‹ La grève de Samarez: poème philosophiqueChapitre 101 sur 436 · LE POET£ SACRE · texte numérisé non relu

LE POET£ SACRE

~ Moi : Quoi! ne vois-tu pas que, si la Vertu n'est qu'un vain mot, l'Art est une chose abominable? car c'est la fatalité ajoutée à la fatalité, l'iniquité à la centième puissance! Qu'est-ce que ton poète sacré qui donne à son gré la gloire, qui rend immortelles ses passions; qui emprunte à la réalité ce qu'il veut, pour s'en faire un sceptre ou un jouet? C'est un conquérant dans son genre, c'est un guerrier dans son espèce, c'est un aigle ou un vautour. L'humanité sera là devant lui uniquement pour sa gloire ! Lui seul sera grand, et tout aura été fait pour lui! Il s'élèvera sur les ruines universelles! tous les autres seront ruines, et lui sera grandeur!

— Lui : Eh bien , si tu ne veux pas du poète sacré , lu auras la Mort, et tu n'auras pas de chant.

— Moi : J'aime mieux la Mort sans chant , la Mort muette, que cette mort chantée par la Mort.

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