‹ La grève de Samarez: poème philosophiqueChapitre 135 sur 436 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

LE CHIEN QUI LACHE SA PROIE POUR l'OMBRE.

Je m'aperçus alors que Hugo ne m'écoutait pas. Il était tout entier dans la passion, dans le transport, dans l'enthousiasme, dans ce qui fait que les poètes sont poètes.

Je me gardai bien de troubler davantage ces moments précieux, et peu après j'en recueillis les fruits.

Car ces vers inachevés que j'avais entendus d'2J)ord, ces vers, qui n'étaient que des motifs et comme un prélude, devinrent des chants complets et magnifiques, que j'écoutai longtemps avec admiration. Tantôt c'était Juvé^ nal, tantôt Régnier; un moment, je croyais entendre la voix sévère de Virgile, quand il prononce le Discite justi'liant monili; ou bien c'était l'accent triste et mélancolique du Super flumina Babylonis.

Quand il eut fini : — Je te remercie, pour ma part, de tes chants, lui dis-je; la réflexion n'est pas le silence, et le silence n'est pas la soumission. Heureux celui à qui l'exil permet encore de chanter sous l'inspiration de n'importe quelle Muse.

Quant à moi, je porte humblement mon destin.

Tu le sais, j'ai toujours beaucoup admiré Saint- Simon, et je n'ai jamais craint, en tout lieu, en toute occasion, de l'appeler mon maître. Vous autres poètes, vous ne lui avez jamais rendu justice, ni adressé aucua hommage. Béranger seul a eu le courage de le présenter... comme un fou. Mais toi, tu n'as jamais fait, permets-moi de te le reprocher, un vers en son honneur. Ton

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