LA GREFFE DU LOBE ANTERIEUR D'HYPOPHYSE
Au début du siècle, alors que sous l'impulsion de CRisriani et de KocHer, les crees thyroparathyroïdiennes retenaient l'attention du monde médical, l'hypophyse, encore entourée de mystère, ne suscitait que bien peu d'intérêt. En 1900, cependant, paraissaient en Autriche et en Amérique les trois premières études expérimentales de grefles hypophysaires, toutes trois bien décevantes.
1° — CLAIRMONT et EnrLicH prélevant Fhypophy se d'un jeune animal — rat, cobaye, lapin où chien — la greffèrent, entière, sans l'avoir divisée, dans la rate d'un adulte de la même espèce. L'examen microscopique des pièces, quatre à soixante trois jours après, montra que la transplantation avait échoué dans les vingt cas où elle avait été tentée,
2° — Von SAAR fit également des homotransplantations, mais sous le péritoine de la paroi abdominale de cobaye. Toutes les grefles étaient entièrement résorbées au bout de trois mois.
3° — Harvey CusninG, enfin, pour la première fois, songe à enlever au préalable lhypophyse. Il
opère chez des chiens et leur srefe ausitôt, dans la musculature, la moëlle osseuse ou le cerveau, la glan-
de qui vient d'être extraite.
Dans quelques cas seulement, les animaux greflés survécurent plus longtemps (18 à 26 jours) que le témoin simplement hypophysectomisé. A l'examen, les grefles montraient des traces d'activité du lobe antérieur dans les zones périphériques seulement.
Ces expériences, on le conçoit, n engagèrent pas les chercheurs à poursuivre dans cette voie, et pen-
dant plus de vingt ans, c'est le silence complet. f
La question n'est remise sur le chantier qu aux environs de 1034. L'histophysiologie de l'hypophyse est alors en plein essor, et c'est assez souvent, moins pour étudier la crelle en elle-même que pour exploiter une technique pleine d'enseignements dans la recherche des corrélations endocriniennes, en particulier hypophyso-gonadales que la grefle hypophysaire est utilisée sur une assez vaste échelle.
Cette pause de 20 années a d’ailleurs puissamment servi les études qui allaient venir : les découvertes qui l'ont jalonnée ont préparé le terrain. Le problème put être abordé avec des connaissances plus solides, des lois qui règlent le comportement biologique des creffons. On mit en œuvre des moyens nouveaux : sièges plus propices, culture in vitro, crelles embryonnaires.
Aussi le travail, comme nous allons le voir, a-t:il été fécond. Et lorsqu'on mesure le chemin parcouru en dix ans, il est permis d'avoir confiance,
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À. L'autogreffe.
Son étude ne nous arrêtera que peu. D'abord les travaux à son sujet sont rares, et contrairement à ce qu on pourrait croire, les résultats sont plutôt moins bons qu'avec les homogrelles. Ensuite, elle ne présente pour nous aucun intérêt pratique.
Curuzy, le premier, fait des auto-transplants dans la chambre antérieure de l'œil. Cent cinquante jours après l'opération, l'examen montre une stimulation modérée ou bonne des tubes séminipares, mais pauvres de cellules interstitielles. Cependant, un mâle opéré depuis deux cents jours féconda une femelle qui mit bat six petits. L'effet resta léger ou nul sur la croissance, nul sur la thyroïde et les surrénales. Histologiquement les transplants oculaires étaient bien vascularisés, composés ‘surtout de cellules chromophobes et de quelques cellules éosinophiles.
WESTMANN et JACOBSOHN, comparant sur le même animal, le devenir d'auto et d'homogrelles (1), trouvèrent celles-ci mieux conservées et mieux adaptées que celles-là. GREEP par contre apporta des résultats fonctionnels excellents en utilisant indifféremment l'auto ou l'homogrelle. Nous en ferons donc état en étudiant ces dernières.
(1) Après hypophysectomie chez une rate adulte, ces auteurs greffent dans l'œil la glande qui vient d'être enlevée, et dans f'autre deux ou trois hypophyses d'animaux âgés de 8 à 18 jours.
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B. L'homogreffe.
Il s'agit en réalité presque toujours dans les travaux que nous avons pu consulter, de syngénésiogre]fes. Ce n'est pas par commodité — interventions sur un même élevage ou une même portée — comme on pourrait le croire que les auteurs ont adopté cette manière de faire, mais par nécessité. Les greffes entre animaux de parenté éloignée n'ayant, comme nous l'avons vu, que bien peu de chances de reprendre d'une façon durable. Bien plus, ils ne choisissent pas leurs animaux au hasard dans une même souche mais ils s'adressent à des lignées hautement sélectionnées (highly inbred strains — HizL et GARDNER).
Dans un travail spécial consacré à la « génétique des orelles pituitaires et ovariennes », STRONG et LEONELL ont d’ailleurs montré (1) que la transplantation intratesticulaire ne réussit pleinement que s'il existe entre donneur et hôte « un complexe génétique dominant et déterminé ». Tout ceci vient à l'appui de ce que nous disions dans la première partie de notre travail.
IP est pourtant, semble-t-il, une exception à cette règle. Ceux qui ont utilisé comme siège de leurs creffes la chambre antérieure de l'œil n'ont pas pris cebe précaution ou tout au moins n'en parlent pas. Omission ? Ou plutôt choix d’un siège particulièrement
(1) Nous n'avons pu nous procurer qu'un très bref résume.
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propice et qui n exige pas entre donneur et hôte une communauté génétique aussi stricte. Ce détail méritait d'être signalé. Venons en aux faits.
Nous les groupons sous les deux signes de la reprise histologique et de la capacité fonctionnelle du
greHon.
l. REPRISE HISTOLOGIQUE ET STRUCTURE DE L'HYPFOPHYSE GREFFEE.
HarEriUS, SCHWEIZER et Cakiprer ont les premiers, à notre connaissance, apporté en 1935 la preu- ve histologique de la survie et de Ja persistance des grelles homoplastiques. Opérant sur le lapin et le cobaye, sans hypophysectomie préalable, ils implantent une moitié d'hypophyse dans chaque œil. A l'examen des fragments, seize jours à quatre mois après, les cellules du lobe antérieur conservent dans tous les cas une morphologie, une topographie et des réactions tinctoriales normales. De nombreuses figures de mitoses attestent leur vitalité. À [a périphérie existe une légère réaction lymphocytaire, mais elle ne pénètre pas le transplant et disparaît peu à peu. Chose curieuse, l'hypophyse, baignée par l'humeur aqueuse, s'est nourrie uniquement par imbibition et n'a pas eu recours, comme cela se voit d'habitude, à la riche vascularisation de l'iris.
Deux ans plus tard (19037), dans le but de compléter cette étude et singulièrement celle des possibi-