CHOIX DU GREFFON
Quel que soit le mode d'écussonnage, le greffon-œil doit être bien formé, et le rameau qui le porte étant ferme, reste souple et résistant à Tappel des doigts.
Ces conditions, obligatoires à l'œil dormant, se modifient ou s'aggravent à l'œil poussant. En effet, le rameau-greffon pourrait être de Tannée précédente et par conséquent ligneux, sinon de l'année courante ou cueilli sur un Rosier forcé dans la serre. Ces deux derniers sont préparés au moment de leur emploi ; l'autre, déjà ligneux et de Tannée précédente, a passé l'hiver dans le sable de la cave ou du silo.
La floraison du greffon, précieuse pour reproduire une variété remontante, ne saurait être exigible dans le cas contraire. Le pincement du rameaugreffon d'une variété non remontante, pratiqué huit jours avant Técussonnage, suffirait à Taoûlement de ses tissus.
Ce point de maturité se reconnaît facilement à la couleur plus accentuée de Tépiderme du rameau, à la chute libre de ses aiguillons lorsqu'on y passe le pouce en les froissant, et au degré d'élasticité qu'il offre lorsqu'on essaie sa résistance par une investigation légère entre le pouce et l'index. Trop tôt, la fermeté lui manque, les yeux sont à peine venus. Trop tard, un boiirgeonnement prématuré a fait éclore les yeux, ou l'absence de courant séveux lui a durci Tépiderme.
Que Ton emploie ces yeux durcis ou sortis trop tôt, il est toujours prudent de les doubler par la pose d'un
30 CnOIX DU GREFFON.
écusson en conditions normales, sur rameau ou sur tige. Cette précaution se justifie encore à l'ëcussonnage des yeux de la sommité du rameau-greifon ou de ceux de la base, paresseux à se montrer.
11 est à remarquer que les yeux de tête des rameaux longs et peu florifères seront, parla greffe, moins disposés à s'envoler; au contraire, les yeux de base^ bien apparents, des variétés floribondes, à bois court, se développeront mieux, par Técussonnage.
Éviter les renflements sans gemme placés à Taisselle des feuilles immédiatement au-dessous des fleurs; ils sont complètement nuls. Éviter également les yeux qui bourgeonnent trop vite au sommet des rameaux dont on a supprimé le bouton floral ou la fleur épanouie.
11 en est, comme Ophirie^ qui bourgeonnent tellement vite qu'ils demandent à être utilisés avant l'épanouissement de la rose. D'autres, tels que Souvenir de la Malmaison, n'ofl^rent au greffeur que les yeux placés à la partie médiane du rameau.
Le rameau-greffon sera détaché de l'arbuste-étalon le jour même de l'écussonnage ou la veille au soir, et préparé immédiatement, lletrancher la base et la tète du rameau si elles sont inutilisables; couper les feuilles sur le pétiole et enlever les stipules qui l'accompagnent. Éviter de détacher les aiguillons, à moins qu'ils ne tombent au contact du doigt. Laisser aux Rosiers mousseux (ou moussus) leur épiderme poilu.
Ainsi préparés, les rameaux sont entourés d'herbe fraîche, de mousse humide ou placés le pied dans un récipient d'eau froide. Si le greffage doit tarder plus de vingt-quatre heures, ils seront déposés — avec ces
PRATIQUE DE l'ÉGUSSONNAGE. 31
précautions contre le dessèchement— dans un endroit frais, cave, silo, glacière. Au lieu d'un trempage à Teau, ils pourraient être piqués ou allongés dans un sable frais, pendant une journée ou une nuit.
Les rameaux-boutures ou greffons qui subissent les déplacements, transports, voyages, même à courte échéance, seront enveloppés d'herbe, de mousse ou d'un taffetas gommé, et baigneront le pied dans Teau pendant quelques heures, à leur arrivée.
PRATIQUE DE L'ÉCUSSONNAGE
Préambule. — Avant de donner le premier coup de greffoir, il est prudent de dresser un plan, c'est-à-dire un tableau des variétés à greffer et le nombre de sujets qui leur seront affectés.
Une fois établi, on place une étiquette au point initial de l'espèce projetée. Toute vaine retouche jetterait le trouble dans les répartitions. Qu'importe si tous les sujets ne sont pas dispos en même temps ou si la réserve de greffes est trop faible ; il sera facile de compléter plus tard.
Plusieurs variétés peuvent ainsi se trouver dans le même rang; l'étiquette nominative ou le plomb numéroté en indique la démarcation. Mais les variétés populaires ou souvent demandées absorberont un ou plusieurs rangs de tailles différentes.
