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LES VOIES ROMAINES DE LA PROVENCE OCCIDENTALE

d'après les itinéraires anciens et les Vases Apollinaires

La Grèce et l'Orient

Ce qui me frappe sur notre terre de Provence, c'est l'empreinte profonde que les migrations orientales y ont laissée.

La Provence, c'est encore l'Orient. Elle en a la couleur, les immenses horizons, les vastes solitudes, le mirage et l'éblouissante lumière; et si elle se montre quelquefois fière de la beauté de ses femmes, c'est qu'elles ont conservé dans leursyeux un reflet de son soleil.

Aussi loin qu'on peut remonter dans le passé, l'Orient pénètre la Provence. C'est d'abord le flot de l'invasion aryenne qui part de l'Asie, inonde la Celtique et sous lequel disparaissent complètement les populations liguriennes du littoral.

Les peuples navigateurs, Phéniciens et Grecs, la couvrent ensuite de leurs colonies et y apportent leurs idées et leurs mœurs, leurs cultes et leurs institutions. Le Christianisme enfin, qui

est resté la plus pure effusion de l'Orient, vient, dès les premières années de notre ère , l'éclairer d'une lumière nouvelle.

Arles et Marseille ont été, sur notre sol gaulois, les véritables foyers de ces premières civilisations orientales.

J'écris de ces deux villes.

Egalement illustres dans le passé, leur fortune présente offre le plus saisissant des contrastes : l'une s'éteint tristement, et ne semble pas avoir conscience de sa grandeur évanouie; l'autre, gaie, vivante, toujours jeune, est absorbée par ses intérêts matériels et ne songe qu'à jouir dans le présent. Toutes deux ont perdu le souvenir de leur berceau.

En cherchant à pénétrer dans la brume un peu mystérieuse des premiers âges , en remuant les cendres et les débris des générations qui nous ont précédés, on éprouve une émotion profonde d'un caractère étrange et d'une nature tout intime, comme si l'on recueillait les souvenirs épars ou si Von retrouvait les traits effacés d'un ami disparu.

Ces sortes de résurrections , lorsqu'on les dégage de toutes les aspérités et de toutes les sécheresses de la science , ne manquent ni de charme

ni de poésie. Le meilleur et le plus vrai de nousmêmes n'est-il pas d'ailleurs notre passé? L'avenir est incertain; l'insaisissable présent n'existe pas, et l'heure même où nous croyons être s'ajoute fatalement à celles qui ne sont plus. Heureux ou triste, le passé seul est réel. A chaque minute, nous entrons dans l'histoire ; — demain nous serons à peine un souvenir.

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