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CHAPITRE IV

Indications de la Greffe de Thiersch

La pratique de lopération de Thiersch n’est pas très répandue en France et les communications sur ce sujet aux sociétés médicales de Paris, ont été rares dans ces derpières années.

Quelques maîtres des hôpitaux ont exprimé des doutes sur la souplesse et la résistance du tissu de réparation formé par les greffes, et ont prétendu que ces greffes donnent une cicatrice, quelque chose de fragile, destinée le plus souvent à se détruire. ,

M. Monod, qui l’un des premiers pratiqua en France cette opération et qui l’a toujours défendue de sa parole autorisée, disait, il n’y a pas longtemps, en présentant à la Société de Chirurgie un malade opéré par lui, que «l'on a eu tort de considérer les greffes de Thiersch comme infidèles au point de vue du résultat définitif. »

La méthode de Thiersch est une vraie et bonne méthode autoplastique au même titre que les méthodes indienne, française ou italienne. Il serait très utile de rechercher dans quelles circonstances il conviendrait d'utiliser la greffe de Thiersch de préférence aux autres procédés autoplastiques, moins simples, qui demandent

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beaucoup d’habileté de la part du chirurgien et qui exposent souvent en cas d'échec à aggraver les lésions que l’on a voulu réparer ; il est naturel que quand les chances de succès sont égales de part et d'autre, on se décide pour l'opération la plus facile, la greffe de Thiersch qui se recommande en outre par l’absence de traumatisme et par la rapidité de la guérison.

La greffe de Thiersch prend place naturellement à côté de la greffe italienne ; c'est une antoplastie par lambeaux pris à distance ; elle est également destinée à rendre possible la réparation d’une perte de substance qui ne pourrait être faite avec la peau voisine ; la greffe de Thiersch a, en outre de ses indications propres, des mdications communes à la greffe italienne ; elle pourra être utilisée dans toutes ou presque toutes les circonstances où la greïfe italienne pourrait être indiquée.

deS autres méthodes autoplastiques par la possibilité

qu’elle offre de réparer en une seule séance la plus vaste perte de substance ; elle est donc indiquée dans des cas où les autres opérations autoplastiques sont impraticables, comme par exemple dans les brülures étendues du dos. |

Par cette indication, la greffe de Thiersch est devenue le traitement de choix de lésions fréquentes, nous voulons parier des brûlures.

I. On peut donc réparer entièrement une vaste perte de substance avec les greffes dermo-épidermiques, mais

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il est toujours bon d'utiliser le plus que l’on pourra de la peau voisine ou même si le malade s’y prête, faire une grefle italienne.

La combinaison de ces deux méthodes devient surtout utile quand on peut transplanter au milieu de la surface qu'il s’agit de réparer un lambeau de peau.

Ogs. X (service de M. Nicaisx). — Pierre B.., 38 ans, domestique, entre le 15 janvier 1894, salle Malgaigne, à l'hôpital Laënnec,.

Ce malade présente une vaste plaie, comprenant presque toute la circonférence’du bras droit, consécutive à un érysipèle gangreneux.

Lo 22 janvier M. Pierre Delbet, suppléant le chef du service, greffe au milieu de la plaie un lambeau pris sur le thorax (méthode italienne).

8 février. Section du pédicule. Le lambeau a pris en totalité. Greffes de Thiersch pour recouvrir la partie restante de lux plaie thoracique.

Le 7 mars, sort avec sa plaie thoracique incomplétement cicatrisée, mais en bonne voie de guérison. Les greffes de Thiersch ont bien réussi sur le bras, en partie échoué sur le thorax.

C'est surtout en cas de plaies du cou, dont on peut facilement mobiliser la peau, que la combinaison de ces deux procédés sera, croyons-nous, utile.

En cas de plaies étendues, cette conduite est bonne, même, si l’on peut espérer de réparer toute la surface par des opérations successives, pour obtenir une guérison rapide ; dans les cas surtout où l’on ne pourrait prendre le jambeau que dans une partie éloignée il serait très difficile de faire accepter au malade pour la troisième ou quatrième fois une immobilisation de plusieurs jours.

IIT. La greffe peut encore être utile dans des cas où il serait possible de réparer une vaste perte de substance par la méthode indienne ; on a signalé des cas de réparation de cicatrices étendues du cou par grand lambeau pris sur le dos ; on aurait peut-être réussi au moyen des greffes, È sans s’exposer à augmenter les lésions ; c’est: surtout à la'face que l’on a une crainte légitime de produire des déformations ; et que l’on peut, pour les éviter, employer plutôt les greffes de Thiersch.

IV. Le greffe de Thiersch peut être utilisée en cas de perte de substance de petites dimensions, dont les bords ne peuvent être rapprochés et qui restent ulcérées ; il sera souvent plus simple de recourir aux greffes pour hâter la cicatrisation trop lente ou rebelle que d'entreprendre des interventions sur le voisinage, ou d’attendre que la plaie se cicatrise naturellement ; c’est ainsi que pour éviter les cicatrices irrégulières d’un anthrax volumineux on pourra à la période de granulation recouvrir la surface de greffes ; dans les cicatrices en partie ulcérées et dont il est inutile de faire l’excision, on pourra employer les greffes avec avantage.

