LIGUE
La grève est ainsi devenue le facteur essentiel de la Révolution Sociale. Elle a trouvé non seulement des apologistes — ce qui est peu — mais ce qui est plus grave, des tacticiens et des stratèges ; elle a été érigée en système.
embaucher. Quand les ouvriers mécontents, désertaient en masse un atelier, ils se rendaient à cette place, comme aujourd’hui, en telles circonstances, ils se rendent à la Bourse du travail. De là vint l'expression se mettre en grève (V. Maurice Hamelet, La grève, thèse Paris, 1903). Les espagnols pour traduire grève emploient le mot Huelga : relachement du travail, désœuvrement. Les italiens emploient le mot Sciopero (du verbe Scioperare, débaucher). Ces traductions ont un rapport logique avec l’idée qu’elles expriment ; le mot français n’a qu'un rapport historique. Les anglais emploient le mot strike qui, dans son sens le plus général, signifie frapper. Le verbe lo strike off signifie parkr, sortir brusquement, rompre avec violence, sans ménagement. En France, nous n'avons aucun mot pour rendre la grève des patrons. Nous empruntons aux anglais l'expression lockoul que l’on peut traduire, toute révérence gardée : fermer la porte au nez, mettre à la porte. Le mot grève ne s'applique donc qu’à la cessation concertée et simultanée du travail par les ouvriers. Il y a bien parfois de véritables grèves de patrons ; c'est-à-dire cessation simultanée et concertée de la production par les patrons ; elles sont rares et ont généralement pour but de protester contre des mesures administratives réglementaires (grève des patrons boulangers à Nimes). Dans la seule année 1907 on relève les grèves des bouchers d'Oran, des boulangers de Lodève, de Bonifacio, d’Aigues-Mortes, d'Aubusson, de Marvejols, de Sisteron, de Limoux, etc, provoquées par la taxe municipale (V. de
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C’est la révolte pure et simple, l’aboutissement logique de la lutte des classes.
[l y a bien un autre système de révolution, système plus pacifique, qui consiste à éliminer la classe bourgeoise du gouvernement par le libre jeu des institutions démocratiques, par la conquête des pouvoirs publics (1) maisil n’a guère les faveurs et les soins des ouvriers que groupe la Confédération Générale du Travail, celle-ci, nettement anti-politicienne, met en pratique la célèbre parole de Karl-Marx : « l'émanctpalion des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs euxmêmes ». Elle reste en lutte permanente contre /a bourgeoisie, et elle n’espère de victoire que de l'effort de la classe ouvrière groupée dans ses syndicats, tous en marche vers la catastrophe finale (2).
La grève mythe.
Cependant la grève générale leur apparaît plutôt comme un idéal, une limite — au sens mathématique
nombreux exemples dans un article de M. Dagan. Des grèves patronales, Revue Blanche, 1$ juillet 1901). Le plus souvent les grèves de patrons affectent la forme de lockout, c’est-àdire de renvoi en masse par mesure de représailles contre les ouvriers. à
(1) Les tenants de cette thèse sont les socialistes unifiés.
(2) Le mot calastrophe n’est pas trop fort, il est employé par MM. Gide et Rist, dans leur livre: Hisloire des doctrines économiques.
DM ES du mot, - que comme une réalité à attendre. Georges
Sorel dit que c’estun Mythe(1). La plupart d'entr'eux ne laissent pas d'attendre avec impatience la grève
(1) Voici, à titre documentaire, la façon dont Georges Sorel envisage la possibilité de la grève générale : « Il faut juger les mythes comme des moyens d’agir sur le présent ; toute discussion sur la manière de les appliquer matériellement sur le cours de l’histoire est dépourvue de sens. C’esl l’ensemble du mythe qui importe seul ; ses parties n'offrent d'intérêt que par le relief qu’elles donnent à l’idée contenue dans la construction. TI] n’est donc pas utile de raisonner sur les incidents qui peuvent se produire au cours de la guerre sociale et sur les conflits décisifs qui peuvent donner la victoire au prolétariat ; alors même que les révolutionnaires se tromperaient, du tout au tout, en se faisant un tableau fantaisiste de la grève générale, ce tableau pourrait avoir été, au cours de la préparation à la révolution, un élément de force de premier ordre, s'il a admis, d’une manière parfaite, toutes les aspirations du socialisme et s’il a donné à l’ensemble des pensées révolutionnaires une précision et une raideur que n'auraient pu leur fournir d’autres manières de penser.
« Pour apprécier la portée de l'idée de grève générale, il faut donc abandonner tous les procédés de discussion qui ont cours entre politiciens, sociologues ou gens ayant des prétentions à la science pratique. On peut concéder aux adversaires tout ce qu'ils s'efforcent de démontrer, sans réduire, en aucune façon, la valeur de la thèse qu'ils croient pouvoir réfuter ; il importe peu que la grève générale soit une réalité parfaite ou seulement un produit de l'imagination populaire. Toute la question est de savoir si la grève générale contient bien tout ce qu’attend la doctrine socialiste du prolétariat révolutionnaire (Réflexions sur la violence, 3° édition, p. 180-181.)
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générale ; et ce sont ceux-là qui font les grèves parelles, grandes manœuvres de la grève générale.
On voit ainsi combien s’est amplifiée l’idée de grève. Longtemps elle resta un moyen — le dernier — employé par les ouvriers pour obtenir de leurs patrons une réforme. Elle était strictement professionnelle tant qu’elle fut appelée droit de coalition; quand elle a été baptisée simplement la grève, elle n'a pas tardé à devenir politique.
La grève est donc un fait, et même une théorie syndicaliste. Mais ce n'est pas à ce point de vue que nous comptons ici l’examiner.
Division de cet essai
Est-elle un état de droit ? C'est-à-dire y a-t-1l un texte législatif qui régisse la grève? A-t-elle une existence légale ? A-t-elle comme on dit aujourd’hui dans un pléonasme, son statut légal? Voilà ce que nous étudierons d’abord en nous aidant de l’histoire.
Cette étude préliminaire sur la grève nous aidera puissamment dans l’étude qui suivra sur la grève dans les services publics; et, des conclusions de notre première partie nous tirerons quantité d'arguments a fortiori et a contrarto.
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