du Peristeri, dans des combats furieux où se distinguait particulièrement le 227'^ régiment d'infanterie. L'ennemi était obligé de renforcer partout ses arrière- gardes qu'il pensait pouvoir maintenir facilement sur des positions préparées de longue date et puissamment fortifiées. Les régiments déjà en retraite étaient obligés de revenir vers l'arrière. Nous le tenions partout.
Le 28 septembre, la brigade de cavalerie et le 42" 1». 1. C. entraient à Prilep.
» Sous nos coups répétés, l'ennemi reculait le 2o septembre sur tout le front de Monastir et des Lacs,
et les éléments du groupement D. I.) le talonnaient aussi partout.
)> Dès lors, la manœuvre s'accentue. Pour couper la retraite à Tennemi, la 1 P D. 1. C. et la D. I. H., après de rudes combats, progressent parles défilés de Brod tandis que la i)'^' division italienne enlève de haute lutte la muraille de Baba-Planina. dominant toute la plaine de la Cerna et, de sommets en sommets, rejette l'ennemi en quatre jours de bataille dans les détilés de Sop, où il continue à i'attacjuer.
» Pendant ce temps, la brigade de cavalerie poussée vers le nord, trouvant la brèche, n'hésite pas à se jeter dans les forêts et les rochers réputés impénétrables de la (iolfsnica-Planina, à l'ouest du Vardar, pour s'emparer le 129 septembre de la giande ville d'Uskub sur les derrières de l'ennemi.
» La 22^ B. I.G., envoyée pour la renlbrcer, franchit le Vardar et Vêles le 21, en même temps que l'armée serbe, et, après deux jours de combat, parvient le 30 à Uskub.
» Pendant ce temps, enfin, lai)'" D. I. H. remonte les défilés de laTreska prête à tomber dans le liane des dernières résistances ennemies si elles doivent se produire.
» Malgré sa résistance énergique, l'ennemi serré sans répit ne peut se rétablir, ses réserves sont engagées, sa retraite est retardée, il est gagné de vitesse et débordé par la gauche, ses communications sont coupées. 11 est à notre merci et n'a plus qu'à mettre bas les armes.
» Par une situation unique dans l'histoire, laXb armée allemande, forle de 4 divisions, enfermée dans un défilé de 90 kilomètres de long depuis Brod et Sop, au sud, jusqu'à Uskub au nord, capitule conformément à la convention passée entre le général commandant en chef les armées alliées et le Gouvernement bulgare.
Aux artisans de cette grande victoire, aux chefs et aux états-majors qui ont si habilement servi ma pensée, aux troupes dont l'héroïsme dans les combats et l'énergie surhumaine dans la poursuite ont vaincu l'ennemi, à l'aviation qui m'a toujours parfaitement renseigné et s'est dépensée jusqu'à l'extrême limite pour attaquer l'ennemi, aux services et en particulier au serviceaulomobile, qui, par leur fonctionnement impeccable, ont permis l'avance de l'armée sur un front de 200 kilomètres et une profondeur de l^iO, à tous ceux dont le dévouement, l'esprit de sacrifice absolu et la confiance restée irréductible, malgré l'isolementdu lointain Orient, ont permis d'inscrire dans nos annales militaires la page glorieuse de la victoire d'Uskub, j'adresse de tout mon cœur mes félicitations et mes remerciments. (Applaudissements.) »
Voilà résumée bien sommairement et d'une fa«;on très insufïisante cette bataille de Macédoine. Pour moi qui sait maintenant ce qui s'est passé, car je n'ai reçu qu'il y a un mois les rapports officiels (et nos amis de Grèce ont bien voulu me procurer aussi des documents), je crois que cette bataille de Macédoine restera dans les
annales de cette «guerre comme l'une des batailles les mieux ordonnées, les mieux conçues et les mieux exécutées. C'est une bataille classique. C'est à la fois la bataille de montagnes et de plaines; l'objectil' stratéi^ique a été admirablement discerné, le résidlat technique a élé obtenu par les elTorts incomparables des chefs et des soldats, par une union intime de tous les Alliés sous le même commandement.
Nous voyons là encore un nouvel exemple de cette nécessité du commandement unicpu; (pii, certainement, s'il avait existé il v a trois ans, aurait fait tourner la j^uerre bien plus court.
Je vous ai dit en passant le l'ùle des divisions helléniques. L'armée helléni(pie n'avait pas pu être constituée comme armée autonome. Ses divisions étaient mélangées dans tous les secteurs, mais, en réalité, vous voyez (jue tous les Alliés étaient enchevêtrés ; avec les Serbes, des divisions françaises; des divisions btliéniques avec les Français, des divisions helléniques avec les Anglais. Chacun a marché à sa place de bataiile et dans la liaison la }>lus constante, avec l'etîort commun le plus intense et le plus admirable.