O8s. XI (service de M. Nicaise). — Thomas M..., entre pour des brûlures anciennes très étendues des 4 membres. Aux membres supérieurs, toutes les plaies sont cicatrisées, mais loutes les cicatrices sont chéloïdiennes. Au membre inférieur cicatrisation incomplète ; reste un ulcère large comme la paume de la main. | a Seize jours après l'entrée du malade, M. Pierre Delbet, suppléant le chef du service, recouvre la plaie de oreffes de Thiersch. Quelques lambeaux se sont détachés et la partie ainsi découverte s’est ! cicatrisée rapidement.

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Cinq semaines après l'opération. le malade est sorti complètement guéri.

Dans le même but, de hâter la guérison, les greffes sont souvent indispensables pour réparer la perte de substance laissée à la suite de l'emploi de la méthode italienne.

V. La greffe qui est souvent indiquée pour éviter les cicatrices difformes à la suite de brülures, est le traitement de choix de ces cicatrices quand elles sont formées. On connaît les difficultés du traitement de ces cicatrices, les interventions multiples et difficiles pour les corriger ; on sait, d'autre part, que les greffes de Thiersch donnent leurs plus beaux succès dans les cas de plaies fraiches ; leur emploi est donc parfaitement justifié, quand après avoir excisée en totalité ou en partie une cicatrice vicieuse, on recouvre la surface cruentée de ces oreftes.

Dans les déviations cicatricielles des membres, quand on a dans le voisinage des tégaments pouvant suffire à la réparation, on est tenté de s’en servir.et il est toujours préférable de le faire, mais, c’est rarement le cas ; le plus souvent on a eu recours aux yreffes de Thiersch qui ont donné de beaux succès dont un est signalé p. 5 Cest là aussi une des grandes indications de la méthode italienne. Quelques chirurgiens préfèrent y recourir dans ces cas, quoiqu’ellene puisse pas donner des résullats fonctionnels supérieurs à ceux que donne la greffe de Thiersch. On n’est pas toujours libre de choisir entre

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la greffe de Thiersch ou la greffe italienne : chez les

enfants et les personnes nerveuses la greffe italienne

pourra rarement être utilisée.

La situation d’une plaie au voisinage d'une articulation west pas défavorable à l'emploi des greffes qui donnent des résultats fonctionnels parfaits.

O8s. XII. — Jules P..., entre le 14 novembre 1891, salle Velpeau, à la Charité dans le service de M. Duplay.

Brûlure au 3e degré du dos du pied, cicatrisée partiellement. Il reste à la partie centrale de la cicatrice une plaie qui ne peut pas se cicatriser. La plaie occupe la région du cou-de-pied, elle est à peu près circulaire et mesure environ 6 cent. de diamètre.

Le 6 décembre, M. Pierre Delbet, suppléant, recouvre la plaie de greffes de Thiersch. Succès complet.

La greffe de Thiersch peut souvent être utilisée en cas d'échec partiel ou total d’une transplantation de la peau. Nous avons déjà donné un exemple dans un cas d’ulcère de jambe ; en voici un autre.

Os. XIII. — Charles B.... entre le 26 août 1891, salle Velpeau, à la Charité dans le service de M. Duplay.

Cicatrice adhérente du genou droit, ulcérée à sa partie centrale. Plaie occupant la région rotulienne et externe, irrégulière.

Le 15 septenbre, opéré par M. Pierre Delbet, suppléant.

Auloplastie par la méthode indienne. Mortification d'une partie du lambeau. Greffes de Thiersch sur la plaie d'emprunt et la partie gangrenée (après élimination). Succès complet.

O8Bs. XIV (due à l’obligeance de M. Héresco, interne du service). — Joséphine C..., entre le 3 février, salle Chassaignac, à l'hôpital Laënnec dans le service de M. Nicaise.

Cette malade présente une brûlure de toute la partie postérieure du thorax, à la suite d’une chute sur un fourneau. Brulûre de 8e degré. Fièvre intense. Pas d’albumine, ni sucre.

Le 23 avril {re opération, faite par M. Pierre Delbet, suppléant. Après le raclage des fongosités, on dédouble le sein droit transversalement et on glisse le lambeau postérieur pour couvrir la surface ulcérée. On fait une incision libératrice sur le flanc droit qui permet le glissement.

Sphacèle des extrémités du lambeau.

Le 28 avril. Greffe de Thiersch prise sur une jambe amputée pour tumeur'blanche. Ces greffes sont restées en place plusieurs jours, mais, se sont résorbées en moins de 3 semaines.

Le 6 mai. Dédoublement du sein gauche transversalement ; on glisse le lambeau antérieur pour recouvrir une partie de la perte de substance. j

Le 8 mai on ponctionne le lambeau droit; la sensibilité est nulle en certains points, il s'écoule de la sérosité, puis du sang.

Le 30 mai, on recouvre l’ulcération restante à l’aide de greffes de Thiersch, prises sur les faces extérieur des cuisses et les faces postérieure des cuisses et des jambes. Les plus petits lambeaux avaient 16 à 17 cent., 8 avaient 36 à 37 cent., un de 41! et un autre de43.

31 mai. La malade s’est couchée sur le dos dans la nuit, les lam-

. beaux ont été arrachés vers le milieu de la plaie dans une hauteur

de ? à 3 cent. ainsi qu'en divers autres points ; la valeur des lambeaux arrachés est à peu près du 1/4 de la plaie.

La guérison de la partie restée couverte est complète au bout de 20 jours ; le reste de la plaie s’est recouvert de bourgeons charnus. On attend que l’état général de la malade permette de faire une nouvelle intervention par les greffes de Thiersch.

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