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PAROLES PRONONCÉES A L'OUVERTURE DE L'EXPOSITION DES VISIONS DE GRÈGE

Monsieur le Ministre^ Mesdames et Messieurs,

Il peut paraître tout à fait étrange que ce soit à un Genevois qu'incombe l'honneur de présenter à Paris une exposition de vues de la Grèce.

Si j'ai cédé aux instances de quelques-uns de mes amis, c'est parce que l'Association Gréco- Suisse Jean-Gabriel Eynard, dont j'ai l'honneur d'être le président, ne s'est jamais refusée à mar-

quer où que ce fût son attachement à la cause du philhellénisme.

Ce sont d'ailleurs les œuvres de l'un de nos compatriotes, M. Frédéric Boissonnas, déjà connu par d'admirables travaux, que vous allez admirer.

M. Boissonnas a fait œuvre d'artiste, mais il a fait œuvre aussi d'amant passionné d& l'Hellade. En errant au hasard des flots, ces flots admirablés qui se balancent d'une ile à l'autre aux confins de la Grèce, en gravissant, lui, homme, cet Olympe où vivaient les dieux, il a fait plus que recueillir des impressions, il a fait plus que les fixer sur une plaque banale; il a tenté de les graver dans nos cœurs et dans nos esprits.

Aujourd'hui, les regards sont fixés sur la Grèce qui aspire à reprendre en Orient la place qu'elle y occupa il y a tant de siècles. L'appui d'alliés fidèles permet d'entrevoir l'heure où la Grèce, qui a donné au monde les plus purs joyaux de la civilisation, pourra contribuer à la reconstitution de l'Europe moderne, aux limites mêmes de l'Orient.

Sans doute il est poétique d'évoquer Nausicaa, la princesse adorable et ses suivantes portant leur linge blanc sur les grèves; sans doute il est de circonstance d'évoquer le prudent Ulysse manœuvrant parmi les écueils de tous genres dont l'Iliade

et l'Odyssée ont dressé les monolithes immortels dans l'histoire et dans la légende.

Mais il paraît plus opportun de voir l'avenir.

Je suis chargé, Messieurs, par l'Association Gréco-Suisse Jean-Gabriel Eynard, de saluer ici, avec M. Vénisélos, président du Conseil hellénique, auquel j'ai porté mon message, M . Politis, ministre des Affaires étrangères, qui assument aujourd'hui, à la tête du gouvernement grec, la responsabilité de mener la Grèce à ses destinées.

Genève, Messieurs, depuis que Jean-Gabriel Eynard se fit en Europe V apôtre ardent, enthousiaste et généreux de la cause des Grecs, Genève s'honore d'être le berceau du philhellénisme. Elle entend ne pas faillir aujourd'hui à ses traditions libérales et l'Association Gréco-Suisse qui y a son siège a tenu à assumer sa part de responsabilité dans l'exposition qui vous est présentée.

Mesdames et Messieurs,

Après avoir subi les pires souffrances, souffrances morales, souffrances physiques, la Grèce entrevoit les heures claires où son peuple d'habiles nautoniers pourra conduire le vaisseau de l'Etat sur une mer aux ff,ots adoucis et dépourvu de mines

insidieuses. Les paysages que vous allez contempler vous permettront d'admirer les beautés morales dont nous ne devons pas les dissocier.

C'est dans ce sentiment. Monsieur le Ministre et Messieurs, que je déclare l'exposition ouverte et que Je vous demande l'autorisation de crier: Zito i Hellas ! Vive la Grèce !

Edouard Ghapuisat.

Directeur du Journal de Genève.

• LAC JAC ftt -

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs,

LE Comité genevois, qui s'honore de porter le nom et de perpétuer les généreuses traditions d'Eynard le Philhellène, s'est proposé, en organisant ces conférences, de rappeler les services qu'a rendus la Grèce à l'humanité de tous les siècles et les droits qu'elle s'est acquis pour toujours à son admiration, à sa reconnaissance et à sa justice. Comme un des meilleurs titres de la Grèce, un titre, pour mieux dire, incomparable et unique, est d'avoir donné au monde l'éternel bienfait de la beauté.

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on a voulu qu'une des premières conférences fût consacrée au Génie grec dans l'art. Pour en faire mieux comprendre et sentir le charme et la puissance, on a pris soin de placer sous nos yeux quelques moulages choisis d'œuvres caractéristiques ; on s'est plu à parer cette salle des photographies des plus beaux sites et des lieux les plus célèbres de la Grèce : elles présentent les aspects infiniment variés du paysage grec, où une grâce exquise confine à de majestueuses beautés, et replaçant, en quelque sorte, les monuments dans leur milieu et dans leur cadre, elles nous révèlent les secrètes harmonies de la nature et des œuvres de l'homme '.

Celui à qui est échu l'honneur de ce redoutable sujet n'est pas seulement obligé par prudence d'en limiter l'étendue, il est tenu en conscience d'en adapter la matière, le plan et l'esprit aux intentions du comité qui le lui a confié, à l'attente des auditeurs qui sont ici réunis, aux sentiments et aux vœux de ceux qui de bien plus loin tendent vers la France leurs oreilles et leurs cœurs, les Hellènes qui ont

' Elles ont été exécutées au cours de plusieurs expéditions sur le continent grec et dans les îles, par M. Fr. Boissonnas, avec l'habileté d'un opérateur consommé et le sentiment d'un artiste. Il n'y manque que la Grèce asiatique, qui n'était pas encore librement ouverte à sa curiosité.

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combattu avec nous pour la liberté et la justice, les Hellènes qui ont souffert et souffrent encore sous un régime d'iniquité, et qui tous mettent en nous, après le droit, leurs plus chères espérances. L'heure n'est point, semble-t-il, de philosopher subtilement sur l'idéal, quand les Grecs «irrédimés», victimes de la conquête turque, otages des tyrannies de Constantinople, de Sofia et de Berlin coalisées pour déposséder leur race ou la détruire, réclament la propriété du sol qui leur appartient en vertu d'une occupation quatre fois millénaire, au nom des ancêtres dont le sang coule en leurs veines, dont ils ont hérité l'esprit entreprenant et les hautes aspirations; alors qu'ils nous demandent à l'appui de leurs légitimes revendications des faits et des preuves. Laissant donc à des temps plus propices, à des esprits plus déliés ou moins obsédés par les problèmes et les soucis présents, les définitions et les analyses de l'esthétique, je bornerai mon ambition et mon dessein à vous montrer l'activité créatrice de l'art grec, à marquer quelques étapes de son évolution, à parcourir le champ presque illimité de son expansion, à vous faire goûter par quelques exemples la saveur et le parfum de son immortelle et délicieuse jeunesse. Vous voudrez bien m'excuser, je vous prie, de choisir de préférence et exclusive-

