‹ La Grèce moderne: héros et poetesChapitre 47 sur 48 · L'Errant, p · texte numérisé non relu

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du trois septembre. Il jouait sans doute un rôle actif dans les orageuses assemblées où s'agitaient les passions populaires; peut-être même, ayant de livrer ses vers à la publicité, les débitait-il d'abord aux turbulents habitués du café de la Belle Grèce, dont il a fait la pittoresque description que voici :

« Apprenez, messieurs, que j'habite auprès de la Belle Grèce. Là, les conseillers d'État flânent en réfléchissant au danger que courent leurs six cents drachmes par mois; plus loin, les ministres affairés passent coimne l'éclair. En bas, le savetier lit l'article de la Minerve sur les deux chambres; en face, l'épiçjer dévore le dialogue de Coraï sur le sénat. C'est une pluie de journaux; dans la pharmacie du bon Kavakos, .grande dispute sur les mérites respectifs des autocïUhones et des étérochtones. Enfin, avec des cris qui couvrent le tumulte et vous brisent le tympan, les enfants des imprimeurs parcourent les rues et vendent la nouvelle édition de la Constitution belge, le vieux procès de Colocotroni, les brochures, les poëmes... et môme mes vers; et le peuple d'Athènes tombe avec avidité sur les in-quarto, les in-octavo, les in-douze qu'on lui jette de toutes parts.»

Nous pourrions extraire de cet ouvrage de piquantes sa* tires et quelques portraits vigoureusement touchés; mais ces portraits et ces satires, à propos de personnages célèbres seulement parmi les Grecs, n'offriraient point à nos lecteurs le môme attrait qu'à ceux de M. Soutzo. Ce livre nous fournit d'ailleurs l'occasion do tracer le tableau, plus intéressant peut-être, d'une émeute à Athènes et du soulèvement populaire qui procura à la Grèce les bienfaits du régime parlementaire et d'une constitution essentiellement libérale. Les chefs de l'opposition et du parti national fixèrent le 1 er septembre pour soustraire violemment le roi à l'influence de ses conseillers et obtenir la promulgation de la charte depuis longtemps promise et toujours ajournée. La cour ayant été avertie du complot, les conjurés songèrent un instant à fuir

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en Eabée ; mais le général Kallergi *, qui fat sans contredit le héros de cette grande journée, les retint, résolu d'ailleurs à agir seul, s'il le fallait. Pendant la nuit du 2 au 3 septembre, il parcourut les casernes, s'assura de l'assentiment des troupes, leur fit prendra les armes et les dirigea en bon ordre avant le jour vers le palais du roi. Il était suivi de toute la population d'Athènes et d'une foule nombreuse accourue des provinces. Aux rumeurs confuses qui s'élèvent de la place, le roi s'informe de ce qui se passe, et comme il apparaît lui- même à une fenêtre, Kallergi s'écrie: « Sire, nous voulons la constitution 1 » Puis il s'empare des portes extérieures du palais et empêche le peuple d'y pénétrer. Les ministres des puissances étrangères se présentent; ils les repousse, dans la crainte qu'ils ne détournent le roi de céder au vœu de la nation. Le jour vient; les heures s'écoulent; la réponse du roi est encore inconnue. Le peuple s'irrite; des clameurs se font entendre; le général, parcourant la foule à cheval, a quelque peine à contenir l'effervescence naissante. EnÛn, vers midi, le roi s'engage à convoquer sans délai les députés de la Grèce, afin de mettre la dernière main à la constitution. Des acclamations enthousiastes accueillent cette promesse, et le peuple, victorieux par la seule énergie de son attitude, se retire dans ses foyers. De tout ce mouvement, il ne resta d'autre trace que le mot <ruv7ayfx« * écrit par dix mille mains sur les murailles de marbre de la résidence royale. Pendant plusieurs semaines, Athènes fut en fête; le 18 septembre, le roi sortit, entouré des ministres populaires et débarrassé du cortège des étrangers, dont le règne était

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