L'ordre alphabétique ou numérique, observé dans le classement des espèces à greffer, facilitera les recherches lors des greffages et des arrachages — et même à l'occasion d'une étiquette égarée.
Plantés à part, les sujets flexibles seront consacrés
aux espèces gélisses, groupe ou tribu des Rosiers Thé, Noisette, Bengale, etc., et les sujets hérissés d'aiguillons sympathiseront avec les sections Gallica (Mousseuses, Provins), Lutea, Pernetiana, Pimpinellifolia, Portlandica, Rugosa. La majeure partie de leurs variétés, plus lentes à lignifier leurs tissus ou à « montrer Tœil », seront écussonnées fin de sève.
Les mêmes observations sont applicables aux sujets à basse tige.
Refuser les variétés faibles aux liges élevées.
Nous n*entrerons pas dans le détail de Técussonnage proprement dit. Abordons plutôt les « à côté » du greffage, moins connus des débutants. Trop souvent on sait lever un écusson, maison ignore les conditions premières de la réussite- C'est affaire d'expérience.
État de sève des deux parties à rapprocher par la greffe. — Le premier point à étudier est l'état de sève du sujet et du greffon. Trop tendre provoque cassure ou mouillure et ne fusionne pas. Trop dur, le fluide séveux manque, l'écorce du sujet blanchit et résiste au greffoir; alors, absence de soudure. Il y a donc un juste milieu que l'homme du métier sait reconnaître à première vue, ou à l'épreuve de la main.
A l'essai du greffoir, le liber doit s'isoler librement de l'aubier, sans hésitation et sans déchirure.
La sève passe plus vite sous une température chaude, dans un terrain sec ou sur un vieux sujet. Quant au greffon, il est en général plus jeune que le sujet. En tout cas, un excès de maturité chez lui peut
le regaillardir, inoculé sous un liber et sur un aubier en pleine expansion de sève. Le contraire, c'est-à-dire la trop grande maturité du sujet, s'animerait difficilement à l'appel d'un greffon gorgé de sève.
Afin d'augmenter le nombre de rameaux-greffons chez les espèces nouvelles et d'équilibrer l'état de sève des deux parties à unir par la greffe, les spécialistes n'hésitent pas à soumettre à la chaleur factice d'une serre vitrée et Vétalon, qui hâtera ainsi la poussée de ses rameaux, et le sujet qui, greffé, va produire une provision de greffons pour l'écussonnage en plein air, à œil poussant ou dormant.
Au dehors, l'état de sève d'un sujet en retard gagne à être stimulé par des arrosages et des binages sagement combinés. Au contraire, l'écimage de ses rameaux et l'excès d'ébourgeonnage provoqueraient un arrêt de végétation dont il faudrait se méfier.
Quant au rameau-greffon, un pincement de sa sommité hâterait l'aoûtement de ses bourgeons et les rendrait disponibles plus tôt au greffage. Quelquefois, nous avons amoindri leur ardeur par la suppression sur pétiole des feuilles principales.
Levée du bourgeon-écusson. — Avant de lever un œil greffon, l'apprenti devra s'essayer sur des bois perdus d'autres essences, à bourgeons plats ou vifs, à coussinet effacé ou saillant, attendu que beaucoup de variétés de Rosier ont des rameaux anguleux, méplats ou coudés qui rendent plus difficile la levée de l'œil greffon. A l'essai, le Pommier se prête mieux que l'Abricotier.
Avec le Rosier, il faut ménager ses ressources de sujets et de greffons, et procéder « à coup sûr ». Baltet. — Greffe et Taille des rosiers. 3
La figure 14 indique la position des mains de Topéraleur. L'outil trace d'abord les lignes f pénétrant Técorce sur le rameau-greffon E, puis, engageant la lame entre le liber et Taubier par le trait supérieur,
Fig. H. — Levée du bourgeon-écusson.
suivant la ligne ondulée gg*g du rameau F, il en résulte le bourgeon ou œil greffon H.
Aussitôt détaché du rameau qui le porte, ne ternissez pas Toeil en examinant son revers avivé par le greffoir. Examinez plutôt la plaie qu'il a occasionnée sur le rameau. Si toute l'épaisseur des couches libériennes est prise, il est bon; au contraire, s'il en manque, rejetezle et levez-en un autre.
Au cas de variété rare, utilisez l'œil douteux, mais en le doublant au-dessus, au-dessous ou en face, par
CONSEILS AUX DKBUTANTS.
un autre bourgeon irréprochable. Une seule greffe réussie sur un Rosier fournit une bonne frondaison.