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ment, entre les diverses manifestations du génie artistique, les œuvres de la plastique ; de me limiter, pour le temps, à la période déjà longue du développement original de l'art créateur dans la Grèce libre ; pour l'espace, à cette région continentale et insulaire de l'Asie égéenne, qui est aujourd'hui revendiquée par les Grecs et ne saurait leur être contestée par personne à aucun titre légitime. Ceux qui l'habitent sont encore appelés Ioniens, comme les jeunes hommes dont l'hymne homérique décrit la beauté, les riches parures et les danses ; comme les sages qui ont donné à la Grèce sa première philosophie et inventé la science ; comme les artistes qui firent d'abord sortir du métal ou du marbre les statues des hommes et des dieux et qui, en architecture, posèrent les règles, créèrent les formes et les types de l'élégance ionique. Cette lonie, qui au sens large s'étendait des parages de l'Hellespont à la mer de Carpathos, n'est pas seulement une terre hellénique, elle fut maintes fois à travers les siècles, si l'on peut s'exprimer ainsi, la Grèce delà Grèce par la hardiesse, la grrandeur et la beauté de ses initiatives dans tous les domaines de l'art et de la pensée. L'instinct populaire ne s'est point trompé, qui attribue à l'Ionie trois des sept merveilles du monde et quatre des sept sages de la Grèce,

En 1857 — il restait alors dans une Allemagne plus humaine des esprits que n'avait pas encore infectés le prussianisme, indépendants, fidèles aux traditions qui avaient séduit Madame de Staël et enchanté Renan — , le professeur Ernst Gurtius écrivait, au début de son Histoire grecque, une page que je me plais à citer. 11 y établit sur de claires, profondes et concluantes raisons l'unité géographique des continents qui se groupent autour de la mer Egée et des îles qui les relient l'un à l'autre comme les arches d'un pont, l'unité morale et physique des populations répandues sur toute la périphérie, issues d'une même souche, mêlées et confondues par un perpétuel mouvement de flux et de reflux, rapprochées et réunies par la communauté des intérêts, des aptitudes et des sentiments, par la collaboration et l'émulation dans les œuvres de l'esprit, par l'alternance de l'initiative et de la primauté dans les progrès delà culture. Il concluait avec une équité sympathique à la nécessité de l'union des deux rameaux.

« L'un et l'autre littoral, disait-il ', se correspondent comme les deux moitiés d'une même contrée. La mer et l'atmosphère ont tout fait pour réunir les côtes de l'Archipel : les mêmes vents périodiques soufflent de

' Curtrs-Bouché-Leclercq, Histoire grecque, I, p. 4.

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l'Hellespont jusqu'en Crète, réglant de la même manière le cours de la navigation et les variations des climats. On trouverait diflicilement entre l'Europe et l'Asie un seul point où, par un beau temps, le marin se trouve isolé entre le ciel et l'eau. Aussi de tout temps, depuis l'époque de Priam, les mêmes peuples se sont fixés sur les deux rivages ; ce sont de part et d'autre même langue et mêmes mœurs. Le Grec se sent aussi bien chez lui à Smyrne qu'à Nauplie ; Salonique, située en Europe, est en même temps une échelle du Levant. Malgré les vicissitudes politiques, Byzance est encore aujourd'hui considérée de part et d'autre comme une métropole commune. Ainsi, pareille au flot qui des grèves de l'Ionie se propage jusqu'à Salamine, chaque migration des peuples, après avoir touché l'une des deux plages, a toujours poursuivi sa route jusqu'à l'autre. Les conventions arbitraires de la politique, dans l'antiquité comme dans les temps modernes, se sont interposées entre ces deux rivages... ; mais ces séparations artificielles sont toujours restées purement extérieures et n'ont jamais pu désunir ce que la nature a évidemment destiné à être le théâtre d'une histoire commune». Les Grecs ne pourraient souhaiter plaidoyer plus convaincant en faveur de leurs prétentions sur l'Asie égéenne, ni nous introduction plus topique à l'étude

du rôle de l'Ionie dans la création collective de l'art grec et sa diffusion universelle et simultanée à travers tout le bassin de la Méditerranée.

Les légendes merveilleuses, dont l'imagination des Hellènes a enveloppé et s'est plu à parer les lointaines origines de l'art national, en montrent à la fois l'unité et la quasi ubiquité et, par une remarquable coïncidence, elles délimitent déjà avec exactitude les régions sur lesquelles les Grecs invoquent aujourd'hui les droits de la naissance et du génie.

L'art paraît de tous côtés en même temps et sous toutes les formes : en Crète et en Attique, avec Dédale et les Dédalides, qui poussent leurs migrations aventureuses et répandent leurs merveilleuses œuvres d'artisans et d'artistes, charpentiers, sculpteurs, architectes, jusqu'aux limites de l'empire de Minos et même par delà ; sur les côtes et dans les vallées du littoral asiatique, comme dans les îles contiguës, avec les Cyclopes de la Lycie, chère à Apollon, qui bâtissent sur le rivage opposé les colossales murailles d'Argos, de Tirynthe, de Mycènes, et dressent à l'entrée de la forteresse des Atrides le bas-relief héraldique et protecteur des lions ; dans l'Ida de Crète et celui de Phrygie, séjours des industrieux Dactyles, inventeurs de l'enclume, du marteau, des tenailles, ouvriers du fer et du bronze ; à Rhodes,

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en Crète encore, en Chypre, avec les Telchines, artistes et enchanteurs, gardiens jaloux et volontiers malfaisants des secrets héréditaires de la métallurgie, auxquels on attribuait les plus anciennes images d'Apollon, de Héra, d'Athéna et des Nymphes. Rhodiens aussi sont les Héliades, dont les ouvrages, comme les statues des Dédalides, semblaient marcher et respirer par les chemins.

Cette simple énumération indique assez la part que les mythes eux-mêmes font à l'Asie grecque, dès la plus ancienne histoire, pour ne pas dire la préhistoire, dans les manifestations du génie artistique. Plus les recherches se sont multipliées, les connaissances étendues et précisées, et plus a éclaté la vérité cachée sous la fable.

Lorsque, après les grandes perturbations ethniques et sociales représentées par la guerre de Troie et les voffToi, par le retour des Héraclides et l'émigration ionienne, dans le tourbillon des courants contraires, dans le conflit des peuples transplantés, tomba en décadence et disparut la civilisation que l'on a appelée achéenne ou mycénienne et que l'on appelle aujourd'hui minoenne, l'art dut en quelque sorte être retrouvé et créé à nouveau. A ce moment critique, c'est encore sur la rive orientale de la mer Egée que tout recommence et renaît, dans les vallées plus larges,

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plus fertiles, plus riches, plus épargnées par les invasions, de la Grèce asiatique, dans les villes fondées par les colons de l'Occident, qui avaient préféré l'exil à la servitude et emporté avec eux ce qui restait des traditions de l'ancienne culture et des procédés de l'ancienne technique. Et quel soudain essor, quelle miraculeuse fécondité !

