COMMENT AGIT LA GREFFE
Problème souvent discuté et aujourd'hui encore mal élucidé. Cela tient d'abord à ce que l'expérimentation chez l'animal sain n'a pu apporter ici qu'un concours restreint à la compréhension des phénomènes qui se passent chez l'individu malade. On ne peut encore reproduire au laboratoire les syndromes cliniques dans leur forme véritable. On peut enlever une hypophyse, la piquer ou la thermocautériser : ce sont là des agressions brutales et dont le genre est limité. Elles n'ont rien à voir avec la lenteur de constitution et la grande variété des lésions humaines. Lorsqu'une greffe agit, on ne peut pas toujours dire comment elle agit. Le clinicien se trouve en présence de faits indiscutables et dont on ne peut donner qu'une explication « d'attente ». Là encore, il est heureux pour la pratique que « notre pouvoir dépasse notre savoir » (BERTHELOT).
Il faut, croyons-nous, envisager de façon bien différente les cas où la clande autochtone du receveur est complètement détruite et incapable de fonctionner à nouveau, et ceux où elle se trouve seulement en état d'hypolonctionnement et susceptible de reprendre son activité.
a) Si Ja glande du porte-greffe est complètement détruite, Le fragment de tissu endocrinien introduit agit pour son propre compte. Si la crefle reprend, — seules les crefles bréphoplastiques sont susceptibles de le faire, — Ja guérison sera durable.
Si elle ne reprend pas, — et c'est le cas de toutes les crelles hétéroplastiques, — son effet ne peut être que transitoire. Comme le dit LERICHE, l'hétérogretfe représente un « capital > qui lentement s'épuise, et non une « rente stable ». C'est un dépôt qui livre régulièrement à l'organisme, mais pendant un temps limité, le produit de sa résorption. Le tout est de savoir ce que dure cette résorption. Il est difficile de le dire de façon précise. Cela varie avec le volume total de tissu implanté, avec Ja rapidité de la pénétration conjonctive. Si l'on en juge par les observations cliniques, on peut dire qu'elle oscille entre s: et O mois.
b) Tenter d'expliquer les guérisons par la crelle, de syndromes d'insuffisance fonctionnelle d'une clande endocrine, est encore plus délicat. C'est que, écrit LERICHE, « nous connaissons mal les conditions mêmes dans lesquelles ils (ces syndromes) se développent. Nous ne savons rien de ce qui les provoque, rien de ce qui les entretient. Nous ne connaïissons ni le seuil de la sécrétion normale, ni celui de la sécrétion insuffisante... Nous n'avons presque aucun renseignement sur les états anatomiques initiaux. Nous ne sommes même pas certains qu'il y en a. On ne s’est pas encore franchement posé la question de savoir si l'insuffisance tient à une perte d'activité de la glande ou à un déficit dans l'apport des matériaux avec lesquels l'individu fabrique sa sécrétion. »
On comprend que l'on en soit encore réduit à des hypothèses pour interpréter les guérisons durables.
1) L'action substitutive ne peut se concevoir qu'au cas où la grelle a pu reprendre, revivre et assurer de façon durable une fonction hormonale. Les données de l'expérimentation laissent penser que c'est le cas des greffes bréphoplastiques. Mais on ne peut l'accepter pour les autres formes de crelles, dont la résorption totale est consommée à plus ou moins lon-
oue échéance.
2) Reste, et c'est l'opinion de la plupart des auteurs, la possibilité d'une action stimulatrice de Îa grelle. Celle-ci, par le « goutte à goutte » hormonal qu'elle déverse dans l'organisme pendant tout le temps de sa résorption, agirait en excitant le fonclionnement de Îa clande in situ et lui permettrait de rétablir son équilibre sécrétoire.
Cette conception se heurte en principe aux faits bien connus qu une slande entre au repos el voit se tarir sa sécrétion lorsqu'on fournit, sous une forme ou une autre, à l'organisme l'hormone qu'elle sécréte. Mais en réalité on ne parvient à de tels résultats que si l'on utilise de grosses doses d'hormones, et d'autre part on ne peut, en partant des résultats obtenus sur une olande saine et un parfait fonctionnement (conditions expérimentales), déduire avec certitucie ce qui doit se passer dans une olande malade et en état de déficit.
Ceci posé, nous pensons que la théorie de l'homostimulation reste dans l’état actuel de nos Cconnaissances, la plus propre à l'explication des faits cliniques.
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Conclusions
1. — Du point de vue biologique, le problème de la greffe de tissu endocrinien est dominé par la notion d'incompatibilité humorale entre deux:individus. Pour qu'une glande endocrine d'adulte transplantée puisse « reprendre » histologiquement et s'intégrer véritablement à son nouvel hôte, il doit exister entre donneur et receveur une parenté, une consanguinité très étroite, un « différentiel d'individus » très atténué. L'autogrefle réalise au mieux ces conditions. C'est pourquoi elle réussit presque toujours. La syngénésiogrelle, ou greffe entre proches parents, ne réussit parfaitement chez l'animal que si l'on s’adresse à des individus appartenant à des lignées longuement sélectionnées. L'homogrelle a beaucoup plus de peine à réussir et provoque presque toujours, de Ja part de l'hôte, une réaction lymphocytaire (Lt fibroblastique qui étoulle le greffon.
Il n'est pas d'exemple certain d’hétérogrefle réussie.
2 On peut rapporter chez l'individu adulte i la raison de ces « différentiels >» à deux causes :
a) Chaque individu possède une individualité génétique dont le fœtus et le nouveau-né portent en eux les potentialités. Ce sont les gènes étrangers
présents chez le donneur, qui provoquent la réaction de l'organisme receveur. Plus ces gènes étrangers sont nombreux et plus ils sont étrangers à ceux de l'hôte, plus est sévère la réaction de celui-ci. Le degré de communauté génétique de deux individus règle les chances de réussite des grefles entre leurs deux organismes. Dans l'autogrelle, cette communauté est évidemment complète: dans la syngénésiogrelle, elle est suffisante: dans l'homogrelle, il faut un hasard pour qu'elle atteigne au niveau nécessaire. Dans l'hétérogrelle, il n'existe aucune communauté génétque.
b) Chaque individu possède une individuailté acquise, post-natale, exclusivement dépendante des conditions de vie, des maladies, des infections, des thérapeutiques qui, à chaque fois, ont influé sur la constitution physico-chimique de son milieu intérieur et lui ont donné sa « marque » particulière.
5. — Pour supprimer ces obstacles, créés par ces « différentiels », on a pensé à s'adresser :
— soit à la greffe de tissu de nouveau-nés, où l'individualité acquise n'existe pas et où l’individualité génétique peut probablement être modifiée par les humeurs de l'hôte. De plus, cés tissus embryonnaires sont doués d'un extraordinaire potentiel de développement. La crefle bréphoplastique de presque toutes les clandes endocrines a, entre les mains de May, confirmé ces espoirs.
— soit à la culture in vitro du tissu à crefler, préalable à sa transplantation. Cette méthode a déjà été
mise en pratique avec succès chez l'homme pour le Corps thyroïde et les parathyroïdes. Les recherches méritent d'être continuées dans ce sens.