Donc, évitez de laisser à Fair un œil-écusson nu ou de le chagriner par des coups d'ongle ou de greffoir sur sa chair. Une lamelle de liber au revers de Tœil donne plus d'autorité à son inoculation.
Déposé à l'ombre et au frais, sur un lit de mousse humide, le bourgeon-écusson pourrait attendre une heure au plus son logement définitif. Dans les cas scabreux, prudence est mère de sûreté.
Inoculation du bourgeon-écusson. — Quinze jours avant le greffage ou à la levée de l'écusson, on lui a préparé son petit logis par la suppression des feuilles, d^s aiguillons, des poils et des yeux qui garnissent la base du rameau à écussonner, juste à la place réservée à l'incision, et pas davantage.
L'écussonnage sera donc pratiqué à la gorge ou empâtement du rameau sur la tige, le plus près possible du point d'attache, ce
qui évitera une sortie de bourgeons latents du sauvageon au pied de la greffe.
Aussi la plaque d'écorce qui porte l'œil peut-elle être tranchée assez court, à sa base.
Tandis que le greffoir trace l'incision (^K, fig. 15)
Fig. 15. — Inoculalion de l'écusson.
(0, incision; L, inoculation; M, ligalure.)
en T et ouvre Técorce, Tautre main y glisse Técusson L, qu'elle dirige par son pétiole tronqué court, de manière qu'il force l'entrée de son logement au lieu de la trouver tout ouverte.
Ici, le débutant doit se méfler d'entamer le bois en
pratiquant le trait supérieur j du T ; le rameau casserait net à ce point et ne tarderait pas à tomber (alors l'œil-écusson meurt... ou pousse de suite).
Les malins évitent ce danger par une seule incision longitudinale avec sommité en faucille... D'autres ont imaginé un T renversé, sans en rendre l'inoculation plus facile.
En outre du greffage sur branche, nous recommandons l'écussonnage sur tige (ûg. 10). La sève y séjournant moins longtemps, l'écussonnage n'en saurait être retardé, et il serait imprudent de le soumettre à l'œil poussant, quoique les stimulants de sève ne lui seront pas ménagés.
La sève étant attirée sous les branches, la place de récusson s'y trouve désignée (Voy. fîg. 31). H est
Fig. 16. — Écussonnage sur lige.
entendu que les gros bourgeons s'y adapteront mieux.
Cependant un fragment de rameau portant 2 ou 3 yeux peut être inoculé comme un œil dans l'incision en T. à la façon de la greffe de boutons à fruits. Forte ligature augmentée d*un liniment onctueux. Vers 1815, l'Anglais Knight, les Français Pierre Cochet et Levrat adoptèrent ce système, que nous nommons « greffe par rameau sous écorce » (fig. 17).
Le mode de greffage sur tige est applicable aux Rosiers nains; il y court moins de dangers que par l'écussonnage sur rameaux ; ceux-ci, conservés à 0°',20 au moins du sol, laissent libre la place de la greffe. En les relevant pour les enlacer (Voy. fig. 26), le travail manuel en sera plus agréable et facile.
Quant aux semis d'Églantiers plantés sur butte, leur écussonnage se fait audessous du collet. Nous y reviendrons.
Ligature de récusson. — Aussitôt fait Técusson, aussi tôt lié, soit par le greffeur, soit par son aide.
Une bonne ligature pour le Rosier est la laine filée aux jeunes rameaux, le coton filé au vieux bois. La Spargaine divisée par bandelettes convient à toutes les situations.
Commencer l'application du lien par le sommet de l'incision, et suivre jusqu'au bas. Ménager l'œil en le bridant entre deux spires bien tendues, sans l'érailler. Une ligature solide ne bouge pas quand on passe le doigt dessus ; sinon, on la recommence.
Fig. 17. — Greffe par rameau sous écorce .
38 OPÉRATIONS A LA SUITE DE l'ÉCUSSONNAGE.
Le greffeur ou son lieur ne quittent pas le rang sans se rendre compte s'il n'y a rien d'oublié, greffe ou ligature.
Huit et quinze jours après, nouvel examen; renouveler les liens tombés ; relâcher, sans les supprimer encore, ceux qui étranglent; continuer Técussonnage des sujets qui attendent, et recommencer ceux qui n'ont pas pris.
Le coup de greffoir sur une ligature à enlever se donne en dessous et tranche seulement la spire supérieure ou inférieure ; le surplus est détaché à la main, c'est le « délainage ».