Travail du métal ou du bois, de la pierre, de la terre ou du marbre, peinture, architecture ou plastique, sont comme réinventés et progressent merveilleusement sous la double excitation des souvenirs nationaux et des modèles de l'Egypte, de la Ghaldée, de la Syrie. Alors apparaissent le chapiteau à volutes, le chapiteau en corbeille ou à feuilles de palmier, et le type ingénieux du support animé, la Caryatide. Le xoanon immobile et inerte se transforme par degrés en une image charmante de jeune fille, déesse ou mortelle, qui, gracieusement parée, relève la chute traînante de son chiton, et dans sa main tendue, porte un emblème divin ou une offrande. Du pilier équarri ou arrondi, de la poutre inanimée, insensible et aveugle, sort la statue de l'homme qui marche, qui regarde et qui semble prêt à parler.

L'activité est partout ; Éolide, lonie, Doride, Lesbos, Ghios, Samos, Rhodes et Ghypre rivalisent. Il faudrait nommer toutes les villes ; la vie y bouillonne.

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y déborde et s'épand au dehors. Elles portent jusqu'aux extrémités du monde connu, du fond du Pont Euxin aux colonnes d'Hercule, les essaims de leurs colonies, les inventions de leur industrie, les œuvres de leur génie. Si nombreux sont les foyers, si large et comme infini le rayonnement que semblerait réalisé le cercle paradoxal décrit par Pascal en termes effarants, dont le centre est partout et la circonférence nulle part.

Les ateliers se multiplient, les maîtres abondent à tel point, ils jouissent d'une telle renommée que leurs productions sont partout répandues et demandées ; tel en est le succès et l'influence que la Grèce insulaire et continentale est pour ainsi dire ionisée : l'ionisme s'insinue d'autre part et s'impose jusque dans les terres étrangères d'antique culture, à la cour des monarques de l'Egypte, de la Lydie et de la Perse. Entre tant d'illustres villes, qui se firent pour ainsi dire les éducatrices des artistes de la Grèce et les pourvoyeuses de ses grands sanctuaires nationaux, vous ne vous étonnerez pas que je prenne pour type Phocée : son nom symbolise la hardiesse du génie colonisateur et l'héroïsme dans les luttes contre la tyrannie étrangère, en même temps qu'il éveille pour nous. Grecs et Français, le souvenir du gracieux épisode où, dès la première rencontre, se révéla

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d'abord la sympathie préétablie de nos deux nations. Les artistes de Phocée avaient élevé dans Delphes un trésor caractérisé par le chapiteau éolien ; ils donnèrent aux Etrusques le modèle des grancls sarcophages en forme de lit funéraire ; ils ont laissé à Marseille, iîlle de leur cité, la trace de leur passage dans des ex-voto consacrés à Cybèle et dans la célèbre statue d'Aphrodite dont s'enorgueillit le musée de Lyon. Qui sait quelle peut être la part des colons Phocéens, répandus sur la côte hispanique du pied des Pyrénées à l'embouchure du Baetis, dans le chefd'œuvre de l'art ibérique, la célèbre dame d'Elché? Téléphanès de Phocée n'est plus pour nous qu'un nom ; mais il indique l'action des ateliers phocéens en Thessalie, en Macédoine, et jusque dans la Perse. On peut bien croire qu'ils avaient contribué aussi à la décoration de la panhellénique Naucratis.

Je pourrais delà même manière montrer l'Ionie à l'œuvre, dans le Péloponèse, où Théodoros de Samos construisit la Skias de Lacédémone ; Bathyclès de Magnésie, le Trône d'Apollon xVmycléen ; dans la Grande Grèce, où Pythagoras de Samos, devenu par l'exil Pythagoras de Rhégium, modelait les statues des vainqueurs que chantait Pindare. Que dis-je, au VI""" siècle, Delphes, le centre de la Grèce, le symbole de son unité religieuse et morale, reçut presque plus

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d'hommages et de plus splendides offrandes des Grecs orientaux que de ceux de l'Occident. Athènes ellemême, fut d'abord à l'école des maîtres de Chios, de Samos, de Milet, elle la mère des arts. Le musée de l'Acropole est aujourd'hui rempli de figures charmantes où l'élégance ionienne a prodigué tous les raffinements de son adresse ingénieuse et de sa coquetterie.

Je m'arrête, Mesdames et Messieurs; aussi bien la liste serait trop longue et les énumérations risquent de fatiguer l'esprit plus que de l'éclairer ; tous les discours ne valent pas une description précise ou mieux encore la vue d'un seul objet bien choisi et typique. Permettez-moi donc de vous présenter seulement trois œuvres, qui répondent à trois étapes décisives de l'évolution artistique de l'Ionie : une statue du genre de celles que les Grecs appelaient et continuent à appeler y.ôpxi, l'une des vierges de l'Acropole, sœur de la caryatide du trésor des Cnidiens à Delphes ; le conducteur de char, qui fit triompher Gélon dans l'hippodrome de Pytho, attribué par quelques archéologues à Pythagoras de Samos ; une des scènes enfin de la Gigantomachie qui décorait l'autel élevé par les Attalides dans l'acropole de Pergame. La première figure est contemporaine, ou peu s'en faut, du règne de Darius ; la seconde vit le jour

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aux temps des grands triomphes de l'indépendance hellénique, des victoires de Mycale, de Salamine et de Platées ; le haut relief pergaménien précède de peu le règne du dernier des Attales qui légua son royaume aux Romains. Ainsi, de son aube radieuse à son ascension éclatante et toute proche du zénith et jusqu'à son couchant embrasé, nous aurons parcouru toute la carrière de l'art grec d'Asie.

Je ne puis vous offrir l'image elle-même de la souriante vierge qui, barbarement mutilée parles Perses en 480, pieusement ensevejie parles Athéniens, parmi les décombres des temples incendiés de l'Acropole, fut avec une égale piété exhumée dans la joie par la Société Archéologique aux environs de l'année 1880.

Deux moulages ', qui sont ici sous vos yeux et qui représentent deux de ses sœurs cadettes, deux sœurs naturalisées athéniennes si je puis dire, vous en donneront l'idée et me dispenseront de longs développements ; car elles gardent un air de famille et sont demeurées fidèles aux données générales de l'art ionien, pour ce qui est de l'attitude, du costume, de

' L'un est celui de la charmante figure, la plus récente de la série, la plus attique, celle à qui l'on a donné quelquefois le surnom de « La Boudeuse», et que l'on désigne plus couramment du nom de Coré d'Euthydicos, d'après celui qui l'avait dédié, MvTjtjiera tf|ç 'EXÀàSoç, pi. XXVIIL Lechat, Au Musée de l'Acropole, p. 364-7, lig. 36, 37.