Cette armée hellénique, on peut le dire, a été digne des grands jours qu'elle a vécus dans les campagnes de 1912 et 1913. Vous vous rappelez ce qu'avait fait l'armée hellénique à cette époque. Elle avait libéré les Balkans, de concert avec les Bulgares et avec les Serbes, de l'oppression turque.
Cette armée liellénique, qui avait été mobilisée dès le début de I91o par le président Yénizélos, brûlait en somme de prendre part à la guerre, car, malgré les sentiments qui l'attachaient au roi Constantin, elle était composée en majorité d'officiers qui sentaient que le rùle de la Grèce était d'intervenir avec les Alliés et que le sort de leur pays se jouait de cette immense bataille. Cette armée, après avoir été mobilisée, fut démobilisée 11 y eut à ce moment des troubles, on se trouva en y)résence de grandes dil1icultés. Mais cette armée avait gardé l'empreinte, vous me permettrez de le dire, de l'instruction et de l'éducation françaises. Uri cerlain nombre d'otficiers avaient passé par les écoles de guerre allemandes et emporté de là une haute idée de la 'loctrine de guerre et de la supériorité d'organisation de l'armée allemande. Certes au début de cette guerre de con(piéte, à laquelle l'Allemagne s'élait préparée pendant quarante ans, elle possédait entre les mains un instrument de premier ordre. Mais il lui manquait, malgré la grande idée qu'elle se faisait de son élat-major, quehpic chose de celte clarté et de cette souplesse <{ui distinguent le génie français. Eh bien, le génie français était entré dans l'armée grecque, .le ne crois pas être démenti non plus par ceux qui sont ici en vous disant que cette armée grecque reconstituée par vos soins, Monsieur le Président, revenue enfin sur les champs de bataille de Macédoine, et peut-être grâce à ce qu'elle était placée
sous le haut commandement français, a accompli les mômes grandes choses qu'elle avait laites en 191:^-1913.
J'en veux prendre pour preuve la lettre qu'écrivait le général Franchet d'Esperey au président Yénizélos. Permettez-moi de vous la lire en entier; ce sera la meilleure conclusion et le plus sûr commentaire de ce ({ue je viens de vous dire.
Salonique. 3 décembie.
« Monsieur lk Président,
» Au moment où les hostilités sont arrêtées, j'éprouve le vif désir de vous dire comhien la coo[>ération de la Grèce a été précieuse pour les armées alliées d'Orient,
» La mobilisation, que vous avez suivie dès son début jusqu'à sa complète réalisation, avec la conviction inébranlable qui vous était inspirée par votre patriotisme clairvoyant, a mis sur pied sept nouvelles divisions, lesquelles, lorsque le moment fut venu, apportèrent un renfort efïlcace aux armées alliées et me permirent de disposer des forces nécessaires pour mener à bonne fin les opérations décisives que vous connaissez.
» La mobilisation échelonnée qui a élé laite et la concentration des troupes helléniques qui n'autorisèrent l'envoi au front des dernières divisions que quelques mois avant l'oflènsive, et, d'autre part, le besoin d'ins- Iruction de ces troupes, ne m'ont pas permis de réunir l'armée hellénique en une unité indépendante, sous la
direction immédiate de son chef, mais m'ont obligé d'incorporer une partie de ces unités parmi les dilTérentes troupes alliées. Cependant cette solution eut aussi son avantage, car elle fournit l'occasion aux troupes alliées de mieux connaître les qualités et la valeur militaire de la jeune armée hellénique, qui fut prodigue en sacrifices.
» Au cours des batailles, les divisions helléniques se sont chargées de la réalisation de différentes opérations stratégiques. Au moment où le premier corps d'armée couvrait la droite du iront allié, et était prêt à briser au moment propice le front ennemi, les divisions de la Crète et de Serrés, à l'attaque de Doïran, et la quatorzième division au cours de la poursuite de l'ennemi, ont justement mérité les éloges du général Mi lue, excellent critique sur ce sujet.
» Sur la rive droite du Vardar, le général d'Anselme m'a relaté la bravoure de la division de l'Archipel, et la valeur exceptionnelle, dans la guerre de montagne, de la quatrième division, qui a pris d'assaut les hauteurs de Djéna, qui étaient défendues avec acharnement [uir un ennemi puissant.
» Enfin, sur la gauche, la troisième division a suivi la marche triomphale de l'armée française, et après avoir participé aux luttes difficiles qui ont débarrassé Monastir et Prilep de la pression ennemie, elle s'est distinguée dans les opérations ultérieures, grâce aux- (|uelles nos troupes purent atteindre le Danube.
» La Ijravoiii'e des troupes helléniques a partout divinement conquis les éloges des Alliés. Les enfants sont dignes de leurs ancêtres.
» Monsieur le Président, vous pouvez être fier et de votre (L'uvre et de cette armée que vous avez tirée du lon)beau dans lequel la trahison du régimedéchu avait voulu l'enterrer.
