‹ La Grèce devant le CongrèsChapitre 13 sur 21 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

La douce et chaude lumière de l'ionie n'éclaire plus que des espaces dévastés.

Le long et patient eiïort de renaissance, entrecoupé de sursauts sanglants, qui, pendant plusieurs siècles, vient de faire relleurir Tliellénisme sur les bords de rilermos et du Méandre, s'est abîmé une fois encore dans la désolation. Il se reliait lui-même, au-dessus des cataclysfues ottomans, à la glorieuse résurrection, qui, malgré maintes incursions J)arbares, tit sorlir les grandes cités d'Alexandre des décombres persans. L'Asie Mineure d'Alexandre n'était elle-même qu'une image agrandie de la jeune Jonie, souriante et déjà si sage et si savante dans son adolescence. De siècle en siècle, par delà les Lydiens et les Phrygiens, dans les ténèbres de la préhistoire, que déchire brusquement l'éclatanie lumière d'Homère, l'archéologie nous fait entrevoir les temps plus jeunes encore de l'hellénisme naissant, où les joyeux oiseaux de VIliade s'ébattaient dans les riantes prairies d'Asios.

11 n'est pas un pays au monde dont l'histoire présente une telle succession continue de grandeurs et de misères. Il n'est pas un peuple ()ui puisse invocpier sur

le sol qu'il occupe des litres aussi anciens et aussi permanents.

Ces titres, il les tiennent de leur terre, qui est égéenne depuis des millions d'années, avant que la mer tertiaire n'ait submergé l'Egéide, de cette terre dont la ligure, la grâce, la lumière, les paysages sont égéens depuis qu'il y des hommes sur la terre.

Ils les tiennent de leui* histoire : de leur gcnie créateur, de leurs sciences, de leurs lettres et de leurs arts, de leur morale et de leur démocratie, (|ui ont fait de leur patrie la patrie de l'Occident ; de leur constance et de leur vigilance à conserver ce grand patrimoine liuraain, dont pendant dix siècles ils ont été les gardiens et le rempart en Orient.

Ils les tiennent de leurs longs eflbrts récents, de leur enfantement de la Grèce moderne, que le grand Goraïs a associé à l'enfantement de la France de 1789; de leur restauration du commerce, de l'industrie, des écoles, des lettres et des sciences sur le rivage de l'Égée, où ils veulent rendre à leurs cités l'éclat des antiques Éphèse et Milet.

Ils les tiennent de la cohorte innombrable de leurs morts mutilés; de leur sang et de leurs larmes, dont la source ne tarit jamais, dont les fruits parnissent prendre une force nouvelle dans chacun des outrages et des tourments dont ils sont les victimes.

Ils les tiennent enfin de leurs frères, de leurs fils, tombés pour l'éternelle patrie, que j'ai vus dépouillés

et ruinés, lamentables épaves, sur les côtes de Losbos et de l'Attique, et qui furent le premier et l'un des principaux appoints des victoires helléniques sur les champs macédoniens.

H n'est pas un peuple sur la terre qui puisse apporter un pareil faisceau de titres et de droits devant le monde et devant la Société des Nations.

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