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la coiffure et de la parure, pour ce qui est aussi de la décoration polychrome ; elles ont seulement acquis, avec le progrès des années et dans une atmosphère plus légère et plus pure, ce charme exquis d'élégance, de discrétion et de mesure, de simplicité spirituelle, aimable et accueillante qui est comme la marque de l'atticisme.

J'emprunterai la description de notre statue à M. Lechat, non seulement parce qu'il est l'auteur de l'étude la plus délicatement pénétrante sur les Corés de l'Acropole, mais encore parce que celle-ci fut écrite en un temps où aucune intention tendancieuse de politique ionienne ne pouvait être soupçonnée et précisément par le critique qui dénonça un des premiers, en archéologie, les excès du utout à l'ionisme». Voici comment il s'exprime à la page 315 de son livre intitulé Au musée de l'Acropole au sujet de la statue qui porte, dans le dit musée, le numéro 682^

« La statue est une des plus grandes de toute la série archaïque de l'Acropole et une de celles qui, dans la salle d'honneur du Musée, frappent le plus

' Entre toutes les reproductions qui en ont été données, je citerai seulement MvT,;ji£ïa ttj; 'EXXa5oç, I, p. 83, pi. XVIII, et la plus récente, la plus complète — après assemblage de tous les morceaux conservés — , Hans Schrader, Archaisclie Marmor-Skulpturen im Acropolis-Museuni, p. 18-21, fig. 14-18.

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les regards. L'ovale allongé de la tête, la maigreur du visage, le nez long et mince, le menton pointu, les épaules larges et fortes, la poitrine rebondie et surtout l'air vivant de la physionomie lui donnent une marque si individuelle que Von croit aisément avoir affaire à un portrait... Après ce caractère expressif de la physionomie, on remarquera surtout l'élégance raffinée et riche de la parure. Le travail des petites boucles de cheveux sur le front et des longues boucles en torsades tombant sur les épaules est une merveille de patience, de fragile finesse et de recherche. Les vêtements, sans cesser d'être conformes à la mode généralement adoptée, sont les plus amples et les plus ornés — pour ne pas dire le vrai mot, les plus cossus, — que jamais Athénienne du VI"^^ siècle ait eu la joie d'étaler... Le sculpteur a dépensé son zèle et prodigué ses peines...

« Ce n'est pas seulement l'œuvre du ciseau qu'il faut examiner, mais aussi celle du pinceau, où les mêmes tendances se laissent reconnaître

«*S'i maintenant on ramasse dans une vue d'ensemble tous ces caractères énumérés l'un après l'autre : refouillement laborieux des plis des vêtements, élégantes minuties de la chevelure, complications des motifs des broderies, toutes les délicatesses du pinceau après toutes celles du ciseau, on

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constate avec abondance, non plus sur tel ou tel point particulier, mais sur tous les points à la fois, combien l'auteur de cette statue poussait loin le sens et le goût de la décoration et que cela même fait sa qualité principale et son principal défaut...

nOn sait que ce goût de la décoration poussé a l'extrême, cette réelle habileté technique, inventive et industrieuse surtout dans le détail, sont des caractères que l'on attribue volontiers aux maîtres de la plastique ionienne des îles et particulièrement de Chios au F/™^ siècle. Si donc il y a au musée de l'Acropole, une œuvre où l'on puisse être tenté de reconnaître un produit de cet art-là, produit authentique ou imitation, c'est bien la statue que je viens de décrire ' » .

Combien cette impression était juste et cette induction fondée, c'est ce qui résulte de la ressemblance de la statue de l'Acropole avec celle de Delphes qui est authentique ment attribuée au Trésor de Gnide, œuvre incontestable d'artistes ioniens. Décrivant la Caryatide de Cnide, j'écrivais en 1900 dans le Bulletin de Correspondance hellénique:

« Quand je revins au Musée de l'Acropole après la découverte de la Caryatide..., je fus frappé de

* Lechat, Au musée de l'Acropole, p. 314-319.

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sa ressemblance avec une des plus originales, à coup sûr des plus attirantes sinon des plus belles, parmi les figures féminines archaïques. La ressemblance est remarquable en effet et les deux statues offrent mêmes caractères : obliquité des yeux et de la bouche, fossettes aux coins des lèvres^ saillies des pommettes, expression aimable et intelligente du visage souriant, solide charpente, ovale allongé de la tête, sèche fermeté des chairs, sous cette réserve seulement que les derniers de ces traits communs sont plus accentués dans la figure de l'Acropole, plus anguleuse, plus longue et plus maigre, et que celle-ci est aussi d'une exécution plus délicate et d'une grâce beaucoup plus raffinée^ y> . Différences qui s'expliquent, pour le dire en passant, et par certain intervalle chronologique et plus encore parla diversité des fonctions entre la statue isolée et la figure architecturale.

Insistant sur les particularités de la décoration et les détails de la technique, et amené à me servir par un examen indépendant presque des mêmes termes que M. Lechat, j'ajoutais que ces rencontres d'expressions n'étaient point indifférentes. Vous en conviendrez, je pense avec moi, et resterez convaincus

* Bulletin de Correspondance hellénique, 1900 p. 605-6.

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du rôle capital joué par l'Ionie dans la formation de la sculpture attique, celle qui réalise pour nous l'idéal de la perfection.

Si vous voulez bien maintenant regarder de cet autre côté, après le type archaïque de la beauté féminine, un moulage de l'Aurige de Delphes vous offrira le type de la beauté virile, tel que le concevaient et l'avaient réalisé les artistes de la génération qui précéda Phidias'; et cette image aussi, que déjà l'on peut qualifier de chef-d'œuvre, nous reportera vers rionie, puisque, entre les sculpteurs à qui les archéologues en ont attribué l'honneur, Pythagoras de Samos a obtenu plus d'un suffrage.

Voici comment m'apparut cette admirable figure, lorsque, sous la pression impatiente et respectueuse de mes doigts et de ceux de ma femme, elle sortit radieuse de la chape de glaise dont le sol de Delphes l'avait revêtue et protégée. Si je me risque à me citer moi-même, c'est pour vous faire partager, s'il se peut, la vivacité de l'impression toute chaude du premier moment.

« Les Grecs avaient le culte de la beauté virile, ils la mettaient au-dessus de tout. Ils s'en formaient une conception supérieure et admirable en effet ;

• Pour les reproductions, \oir Monuments Piot, IV, pi. XV- XVI ; Fouilles de Delphes, IV, pi. XLIX-L.