') Veuillez agréer, etc. »
Voici la lettre du général Milne au général Dangli, commandant l'armée hellénique :
Grand Quartier Général, 3 octobre 1918.
'< Mo.Nsnaii,
» Au nom de toute l'armée britannique de Macédoine, je vous exprime, à vous et à Ja vaillante armée hellénique, notre estime pour son bel esprit de camaraderie qui lui a inspiré l'envoi de son message de remerciements.
» Sans Taide des forces helléniques la présente victoire n'aurait pu être obtenue.
» Agréez... »
Oui, vous conserverez, dans vos fastes militaires, le souvenir de cette bataille et des éloges qui vous sont justement accordés.
Oui, nos amis de Grèce, en ce moment vous allez exposer devant la Conférence de la Paix vos justes revendications. Nous les connaissons.
Nous savons qu'en dehors de la péninsule grecque, en dehors môme des îles de l'archipel, il y a sur la côte d"Asie Mineure de vieilles colonies greciiues. Les (irecs y dominent comme population et comme esprit. Ils ont pu être opprimés, terrorisés, massacrés, comme les Arméniens et les Syriens, comme toutes les populations qui ont été sous le joug des dirigeants turcs. Ils ont réagi, ils ont vécu, ils ne sont pas morts et la fleur du plus pur hellénisme a toujours fleuri sur les bords de la mer Egée. Oui, vous avez le droit de revendi({uer ces cotes d'Asie Mineure (|ui vous rappellent tant de souvenirs. C'est là qu'Homère a chanté VIliade, c'est là que Thalès do Milet a pensé comme un philosophe de nos temps modernes. Cette Grèce a été pendant des siècles toujours fidèle à la liberté et à l'indépendance nationales. 11 est juste, je ne crains pas de le dire, qu'autour de la mer Kgée toute la vieille Grèce se rassemble...
. Nous n'oublions pas en France que nous appartenons à la civilisation gréco-latine, que l'influence grecque a dominé chez nous, et je crois être l'interprète de tous ceux (|ui sont présents ici et de la grande majorité de la nation en vous souhaitant (|ue la Grèce, comme la Minerve casquée, forte et sereine, continue à poursuivre son idéal d'art, de beauté, de travail, de justice et de liberté, dans la paix que nous espérons durable et universelle. (Applaudissemenis.)
ANNEXES A LA CONFÉRENCE M. le Général MALLETERRE (I)
Extraits du Rapport de M. le Général Milne
SUR L'OFFENSIVE EN MACÉDOINE (publié dans le supplément de la London Gazette du 22 janvier 1919)
En décembre 1917, le général Sarrail fui remplacé dans le comniandement destrouiM's alliées par le général Guillaumat, qui, en mars 1918, plaça la première division lielléniqne (Larissa) sous le commandement du général Milne. Ces troupes prirenl position au nord du lac ïaliinos et en aviil |)rirent une part pré|)ondéranle dans quelrpies actions imporlaut(3s.
Le général Milne décrit un nouveau raid exécuté sur le lac Doiran par des forces mixtes inililaireset navales sous le commandement du capitaine H. S. Olivier R. N. Ce détachement quitta la gare de Itoiran dans quatre canots électricpies et se
(1) Xous croxoiis devoir |)ublici' ici :
l» Un o\(niit(lii j";i|)|>oi't (ic M. le géiiéi-al .Milne, commandant on chef <lc l'armée l)rilaiiniqnc à Sal(ini(|uc qui précise plus particulièrement l'ellort militaire helléni({ue sur le front Doirau-Sti-ounia ;
2" Le ré<;it de la bataille du Skra-di-Le^en, fait par le général (luillauniat, témoin occulaii-e de cette alVaire qui a pr(''paré la grande offensive du mois de se|)teml)re 191S.
dirigea sur Doiran-villo, dislanl do deux milles, ni aborda dans les lignes ennemies sans être signalé. La ville lui explorée, des patrouilles furent faites sur le rivage, niais le délacliement rentra sans avoir vu un seul Bulgare.
En mai et juin 1918, les deux divisions restant du V' corjKS hellénique, ayant à leur trie le général Paraskevopoulos, furent placées sous le commandement du général Milne, ce qui lui permit d'étendre son front jusqu'à la rive droite du A ardar et de relever une division française. N'ers cette époque, le général Milne reçut Tordre de réduire de 13 à 10 bataillons les divisions d'infanlerie, ceci dans le but d'envoyer un quart de Tarmée en France. C'est aussi en juin qu'on eut les premiers renseignements indiquant que le « moral » des Bulgares baissait.
Le nombre des déserteurs augmentait beaucoup, dit le général Milne, et d'après leurs rapports, il apparaissait que le haut commandement bulgare préparait une attaque de grande envergure sur le front britannique de la mer au lac Doiran. Des renseignements ])lus récents montraient certaines unités ennemies dans un état voisin de la mutinerie et refusant l'obéissance aux ordres.