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le mot de xstXô; par lequel on saluait au passage les plus accomplis des jeunes hommes, qu'on traçait sur les murs des palestres et des gymnases, qu'on peignait sur les vases, à côté de leurs noms, avait une plénitude de sens dont nous ne nous avisons pas tout d'abord : il implique un mélange des plus rares qualités physiques et morales. La beauté, telle qu'ils la comprenaient, ce n'est pas seulement comme pour nous la grâce ou la régularité du visage; c'est la forme achevée, c'est l'harmonie parfaite, lacrv^j-uerpiadu corps tout entier, c'est la force souple, aisée, puissante et tranquille , que développe une gymnastique bien réglée, également répartie dans tous les membres sans s'exagérer dans aucun ; c'est la santé par faite du corps avec celle de l'âme. L'exercice, la pratique de la lutte énergique et loyale, le désir et l'habitude de la victoire donnent à l'athlète bien né et bien dressé la maîtrise de soi qu'engendre la discipline et l'assurance qui naît dusentiment de la force éprouvée, l'autorité quis^ impose aux camarades et aux autres hommes, la gaîté sereine qui dérive du parfait équilibre des organes et des facultés, de la joie de vivre d'une vie pleine, libre et vigoureuse. Telle était la beauté qui formait le lien de ces amitiés, parfois corrompues, souvent calomniées, mais dont le principe esthétique et

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moral était en soi élevé autant que les effets généreux. Ajoutez encore, au début du K"" siècle, cette auréole de gloire qu'avaient mise sur tous les fronts helléniques les hauts faits de Marathon, des Thermopyles, de Himéra, de Salamines et de Platées, le sentiment d'orgueil, de dignité, de noblesse dont débordait l'âme du Grec vainqueur du barbare ! Jamais eut-on plus sujet d'être heureux, occasion plus propice de s'épanouir en pleine beauté?

« Cette beauté sereine et forte, raffinée, élégante et sévère aussi, encore un peu archaïque si j'ose dire, j'en trouve la réalisation, le type achevé dans notre bronze de Delphes ; derrière lui, sur la muraille du Musée, on écrirait volontiers à la mode antique : y.aXbç! le beau, le fier, le fort et le bon! C'est si bien le type que l'on comprenait, que l'on goûtait alors, qu'il se retrouve presque identique sur les vases attiques du style sévère^ » et qu'il a dans la plastique, une assez nombreuse parenté.

Aussi les archéologues ne sont-ils point parvenus à se mettre d'accord sur l'attribution de ce bronze : certains, dont je suis, penchent pour un atelier attique contemporain de Calamis, d'autres pour celui du

' Rci'iie de l'art ancien et moderne, 1897, II, p. 292.

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Cretois Amplîion de Cnosse, d'autres encore pour celui d'Onatas l'Eginète. Il serait facile de tirer argument de ces divergences contre l'infaillibilité des archéologues, lesquels sont d'ailleurs les derniers à s'en targuer ; mieux vaut en dégager une leçon. Dans le monde grec — et il est égal au bassin méditerranéen — du VI™" et du V"'^ siècles, l'échange des idées comme celui des marchandises, des 'œuvres d'art et des procédés techniques comme celui des denrées, est universel et constant ; il entretient une perpétuelle émulation et provoque une répercussion générale des progrès accomplis en un point quelconque de l'hellénisme. « Les artistes se rencontrent, les actions se croisent, les méthodes se modifient et se vivifient par une pénétration réciproque. Il est vrai de dire que dans ces allées et venues des hommes, des œuvres, des inventions et des idées, toutes choses sont à la fois causées et causantes, et voilà pourquoi des maîtres d'origine diverse pouvaient collaborer sans disparates, pourquoi aussi, en l'absence de signatures authentiques, nous avons tant de peine à classer avec quelque rigueur les restes de la sculpture antique. Il ne faut donc pas se scandaliser outre mesure des jugements contradictoires que l'on entend porter simultanément par divers archéologues, voire successivement par un

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même archéologue, sur une même figure ; ils sont une reconnaissance implicite et inconsciente de l'unité de l'art grec; et cette unité, c'est surtout l'Ionie qui l'a faite ^

Qu'on ne soupçonne dans cette déclaration aucune arrière-pensée d'actualité politique : elle est strictement archéologique et date de l'année 1900!

Aprè*s l'Aurige, on peut dire que les temps étaient mûrs pour les sublimes créations d'un Phidias, comme après les crises de la liberté et de l'indépendance pour le régime de noble et glorieuse démocratie qui se résume dans le nom de Périclès. Il restait au génie unique de Phidias de réaliser la perfection de la plastique par la conciliation du réel et de l'idéal, en dérobant la vie elle-même à la nature, en imitant la beauté de ce modèle supérieur et vraiment divin qui, d'après Gicéron, résidait en son esprit, qu'il contemplait en lui-même et qui dirigeait sa pensée et sa main.

Il appartenait aux Athéniens d'achever dans toute sa splendeur le miracle grec ; Plutarque, aux chapitres 12 et 13 de la vie de Périclès, nous présente le tableau de cette activité artistique prodigue de chefsd'œuvre. Ses créations, toutes ruinées qu'elles soient, nous ravissent encore dans la ville d'Athènes et leur

' Bulletin de Correspondance hellénique, XXIV (1900), p. 462.

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influence se révèle à nous aussi loin que se porta la gloire et que s'exerça l'hégémonie des vainqueurs de Marathon et de Salamine. Par une sorte de reflux, Athènes rend alors à l'Ionie, sauvée par elle et par elle commandée et protégée, tout ce qu'elle en avait reçu. Du milieu du V™® siècle au dernier tiers du IV'°« dans les villes grecques, dans les provinces perses de l'Asie mineure, l'initiative appartient aux artistes de la Grèce continentale et des îles ; les types de la sculpture s'inspirent avant tout des modèles attiques, quand les œuvres ne sont pas exécutées par des maîtres d'Athènes ou des artistes formés sur place à leur école. Toutefois, en se transplantant sur ce sol fécond en œuvres, pénétré de traditions antiques et glorieuses, l'art se transforme graduellement ; il puise dans le terroir une saveur spéciale, capiteuse et forte plus que délicate. Le goût du luxe plus ancien et plus vif dans des villes plus grandes, dès longtemps adonnées aux affaires et par elles enrichies, vivant plantureusement au débouché de vallées fertiles ; le désir de jouir et faire parade de la fortune acquise, stimulé par le faste des monarchies orientales ou des satrapies toutes voisines ; l'ambiance de paysages plus vastes sous un ciel d'un éclat plus violent et dans une atmosphère moins limpide et légère ; le contact et la clientèle de popu-

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lations moins policées, dont l'élite même et les chefs n'étaient que superficiellement hellénisés ; enfin le tempérament propre des artistes ioniens, qui, dès l'époque archaïque s'oppose par une certaine exubérance à la mesure du génie occidental ; toutes les conditions de la nature et du milieu concourent à préparer l'éclosion de ce que l'on appelle l'art asiatique. Art savant et plein de ressources, épris de grandeur, mais poussé vers la pompe et la magnificence par l'orgueil de ceux dont il reçoit les commandes, tenu de produire vite et beaucoup pour contenter leur impatience, répétant avec plus de virtuosité que de foi des motifs traditionnels, préoccupé ou obligé de frapper les yeux, il est moins pur, d'une inspiration moins haute et d'une exécution moins serrée ; il n'échappe pas à cette banale et redondante prétention, qui effarouchait Gicéron dans les éclats de la grandiloquence asiatique. Il n'est point cependant dépourvu de puissance ; il se complaît même dans la force jusqu'à étonner. Il suppose une maîtrise extraordinaire de la technique et son énorme production ne s'explique que par une véritable profusion de talents. De cet art la conquête d'Alexandre précipita le développement et le triomphe. Les Etats découpés par ses successeurs dans les débris de son empire se constituent sur le modèle des monarchies de la Perse

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et de l'Egypte ; ils en empruntent le faste et le caractère quasi-divin pour s'imposer au respect des populations indigènes ; ils sont divisés entre eux par les jalousies farouches de souverains violents et passionnés : ils n'étaient point propices aux œuvres simples et sereines dont s'étaient enchantées les libres et intelligentes démocraties. «Le goût blasé de l'époque, dit excellemment Olivier Rayet, exigeait pour le réveiller des émotions plus fortes et l'esprit des Orientaux 71 avait point la discipline et la pondération des Hellènes; leur âme était sujette à des soubresauts plus brusques et plus impétueux. Aux antithèses heurtées, à l'emphase de l'éloquence asiatique devait correspondre un art ami, lui aussi, des oppositions violentes et de l'exagération des effets » ,

Ainsi se formèrent le personnel et le style des ateliers de Rhodes, de Tralles et de Pergame, dont les productions colossales et déclamatoires eurent dans l'antiquité un prodigieux retentissement, qui étonnèrent les artistes et les amateurs du XVI™^ siècle, quand elles sortirent du sol de l'Italie, et qui passèrent pour les chefs-d'œuvre du génie grec jusqu'au jour où les sculptures de Phidias eurent dessillé les yeux et montré, malgré Winckelmann et Lessing, suivis par toute l'opinion, que le Laocoon n'était pas le type

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idéal (le la beauté grecque ni l'expression sublime de la passion et de la douleur.

Moins célèbre que ce groupe fameux, que celui de Dircé et le Colosse de Rhodes, ou, pour mieux dire, resté ignoré de tous dans l'obscurité d'une misérable compilation latine, jusqu'au jour où l'ingénieur Humann vint par hasard, au cours de terrassements, buter sur ses degrés, l'autel de Pergame est à coup sur la création la plus typique et, quelques réserves qu'elle puisse motiver, la plus surprenante de l'art asiatique. Les Allemands, qui l'ont transporté triomphalement à Berlin, n'ont rien négligé pour le mettre en valeur et en exalter la beauté ; c'est pour eux, en elTet, le trophée de la campagne archéologique, qui était une des formes de l'invasion germanique dans l'Orient grec. Par la science on préludait à la conquête pacifique, que l'on préparait en même temps par les colonies agricoles, les comptoirs financiers, les entreprises de chemin de fer, et à laquelle on comptait bien, s'il en était besoin, sustituer la conquête militaire impitoyable par la déportation ou le massacre. Restauré superbement dans un musée spécial, il s'impose comme un ensemble presque unique par ses dimensions colossales, par la fertilité de l'invention, par la fougue du mouvement et une sève bouillonnante de vie. Sans partager un enthousiasme inté-

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ressé et sans modération, on ne peut manquer d'admirer, avec un certain trouble toutefois, la génialité de l'artiste qui a conçu, la virtuosité de ceux qui ont exécuté cette frise, haute de deux mètres quatrevingt, longue de plus de cent vingt, qui se développe sur un énorme soubassement dont les côtés mesurent trente-sept mètres cinquante et trente-quatre mètres soixante, et qui escalade avec une prestigieuse habileté les vingt-quatre degrés d'un escalier monumental.

Olivier Rayet, qui a porté plus d'une fois sur la sculpture antique des jugements décisifs en un style fin ou vigoureux, a apprécié les mérites et signalé les excès et les défaillances de la Gigantomachic pergaménienne avec une singulière perspicacité ; après trente ans passés, on n'a rien dit de mieux.

Voici comment il décrit l'une des pièces capitales, celle que l'on apercevait d'abord à sa gauche, en gravissant les degrés et sur laquelle avait porté certainement le principal effort.

« Le groupe de Zcus surtout est une œuvre magistrale. Le Dieu marche d'un pas rapide vers la gauche, l'égide enroulée autour du bras gauche, le bras droit étendu en avant et brandissant un foudre. Les draperies, dérangées par V impétuosité de son mouvement découvrent sa large poitrine. A ses pieds se débattent trois géants : l'un, la cuisse

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traversée par un foudre est renversé en arrière; Vautre, frappé au dos, est tombé sur les genoux; le troisième, encore sans blessure, dressé sur les enroulements de serpents qui lui servent de jambes, les cheveux au vent et la mine farouche, combat contre l'aigle du maître de l'Olympe. Dans ce groupe si serré, il n'y a ni enchevêtrement , ni confusion, les grandes lignes sont simples et harmonieuses, le modelé large et gras ». Pour louer ce groupe et celui d'Athéna qui lui fait face, il suffira de dire que l'élan tumultueux et la passion ardente des personnages ont évoqué chez plus d'un historien de l'art le souvenir de la Marseillaise de Rude.

Résumant son impression d'ensemble, Rayet disait encore: nDans les marbres de Pergame... nous avons devant nous des dramaturges de race, des hommes qui, d'instinct et sans effort, dégagent le pathétique d'une situation et en enchaînent les péripéties. L'émotion qu'ils ressentent, pour être une émotion littéraire, n'en est pas moins vive, et leur imagination, à force d'être riche, supplée en partie à l'inspiration. Dans cette mêlée furieuse, où s'entrechoquent de mille manières des êtres de nature différente, les uns de race divine, manifestant leur supériorité par leur beauté idéale, conservant jusque dans leur fureur la dignité olympienne, les

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autres, nés de l'air ou de la terre, moitié hommes et moitié monstres, montrant par leur conformation bizarre le dérèglement des forces chaotiques, dont ils sont le symbole, exprimant sur leurs visages les passions les plus farouches, il y aune variété, une fertilité d'invention, une fougue spontanée qui provoquent la stupeur^ voire même l'admiration. »

On sent assez, à ces termes, que l'admiration ne se livre pas sans partage ni sans résistance et qu'elle est comme violentée. En effet — et sur ce point aussi la critique me paraît pénétrante, — Rayet observe qu'à cet « art vivant et frémissant » manque ce qui fait la grandeur de l'art du V™* siècle, «la foi profonde», le sentiment religieux, l'idée; que «matérialiste et sceptique », il ne touche point les âmes parce qu'il ne vient point de l'àme. Il y relève aussi, à côté d'une surprenante adresse de main, un manque de conscience professionnelle dans l'exécution.

Quelques réserves qu'il y ait lieu de faire, au point de vue esthétique, sur le mélange d'outrances et de défaillances, le heurt perpétuel du style et du mauvais goût, imputables à une époque de décadence, l'autel de Pergame, par la place importante, essentielle, qu'il tient dans l'histoire de la sculpture, assigne de nouveau aux Grecs d'Asie, le rôle d'initiateurs et de précurseurs.

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aNous savions que les architectes qui ont bâti les monuments des Césars procédaient par filiation directe de l'école fondée en lonie par Hermogène, vers la fin du III"^^ siècle ou le commencement du second... nous savons maintenant par quel intermédiaire la sculpture monumentale romaine dérive de celle des Grecs... L'autel de Zeus et d'Athéna marque, aussi bien que le temple de Magnésie du Méandre, le point de départ de fart romain ^ ».

Nous bornerons ici, Mesdames et Messieurs, notre carrière, déjà trop longue, je le crains, pour l'attention dont vous voulez bien m'honorer. Ce n'est pas que dans l'Asie grecque la production artistique ait été arrêtée ni ralentie par la conquête romaine, que les architectes aient cessé de construire, les sculpteurs de décorer avec magnificence et prodigalité des monuments fastueux et des villes énormes ; mais le nom seul de gréco-romain que portera l'art, désormais, nous avertit que celui-ci a changé de caractère, que des éléments étrangers et inférieurs s'y introduisent, que des préoccupations réalistes, pratiques et utilitaires le domineront ; les restes qui nous en sont parvenus démontrent que, si l'habileté technique reste remarquable, le sentiment a perdu de ses

' Rayet, Monuments de l'Art antique, II, pi. 61-62 =: livr. IV, pi. IV-V.

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délicatesses, le goût de ses exigences, l'exécution de ses raffinements ; que le don d'invention, de renouvellement et de vie a fait place à la routine des souvenirs et des procédés, l'antique idéal de mesure et d'harmonie, à la recherche du colossal, aux vulgarités du naturalisme, aux gros effets d'un pathétique de convention.

Peut-être avez-vous pensé déjà que je me suis tenu trop longtemps trop loin de Phidias et de Polyclète, de Scopas, de Praxitèle et de Lysippe, que leurs noms et leurs œuvres faisaient singulièrement, pour ne pas dire scandaleusement, défaut dans une conférence sur le Génie grec dans l'Art. Je m'en suis déjà excusé et expliqué, en vous soumettant dès le début l'économie et les motifs de mon plan. J'y dois revenir encore, car le sacrifice m'a coûté autant qu'il a pu vous étonner. J'ai pratiqué, j'ai enseigné toute ma vie le culte de la perfection classique ; j'ai poursuivi, dans ma carrière militante de fouilleur de temples, le rêve, hélas ! toujours déçu, de découvrir ne fût-ce qu'un débris original qui gardât l'empreinte de la main sacrée de ces maîtres. J'ai éprouvé au British Muséum, il y a plus de cinquante années, devant le groupe des n Parques^y^ la plus profonde impression d'art que j'aie ressentie en ma vie ; elle reste toute vive dans mes yeux et dans mon cœur, elle m'émeut

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encore comme au jour où me fut révélé l'enchantement de la beauté grecque par ces figures de marbre, si vivantes qu'elles semblent respirer, si familièrement humaines qu'elles nous attirent comme des sœurs, si sereinement et souverainement divines qu'on est tenté de s'agenouiller devant elles.

Non, je ne les ai point trahies, ni oubliées ; j'aurais plutôt craint de ne pouvoir répondre à votre attente en vous parlant de ces œuvres auprès desquelles toute louange languit. L'effet en est si puissant — et ce n'est pas le moindre prodige du génie grec — que des statues muettes et mutilées ont agi jusque sur les desseins de la diplomatie et sur le cours de l'histoire. Qui doute qu'un Thésée, un Ilissus, une Vénus de Milo aient contribué à la libération d'Athènes et des îles de la mer Egée à côté de Gapo d'Istria, de Canaris et de Fabvier?

Le rôle que ces divinités de marbre jouèrent, il y a un siècle, en faveur de la Grèce, alors esclave aujourd'hui libre et triomphante, qui les rend, s'il est possible, plus dignes encore d'amour et de vénération, fut pour moi comme un enseignement. Ce sont elles qui, ayant accompli leur œuvre dans leur domaine européen, m'ont engagé à tourner mes regards vers les régions encore irrédimées de l'Asie grecque, qui attendent et doivent recevoir à leur tour de leurs

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dieux de marbre un semblable secours et une pareille délivrance.

Vous les avez vus, ces dieux ; ils sont venus ici de Delphes, d'Athènes, de Pergame, en témoins du génie de leurs compatriotes d'autrefois, en avocats des droits de leurs compatriotes d'aujourd'hui. Tout un peuple de figures mortelles ou divines, nées sur les rivages de rionie, se presse sur les bas-reliefs des tombeaux, sur les frises et dans les frontons des temples, remplit des salles entières dans les musées d'Athènes et de Constantinople, de Paris, de Berlin et de Londres, et les générations s'en succèdent ininterrompues depuis les débuts des époques historiques jusqu'au seuil de notre ère.

Combien d'autres témoins encore gisent et se cachent sous les décombres protecteurs du moyen âge et de l'antiquité, dans les provinces toujours esclaves de l'Asie grecque, qui sont prêts à répondre à leur tour quand ils auront revu la lumière. Ils la redoutaient sans doute, tant que la terre où ils sont renfermés appartenait à des maîtres ignorants et brutaux, indifférents à leur beauté, ennemis acharnés de leur race, prompts à les briser, à les exiler, à les vendre, à les livrer en otages — malgré les lois par lesquelles certains esprits moins barbares avaient essayé de les défendre — aux étrangers qui leur

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envoyaient en échange des officiers, des agents commerciaux, des espions qui préparaient la spoliation de la population hellénique, à les troquer contre des engins de guerre destinés à l'exterminer.

Avec quelle joie ils sentent aujourd'hui venir l'heure de la résurrection, qui sera celle du jugement et de la suprême justice ! Des mains pieuses s'apprêtent à les exhumer, les soigner, les guérir, leur préparent dans leur patrie des abris calmes, sûrs, éternels, parmi les paysages familiers et au milieu de sympathiques compagnons ! Deux des premières institutions que fonda la Grèce renaissante. Mesdames et Messieurs, furent celles du Musée national et de la Société archéologique. Elle payait ainsi sa dette aux grands artistes du passé qui avaient été ses patrons auprès de l'opinion européenne. Depuis cent années bientôt, Etat et particuliers rivalisent de zèle dans le culte et la recherche des monuments de l'art national. Impatient de hâter et multiplier les découvertes, pour la joie de l'humanité et le progrès des études, conscient des avantages pratiques en même temps que des jouissances esthétiques et de la gloire sans égale que la nation en peut recueillir, fidèle au renom de philoxénie des anciens Athéniens, le gouvernement hellénique s'est dessaisi du monopole des publications et des fouilles avec au-

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tant de générosité que d'autres mettent d'àpreté jalouse à se le réserver. Il a admis, il a convié les étrangers à collaborer avec lui dans cette œuvre d'intérêt véritablement international et humain ; il a eu le courage et la libéralité de leur abandonner même quelques-uns des sanctuaires nationaux les plus chers au cœur grec, les plus saints, les plus riches en offrandes et en souvenirs historiques. Qui pourrait en rendre témoignage avec une gratitude plus profonde et une plus ardente conviction que celui à qui il a été donné, au nom de l'Ecole française d'Athènes, de déblayer le temple d'Apollon delphien, et d'explorer l'île sainte de Délos ?

Quel champ illimité s'ouvrira aux progrès de la science archéologique, aux espérances et aux joies des adorateurs du génie grec, lorsque l'Ionie, jusqu'ici à peine effleurée, sera à son tour méthodiquement et totalement explorée, que de Lemnos à Rhodes et de l'Eolide à la Carie toutes les anciennes capitales du commerce, de l'industrie, de la politique, de la pensée et de l'art auront livré les monuments et les documents qu'elles recèlent ! Comme ceux-là aussi parleront un langage plus clair et plus émouvant, quand ils se présenteront et demeureront dans les lieux où ils furent conçus, exécutés, consacrés par leurs auteurs, qu'ils s'assembleront selon leurs afli-

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nités et leur provenance ; qu'ils pourront — la chose ne saura manquer quelquefois — reprendre sur le terrain une forme aussi approchante de leur forme primitive que les ravages du temps l'auront permis, à la place même qu'ils occupaient jadis, dans l'entourage de montagnes et de verdure dont ils étaient environnés, sous l'éclat du soleil natal, parmi les jeux de lumière et d'ombres dont les artistes avaient prévu et calculé les eiïets !

En étudiant au Musée de Berlin la frise, gigantesque en effet, de la Gigantomachie, je ne pouvais m'empêcher de songer combien l'installation, de quelques soins qu'elle ait été l'objet, à si grands frais qu'elle ait été exécutée, demeure par la force des choses défectueuse et défavorable à l'œuvre du sculpteur. Les dimensions colossales des personnages, l'énorme saillie des reliefs, la mêlée touffue des animaux lancés au galop, des serpents qui se tordent, des chiens qui bondissent en aboyant, des lions qui rugissent et qui mordent, le fouillis tumultueux des gestes violents, des visages grimaçants, des étoffes qui se tortillent, toutes les exubérances matérielles et les outrances déclamatoires du monument n'étaient point destinées à être regardées de plain-pied et de tout près. L'autel n'était pas fait pour être emprisonné dans les murailles trop étroites

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d'une salle trop basse, éclairée insuflisamment et à faux par le jour, à la fois pauvre et cru tombant du haut d'un vitrage, d'un pays hyperboréen. Je me plaisais à imaginer combien plus puissant eût été l'effet du prestigieux autel reconstitué discrètement, comme l'ont été le temple de la Victoire aptère, celui d'Apollon épicourios, les Propylées d'Athènes et l'Éréchthéion ou le Trésor des Athéniens, avec les éléments qui en ont été conservés, à son point de vue véritable, au sommet de sa majestueuse terrasse, en plein ciel, dans la lumière ardente du soleil d'Orient. On peut croire, sans risque de se tromper, que les Grecs, qui dès le lendemain même de la guerre balkanique ont mis la pioche des savants dans les ruines du temple de Héra à Samos, ne perdront pas une heure pour explorer les nouveaux domaines qui leur devront échoir. Ils ne négligeront pas non plus, à l'occasion, ces restitutions exactes et respectueuses, qui rendent aux œuvres tout ce qu'elles peuvent retrouver de leur sincère et naïve beauté et donnent à nos jugements la seule base ferme d'appréciation, en replaçant les monuments antiques dans leur ambiance naturelle et les conditions artistiques imaginées par leurs auteurs. En possession d'un si vaste domaine, en présence de si riches trésors, il n'est point à craindre non plus

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que leur esprit s'étrécisse et tourne à un égoïsme prohibitif, qui serait aussi funeste pour eux-mêmes que pour le monde : ils continueront à associer les étrangers aux elforts, aux joies, à la gloire, au bienfait universel des découvertes.

Les Hellènes de l'antiquité, à qui aucune haute pensée n'a échappé et qui n'ont refusé leurs efforts à aucune noble cause, n'avaient pas manqué de créer, sous le patronage des dieux, des sociétés de nations destinées à réglementer et humaniser la guerre, à la suspendre par des trêves sacrées, à la prévenir s'il se pouvait, par des arbitrages ; il les appelait des amphictyonies. L'exemple, hélas ! n'est pas des plus encourageants : les amphictyons ont peut-être causé plus de guerres qu'ils n'en ont su empêcher et les guerres dites sacrées furent les plus acharnées, les plus cruelles, les plus désastreuses pour les sanctuaires mêmes des dieux qui devaient être les patrons de la paix. N'en tirons pas de trop funestes augures et osons nous flatter de l'espoir que nos pacificateurs modernes réussiront à faire œuvre plus durable et plus ellicace. Dans l'Athènes moderne, où j'ai passé de si belles années, la vertu de la science et le charme de l'art avaient formé des liens moins décevants : on y venait des deux mondes, on y travaillait en commun, sous les auspices d'Athéna,

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dans une émulation qui semblait exempte des rivalités et des haines, dans une fréquentation et un échange de bons offices qui avaient tous les dehors de la confiance et de la cordialité, jusqu'au jour où le pacte fut déchiré brutalement par quelques-uns des associés.

Il continue à unir les autres, ceux qui ne l'ont point violé ; il s'est encore entre eux raffermi et resserré dans la lutte commune pour le droit ; entre eux il se renouvellera demain sur de nouveaux rivages. Au pied du Tmolus, du Latmus ou de l'Atabyrus, comme au pied du Pentélique ou du Parnasse, aux lieux où se réunissaient, dans un temps très lointain, les pèlerins, les députés, les marchands, les philosophes, les poètes et les artistes de la dodécapole ionienne ou de l'hexapole dorienne, sous l'invocation de Poséidon, d'Artémis ou d'Apollon, les âmes sincèrement éprises de la paix et de la beauté trouveront un asile favorable à l'étude, un refuge assuré et tranquille dans la contemplation sereine des dieux et le commerce amical du génie. Puisse ce jour être prochain pour le triomphe de l'art et de la justice !

Théophile Homolle.

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